L’Italie présente un contraste frappant entre ses régions les plus vulnérables et celles qui prospèrent, selon de récentes données d’Eurostat. Si la Campanie et la Calabre rivalisent avec des territoires sud-américains en termes de risque de pauvreté, la province autonome de Bolzano s’affirme comme le bastion européen de la stabilité économique.
Les chiffres publiés par l’office statistique européen dressent un portrait de l’Italie profondément divisée. La Campanie et la Calabre se retrouvent en queue de peloton des régions européennes exposées au risque de pauvreté et de marginalisation sociale. Avec respectivement 43,5 % et 48,8 % de leur population concernée, elles ne sont dépassées que par la ville espagnole de Melilla (44,5 %), enclavée sur la côte nord-africaine, et la Guyane française (59,5 %), territoire d’outre-mer sud-américain.
Ces deux régions du sud de l’Italie se positionnent ainsi aux côtés d’anciennes colonies et de territoires outre-mer comme des zones particulièrement fragiles au sein de l’Union européenne. L’étude révèle que la menace de pauvreté concerne 33 % ou plus de la population dans 25 régions de l’UE. Parmi elles, l’Italie compte quatre régions : outre la Campanie et la Calabre, la Sicile affiche un risque de 40,9 % et les Pouilles de 37,3 %.
Ce tableau contraste violemment avec la situation des régions du nord de l’Italie. Un changement de perspective s’opère dès que l’on franchit la Latium et les Abruzzes. Dans ces zones, le risque de pauvreté diminue considérablement, certaines régions du nord enregistrant même les plus faibles taux de marginalisation sociale d’Europe. L’Ombrie et les Marches font partie de ces territoires où la précarité est moins présente.
Le paradoxe italien est poussé à son paroxysme lorsque l’on observe le sommet du classement des régions européennes les moins exposées à la pauvreté. L’Italie y place plusieurs de ses territoires : la Vénétie et le Frioul-Vénétie Julienne affichent un taux de 12,4 %, les Marches 11,8 %, la Vallée d’Aoste 10,7 %, et l’Émilie-Romagne 10,1 %.
La véritable surprise réside dans la première place de ce classement : la province autonome de Bolzano. Avec seulement 6,6 % de sa population menacée de pauvreté, le Tyrol du Sud se positionne comme la région la plus résiliente d’Europe face à ce risque. Arno Kompatscher, président de la Province, a souligné cet accomplissement tout en rappelant la nécessité d’aller plus loin :
« Nous avons grimpé dans le classement ces dernières années, mais nous pouvons toujours faire mieux et plus, car même les meilleures statistiques n’aident pas beaucoup ceux qui sont en difficulté. C’est pour cette raison que nous avons introduit une nouvelle mesure de soutien pour les personnes atteintes de retraites très faibles qui débutera avec la première liquidation en fin d’année. »
Ces données mettent en lumière une Europe à deux vitesses, où des disparités économiques importantes persistent entre les territoires, même au sein d’un même pays comme l’Italie.
À retenir
- La Campanie et la Calabre affichent les taux de risque de pauvreté les plus élevés de l’UE, comparables à ceux de certains territoires sud-américains.
- La province autonome de Bolzano (Tyrol du Sud) enregistre le plus faible risque de pauvreté en Europe, démontrant un contraste saisissant au sein de l’Italie.
- L’Italie est le seul pays à figurer à la fois en tête et en queue de ce classement européen des régions les plus pauvres et les moins pauvres.
Contexte
Les données d’Eurostat sur le risque de pauvreté et de marginalisation sociale par région européenne révèlent des inégalités criantes. Ces indicateurs mesurent la proportion de personnes en situation de vulnérabilité économique, qu’elles vivent dans des ménages à faibles revenus, soient en situation de privation matérielle sévère ou résident dans des zones à faible intensité d’emploi.
Ce qui change
Le classement met en évidence des zones d’extrême précarité, notamment dans le sud de l’Italie, en contraste avec des régions du nord qui témoignent d’une grande résilience économique. La Guyane française et la ville espagnole de Melilla se distinguent également par leurs taux élevés de population exposée au risque de pauvreté, soulignant les défis spécifiques rencontrés par les territoires d’outre-mer et les enclaves géographiquement isolées.
Prochaines étapes
Les initiatives locales, comme celle annoncée par la province de Bolzano pour soutenir les retraités à faibles revenus, témoignent d’une prise de conscience et d’actions ciblées. L’évolution de ces chiffres sera à surveiller lors des prochaines publications d’Eurostat, afin d’évaluer l’efficacité des politiques mises en place pour réduire ces disparités régionales.
Chiffres clés
| Régions les plus exposées au risque de pauvreté (UE) | Guyane française (59,5%), Calabre (48,8%), Melilla (44,5%), Campanie (43,5%), Sicile (40,9%) |
| Régions les moins exposées au risque de pauvreté (UE) | Tyrol du Sud (6,6%), Émilie-Romagne (10,1%), Vallée d’Aoste (10,7%), Marches (11,8%), Vénétie et Frioul-Vénétie Julienne (12,4%) |
| Nombre de régions européennes avec >33% de population menacée de pauvreté | 25 |