Home International « Quelque chose ne va pas chez nous » en France : l’ancien commissaire européen Thierry Breton

« Quelque chose ne va pas chez nous » en France : l’ancien commissaire européen Thierry Breton

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Face aux turbulences politiques et économiques qui traversent la France, nous avons recueilli le point de vue de Thierry Breton, ancien commissaire européen au marché intérieur et ex-ministre de l’Économie et des Finances. Il nous livre son analyse de la situation de la dette française et de la place de notre pays au sein de l’Union européenne. Nous abordons également les freins à une industrie de défense européenne plus intégrée, un dossier auquel Thierry Breton a été étroitement associé durant son mandat à la Commission européenne entre 2019 et 2024.

Thierry Breton dresse un constat sévère, estimant que la France se trouve dans une situation plus dégradée que l’Allemagne, malgré des problématiques similaires. « Nous avons eu les mêmes soucis de subprimes, les mêmes problèmes d’endettement, le même impact du Covid », souligne-t-il. « Et aujourd’hui, nous sommes à 116 % de dette par rapport au PIB. L’Allemagne est à 62 %. Cela signifie que quelque chose ne fonctionne pas chez nous. Nous devons être très clairs avec notre opinion publique : nous ne pouvons plus nous permettre de payer nos prestations sociales comme nous le faisions. Il faut discuter ensemble de la manière de réduire nos dépenses. »

Cette impasse politique et cette dette croissante ont-elles eu un impact sur le rôle de la France au sein de l’UE ? « Quand on est un État membre fondateur de l’Union comme la France, on doit montrer l’exemple », rétorque Thierry Breton. « Et force est de constater que depuis 20 ans, nous n’avons pas tenu nos engagements. Au sein de l’Eurogroupe, à l’Ecofin, lorsque l’on ne respecte pas ses engagements, cela nous affaiblit face aux autres. C’est la réalité. Bien sûr, c’est douloureux, mais je crois qu’il est possible de démontrer à nos partenaires que nous allons nous remettre sur les rails. » Il ajoute cependant : « La France reste un grand pays. N’oublions pas que nous possédons des sous-marins nucléaires, des porte-avions nucléaires. Nous sommes les seuls capables d’assurer la dissuasion avec nos armes nucléaires, ce qui est d’une importance capitale aujourd’hui. »

Dans le domaine de la défense, la discussion s’est orientée vers les défis rencontrés par le programme européen de l’industrie de défense (EDIP). Thierry Breton a joué un rôle clé dans le lancement de l’EDIP lorsqu’il était membre de la Commission européenne. « Ce qui est primordial, c’est que la défense reste du ressort des États membres. C’est leur souveraineté et cela le restera. La Commission européenne doit le comprendre », affirme-t-il. « En revanche, la Commission a un rôle très important à jouer dans l’industrie. Vous vous souvenez de notre intense discussion concernant les obus et les munitions de calibre 155 mm que nous voulions livrer à l’Ukraine. Nous en produisions 500 000 par an, et aujourd’hui, grâce à la mise en place d’un programme, nous en fabriquons plus de 2 millions par an. Nous sommes donc sur la bonne voie pour égaler ce que la Russie produit. Cela démontre qu’il est possible de travailler ensemble pour améliorer significativement notre industrie de défense. »

Interrogé sur la proposition de la Commission européenne de créer un « mur de drones » en réponse aux récentes incursions présumées de drones russes dans l’espace aérien européen, Thierry Breton se montre sceptique. « En France, ce terme évoque la ligne Maginot (une fortification française contournée par l’armée allemande en 1940). On peut contourner [un mur de drones] en voiture ou à pied. Donc, je veux dire, ça ne fonctionne pas comme ça », explique-t-il. « Mais, bien sûr, nous devons défendre notre espace aérien ensemble. Cela a d’ailleurs été inscrit dans la boussole stratégique de l’UE en 2023. Il n’est donc pas nécessaire de réinventer la roue. Il est déjà très clair qu’il existe quatre espaces – l’espace aérien, l’espace extra-atmosphérique, le cyberespace et l’espace maritime – sur lesquels nous devons collaborer. »

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