Publié le 02 novembre 2025. Dans un bureau moscovite orné de citations pacifistes, Nikolaï Rybakov, chef de file de Yabloko, le seul parti russe d’opposition à la guerre, exprime son scepticisme quant à l’engagement de l’UE pour la paix et ses doutes sur la participation de son parti aux prochaines élections.
- Nikolaï Rybakov dénonce la politique répressive russe actuelle, la comparant à une « restalinisation » moderne visant à instaurer la peur.
- Il affirme que la majorité des Russes aspirent à la paix, mais que cette opinion n’a pas d’expression politique significative.
- Le leader de Yabloko critique le manque d’action de l’Union européenne, estimant qu’elle devrait œuvrer pour la paix plutôt que de se focaliser sur un affrontement militaire.
« Nous sommes toujours là, et c’est déjà quelque chose », lance Nikolaï Rybakov, président du parti Yabloko, dans les locaux de son organisation, tapissées de messages anti-guerre signés Andreï Sakharov, George Orwell ou Victor Hugo. Le dirigeant politique revient tout juste du tribunal, où la détention préventive de son secrétaire à Moscou, accusé de diffusion de « fausses nouvelles discréditant l’armée », a été prolongée jusqu’en décembre. Des cas similaires se multiplient dans d’autres villes russes, illustrant, selon lui, la répression ambiante.
Rybakov explique la situation politique russe par un système biparti où le parti Russie Unie, soutien de Vladimir Poutine, cohabite avec des formations alliées allant des communistes aux ultranationalistes, tous favorables à la guerre. « De l’autre côté, il n’y a que nous », constate-t-il. Il avance que « deux tiers des citoyens russes en ont assez de cette guerre », même si cette opinion ne peut s’exprimer publiquement. Il associe le récent Jour du Souvenir, marqué par la lecture des noms des victimes de la répression stalinienne, à une forme de rébellion face à un « processus de restalinisation de la société ».
Selon Rybakov, la peur est le moteur du système politique actuel : « Chaque manager, chaque officiel doit avoir peur. Personne ne devrait se sentir en sécurité. » Il remet en question l’ampleur du soutien populaire à Poutine, surtout concernant la guerre, et dénonce la propagande qui vise à faire croire que personne d’autre n’est apte à diriger le pays. Il exprime son souhait que la guerre prenne fin, mais reste pessimiste quant à une issue rapide.
« Nous sommes convaincus que l’Union européenne doit promouvoir un processus de paix et non préparer une nouvelle guerre. Parce que tôt ou tard, il y aura la paix. Mais chaque jour qui passe à partir du 24 février 2022 l’éloigne de plus en plus, alors que beaucoup pensent qu’ainsi il pourrait se rapprocher. »
Nikolaï Rybakov, leader de Yabloko
Concernant l’Ukraine, Rybakov affirme que pour lui, « la paix signifie que les gens arrêtent de mourir, des deux côtés ». Il estime que la stratégie occidentale consistant à vouloir « vaincre ou humilier » Poutine est contre-productive et qu’il serait nécessaire de proposer d’autres idées pour sortir de l’impasse diplomatique. Il redoute une escalade, rappelant la pensée d’Andreï Sakharov sur le passage d’une guerre conventionnelle à une guerre nucléaire, et déplore la disparition de l’idée que la guerre n’est jamais une solution.
Quant à l’avenir de Yabloko, Nikolaï Rybakov se montre incertain : « Je ne sais pas s’ils nous laisseront participer » aux prochaines élections. Il conclut : « Mais nous ne parlons pas du sort d’un seul parti. Il s’agit de l’avenir de la Russie, et donc aussi du monde. »