Une jeune Américaine de 20 ans a lancé une bataille judiciaire contre les géants des réseaux sociaux, les accusant de les avoir intentionnellement conçus pour créer une dépendance et nuire à sa santé mentale. L’affaire, qui se déroule à Los Angeles, pourrait ouvrir la voie à d’autres poursuites similaires et remettre en question la responsabilité des plateformes en ligne.
KGM, comme elle est identifiée dans les documents judiciaires, affirme que l’utilisation précoce et excessive des réseaux sociaux – elle avait un compte Instagram à l’âge de 6 ans, bien avant l’âge autorisé – a contribué à développer une dépression, de l’anxiété et une insatisfaction corporelle. Son avocat, Joseph VanZandt, a souligné devant le tribunal que cette utilisation problématique a profondément modifié le cours de son enfance.
Au cœur de l’accusation se trouve la conception même des plateformes, notamment le défilement infini qui encourage les utilisateurs à passer des heures à consommer du contenu. KGM témoigne que les filtres modifiant l’apparence sur Instagram l’ont plongée dans une spirale d’insatisfaction, allant jusqu’à paniquer face à une photo d’elle sans filtre. Elle a même reçu des conseils algorithmiques extrêmes, comme ne manger qu’un seul concombre par jour pour perdre du poids.
Snapchat et TikTok ont conclu un accord financier avec KGM quelques semaines avant le début du procès. Instagram et YouTube, appartenant au groupe Meta, ont choisi de défendre leurs positions devant les tribunaux. Mark Zuckerberg, le patron de Meta, devrait témoigner ce mercredi.
Ce procès est scruté de près car il pourrait établir un précédent juridique important. Des centaines de plaintes similaires sont en cours aux États-Unis. L’affaire est comparée aux procès intentés contre l’industrie du tabac, où les entreprises ont été reconnues coupables d’avoir dissimulé les effets addictifs de leurs produits.
La juge Carolyn Kuhl a rejeté l’argument des entreprises selon lequel elles ne pouvaient être tenues responsables du contenu publié par les utilisateurs, en vertu de l’article 230, une disposition légale qui protège généralement les plateformes en ligne. Elle a estimé que la responsabilité pouvait être engagée en raison de la conception des fonctionnalités elles-mêmes, qui encouragent une consommation compulsive.
Cependant, KGM devra convaincre le jury que les fonctionnalités d’Instagram et de YouTube ont joué un rôle déterminant dans ses problèmes psychologiques. Meta conteste cette affirmation, arguant que la plaignante était confrontée à des difficultés bien avant de commencer à utiliser les réseaux sociaux, et qu’elle n’a reçu aucun diagnostic de dépendance.
Adam Mosseri, le patron d’Instagram, a nié devant le tribunal que les plateformes étaient « cliniquement addictives », comparant l’attrait des réseaux sociaux à celui d’une série télévisée. Il a également souligné les mesures prises par Meta pour protéger les jeunes utilisateurs, telles que des comptes spéciaux pour les adolescents et des outils de contrôle parental.
Par ailleurs, YouTube a cherché à se distancer des réseaux sociaux, se présentant comme un service de diffusion en continu comparable à Disney+ ou Netflix.
Cette affaire intervient alors que TikTok est également sous le feu des critiques en Europe. Une enquête préliminaire de l’Union européenne a révélé que l’application utilise des mécanismes favorisant la dépendance, tels que des recommandations personnalisées et la lecture automatique de vidéos. En Australie, l’accès aux réseaux sociaux est désormais interdit aux moins de 16 ans depuis mi-décembre.