Publié le 11 février 2024 03:51:00. L’état du système de santé colombien suscite de vives inquiétudes. La Table nationale des associations d’usagers de la santé alerte sur un risque imminent d’aggravation de la crise humanitaire, dénonçant des mesures gouvernementales qui pourraient bouleverser l’organisation actuelle du secteur.
- La Table nationale des associations d’usagers de la santé craint un transfert massif de plus de 6,6 millions d’utilisateurs entre les Entités promotrices de santé (EPS).
- L’organisation dénonce une potentielle violation du droit au libre choix de l’EPS, les transferts étant envisagés de manière automatique vers des entités sous intervention étatique.
- Des inquiétudes sont exprimées quant à l’interruption possible des traitements pour les patients atteints de maladies chroniques ou nécessitant des soins spécifiques.
La Table nationale des associations d’usagers de la santé (TNAPS) a lancé une alerte publique aux autorités de contrôle, estimant que les récentes décisions administratives du ministère de la Santé pourraient précipiter une crise humanitaire au sein du système de santé colombien. Selon la TNAPS, les documents actuellement soumis à consultation publique révèlent l’intention du gouvernement du président Gustavo Petro d’adopter un décret modifiant en profondeur le fonctionnement des EPS.
Ce projet de décret prévoit notamment la mise en place d’un processus d’autorisation des EPS basé sur des critères territoriaux. La TNAPS souligne que cette initiative pourrait avoir des conséquences majeures sur l’accès aux soins et sur le respect des droits fondamentaux des patients. L’organisation craint que cette réforme ne conduise à une dégradation de la qualité des services et à une augmentation des inégalités en matière de santé.
L’un des aspects les plus préoccupants de cette réforme est le transfert massif de 6 606 371 utilisateurs entre différentes EPS. Plus de 3,1 millions de membres seraient transférés à la Nouvelle EPS, 289 262 à Savia Salud et 533 429 à l’EPS SOS, parmi d’autres mouvements similaires. La TNAPS dénonce une violation du droit au libre choix de l’EPS, car ces transferts seraient imposés aux usagers sans possibilité d’opter pour un autre assureur.
L’organisation met en garde contre le fait que les EPS qui recevraient le plus grand nombre d’utilisateurs sont précisément celles qui font l’objet d’une intervention de l’État. Elle rappelle que le Contrôleur général de la République et le gouvernement lui-même ont reconnu que ces entités n’avaient pas réussi à améliorer significativement la qualité des soins prodigués.
Un tel transfert massif pourrait également entraîner des interruptions de traitement pour les patients atteints de maladies chroniques, de cancers, de maladies rares ou nécessitant des soins particuliers. La TNAPS prévient que ces changements structurels pourraient avoir des conséquences graves et irréversibles sur la santé et la vie de milliers de personnes. Elle évoque également le risque de voir se reproduire le phénomène dit « chu, chu, chu », où des assureurs, manquant de ressources financières et administratives, se verraient submergés par une charge de morbidité importante, ce qui se traduirait par un accès limité aux soins et des frais supplémentaires pour les usagers.
La TNAPS a lancé un appel urgent à ne pas adopter de décisions qui aggraveraient la crise sanitaire actuelle, et a insisté sur la nécessité de respecter les décisions de la Cour constitutionnelle et de garantir le droit fondamental à la santé de tous les Colombiens.
Le ministère de la Santé a réagi en affirmant que le projet de décret concernant les mécanismes différentiels de fonctionnement de l’assurance avec une approche populationnelle et territoriale « ne prévoit pas de transferts indiscriminés ou automatiques d’affiliés ». Il a également précisé que « tout processus d’affiliation qui pourrait être mis en œuvre se fera sur la base de critères techniques, de manière progressive et avec des garanties visant à protéger la continuité de l’assurance et des soins de santé pour la population ».
L’entité a ajouté que « l’objectif central du projet réglementaire est de protéger le droit fondamental à la santé, de garantir la continuité de l’assurance et de renforcer la viabilité technique et financière du système général de sécurité sociale de santé, par l’adoption de critères objectifs de planification territoriale et démographique de l’assurance ».
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