Publié le 14 février 2026 11:21:00. Une escalade des tensions entre les États-Unis et l’Iran pourrait avoir des répercussions majeures sur l’économie mondiale, en particulier sur les marchés de l’énergie et les valeurs refuges comme l’or. L’expert économique Muhammad Al-Gohary analyse les différents scénarios et leurs conséquences potentielles.
- Une confrontation militaire, même limitée, pourrait entraîner une forte hausse des prix du pétrole et une perturbation des approvisionnements énergétiques mondiaux.
- L’or, traditionnellement considéré comme une valeur refuge, verrait probablement sa demande augmenter en cas de tensions géopolitiques.
- Le dollar américain pourrait initialement se renforcer, mais sa trajectoire à moyen terme dépendrait de la durée et de l’intensité d’un éventuel conflit.
Les marchés financiers sont de plus en plus sensibles aux anticipations géopolitiques, et le spectre d’un conflit direct entre les États-Unis et l’Iran plane sur l’économie mondiale. Même si ce scénario reste hypothétique, ses implications potentielles sont considérables et dépassent largement les frontières des deux pays concernés.
Selon le Dr Muhammad Al-Gohary, expert économique et directeur du Centre d’études économiques d’Oxford, une guerre dans ce contexte ne prendrait probablement pas la forme d’un conflit conventionnel à grande échelle dans un premier temps. Il anticipe plutôt des frappes aériennes ciblées sur des installations nucléaires, militaires ou des centres de commandement. L’Iran, de son côté, privilégierait probablement des actions indirectes, telles que des pressions sur la navigation dans le détroit d’Ormuz, le recours à ses alliés régionaux, des cyberattaques ou le ciblage d’infrastructures énergétiques. En d’autres termes, le scénario le plus probable serait une guerre limitée, mais étendue sur le plan militaire et économique.
Le pétrole, premier baromètre
Les prix du pétrole seraient les premiers et les plus rapidement affectés par une escalade des tensions. Selon Al-Jawhari, une simple annonce de tensions militaires majeures pourrait provoquer une forte hausse des prix avant même le début des hostilités. « La raison est simple : la région du Golfe produit près d’un tiers du pétrole mondial (environ 33%), et toute menace sur le détroit d’Ormuz représente une menace directe pour les approvisionnements énergétiques mondiaux. Une perturbation de la navigation pourrait entraîner des niveaux de prix exceptionnels, dépassant toutes les prévisions », explique-t-il.
L’or, valeur refuge par excellence
L’or, traditionnellement considéré comme un refuge en période d’incertitude, verrait également sa demande augmenter. Al-Gohary souligne que, en cas d’escalade géopolitique majeure, les capitaux se tourneraient vers ce métal précieux. Cette hausse serait motivée par deux facteurs principaux : la peur de l’instabilité et une perte de confiance dans les actifs à haut risque, tels que les actions. Cette augmentation pourrait être non seulement temporaire, mais également prolongée tant que les tensions persisteraient.
Concernant le dollar américain, l’expert nuance : il profite souvent initialement des crises majeures en tant que monnaie de réserve mondiale, ce qui entraîne une augmentation de la demande. Cependant, si le conflit s’étend dans le temps ou si son coût pour l’économie américaine augmente, l’impact pourrait devenir négatif, surtout en cas de déficit budgétaire ou de hausse des prix de l’énergie aux États-Unis. « La force du dollar dans ce scénario serait donc plutôt à court terme, tandis que sa tendance à moyen terme dépendrait de la durée et de l’intensité du conflit », précise-t-il.
Les pays du Golfe : entre opportunités et risques
Les économies des pays du Golfe se trouveraient dans une position ambiguë. La hausse des prix du pétrole entraînerait une augmentation significative de leurs revenus et une amélioration de leurs excédents financiers. Cependant, toute menace directe à leur sécurité ou le ciblage de leurs infrastructures énergétiques ou de leurs ports pourraient entraîner une augmentation des coûts d’assurance et de transport, ainsi qu’une diminution des investissements étrangers et du tourisme. Les gains financiers potentiels pourraient donc être contrebalancés par des risques géopolitiques élevés.
Les autres pays du Moyen-Orient et les pressions indirectes
Les pays non producteurs de pétrole de la région seraient les plus touchés, en raison de l’augmentation des prix de l’énergie. Cela se traduirait par une augmentation des coûts d’importation, une hausse de l’inflation et une pression sur les monnaies locales et les budgets gouvernementaux. L’incertitude pourrait également freiner les nouveaux investissements et affecter des secteurs clés tels que le tourisme et la logistique.
Marchés mondiaux et chaînes d’approvisionnement
L’expert conclut en soulignant que les répercussions ne se limiteraient pas à la région. La hausse du pétrole entraînerait une augmentation des coûts de transport et de fabrication à l’échelle mondiale, ce qui pourrait provoquer de nouvelles vagues inflationnistes, même dans les grandes économies. Les chaînes d’approvisionnement, qui ne se sont pas encore complètement remises des crises précédentes, pourraient subir de nouvelles perturbations, notamment dans le transport maritime et l’assurance. En définitive, un scénario de confrontation américano-iranienne, même s’il reste hypothétique, illustre clairement la manière dont la politique peut remodeler l’économie en quelques jours. L’or brille, le dollar fluctue, le Golfe prend des risques, et les économies les plus fragiles en subissent les conséquences. La stabilité géopolitique n’est pas seulement une question politique, mais un pilier fondamental de la stabilité économique mondiale.