Publié le 22 février 2026 à 11h02. Dans les années 1960 et 1970, l’Allemagne et les Pays-Bas ont tenté de développer un avion régional à réaction, le VFW-Fokker 614, pour remplacer les appareils à hélices vieillissants. Ce projet ambitieux s’est finalement soldé par un échec économique et technique.
- Le VFW-Fokker 614 était destiné à concurrencer des avions tels que le Douglas DC-9 et le BAC-1-11.
- Le développement du moteur a été perturbé par la faillite de Rolls-Royce.
- Seuls 14 appareils ont été livrés, et le programme a été annulé en 1977.
Au début des années 1960, alors que la révolution du jet battait son plein, plusieurs pays européens cherchaient à moderniser leur flotte aérienne régionale. L’objectif était de remplacer les appareils à hélices comme le Lockheed Electra et le Vickers Viscount, largement utilisés pour les liaisons intérieures, par des avions à réaction plus rapides et plus confortables. C’est dans ce contexte qu’est né le VFW-Fokker 614, un projet germano-néerlandais ambitieux.
Le VFW-Fokker 614, également connu sous le nom de VFW 614, était un avion régional bimoteur développé par la société Vereinigte Flugtechnische Werke (VFW), issue d’un consortium d’entreprises aéronautiques ouest-allemandes, et Fokker, son homologue néerlandais. Ce projet marquait un tournant pour l’Allemagne de l’Ouest, qui, après la levée de l’interdiction de fabrication imposée après la Seconde Guerre mondiale, cherchait à se faire une place sur le marché de l’aviation civile. Jusqu’en 1955, la production aéronautique allemande se limitait aux planeurs.

Initialement proposé au début des années 1960 sous la désignation E.614, cet appareil de 36 à 40 places devait répondre à une demande croissante pour des vols régionaux plus rapides. Le projet se distinguait par une configuration inhabituelle, avec des moteurs montés au sommet des ailes, une conception visant à réduire le bruit pour les riverains. L’intégration d’un nouveau moteur et d’une nouvelle cellule était considérée comme une approche révolutionnaire pour l’époque.
Le développement du VFW 614 a connu plusieurs étapes clés. Initialement propulsé par des turboréacteurs Lycoming américains, le projet a ensuite opté pour des moteurs Rolls-Royce M45H, développés spécifiquement pour cet appareil. Ces moteurs étaient conçus pour être plus propres et plus silencieux, permettant à l’avion d’opérer à partir de petits aéroports urbains. La configuration des moteurs, avec des pylônes au sommet des ailes, contribuait également à réduire le bruit au sol et à raccourcir le train d’atterrissage, facilitant les opérations sur des pistes moins préparées.

En 1968, le projet a reçu le feu vert du gouvernement ouest-allemand, qui a garanti environ 80 % du financement nécessaire. La production à grande échelle a débuté au début des années 1970, après la fusion de VFW avec Fokker, donnant naissance à la première entreprise aérospatiale transfrontalière d’Europe et ouvrant la voie à la création d’ Airbus dans les années 1970.
Quelques modifications techniques ont été apportées après l’arrivée de Fokker, notamment le remplacement de l’empennage en T par une configuration plus conventionnelle. Le premier prototype du VFW 614 a effectué son vol inaugural le 14 juillet 1971, marquant également le premier vol du moteur Rolls-Royce M45H. Des essais à haute performance ont été menés en Espagne pour accélérer la certification de l’appareil.

Malgré un début prometteur, le programme VFW 614 a été confronté à des difficultés majeures. La faillite de Rolls-Royce en 1971 a mis en péril l’approvisionnement en moteurs. De plus, les ventes ont été décevantes, avec peu de compagnies aériennes manifestant un intérêt réel pour l’appareil. En février 1972, le premier prototype s’est écrasé lors d’un vol d’essai, ce qui a encore freiné les commandes.
Seuls deux des dix appareils commandés ont été livrés à la compagnie aérienne danoise Cimber Air, tandis que dix autres ont été livrés aux compagnies régionales françaises TAT et Air Alsace. TAT est devenu le plus grand opérateur de ce type. Cependant, en raison de problèmes de fiabilité des moteurs et de coûts d’exploitation élevés, l’utilisation du VFW 614 a été limitée. Le dernier VFW 614 en état de navigabilité a été retiré du service en 1999, après avoir été utilisé par le DLR (Centre aérospatial allemand) comme banc d’essai.
Le VFW 614 est resté dans l’histoire comme un projet ambitieux mais malheureux, victime de problèmes techniques, de difficultés économiques et de rivalités internes. Il témoigne des défis rencontrés par l’industrie aéronautique européenne dans les années 1960 et 1970.
