Le premier coup de départ de la Ryder Cup, moment de tous les enjeux, s’annonce sous une configuration inédite sur le parcours exigeant de Bethpage Black. L’atmosphère promet d’être électrique, comme toujours, mais la disposition des tribunes bouleverse la dynamique habituelle.
Traditionnellement, le premier tee de la Ryder Cup est un théâtre de nerfs à vif. Face à des milliers de supporters fervents, les joueurs doivent maîtriser leur tout premier swing de la compétition. Ce rite d’ouverture attire une foule immense dès l’aube, avide de trouver la meilleure place, tandis que les retardataires, frustrés, se dispersent le long du fairway.
Cette année, à Bethpage Black, la topographie du parcours a dicté la forme des installations. Quelque 5 000 spectateurs pourront prendre place, soit un peu plus qu’à Rome il y a deux ans, mais nettement moins que les 6 500 qui avaient pris position dans le mastodonte parisien en 2018. La structure imposante se démarque des habituelles formes en fer à cheval, plus intimidantes. Selon Iain Carter, correspondant golf de la BBC Sport, l’aménagement « ressemble davantage au London Stadium qu’à Upton Park ». Aperçu depuis le fairway, il borde le dos du tee et du 18ème green, tel un isolant géant.
La disparition de cette forme en fer à cheval soulève une question : l’avantage potentiel pour l’équipe locale s’en trouve-t-il amoindri ? Tommy Fleetwood, interrogé par la BBC Sport, partage son ressenti : « La façon dont c’est aménagé, c’est un peu plus éloigné de ce que nous avons connu ces dernières années. Mais cela reste le premier tee d’une Ryder Cup, et nous aurons encore des anecdotes sur les nerfs du premier coup cette semaine. C’est quelque chose qu’il faut embrasser. Je trouve que c’est une scène sympa. »
En 2023, le premier tee était un véritable chaudron de bruit et de couleurs. Les fans s’entassaient dans des tribunes surplombant les joueurs, la musique résonnait et chaque Européen était accueilli par une chanson personnalisée. Si les joueurs européens semblaient se délecter de cette ambiance sonore, elle a pu constituer un début de match trop étouffant pour l’équipe américaine, qui n’a remporté aucun des 12 premiers trous lors des rencontres d’ouverture. Il semble peu probable qu’un tel sentiment de claustrophobie caractérise cette édition, bien que les fans aient déjà participé à une « guerre en chambre » bon enfant lors des journées d’entraînement.
Un chœur de sifflets de théâtre a retenti sur Bethpage Black lorsque Rory McIlroy s’est élancé pour un tour d’entraînement. La tribune était remplie à un quart environ, mais les huées semblaient se perdre sans cible sur le numéro un européen, qui a joyeusement salué son public avant de se diriger vers le fairway, signant des autographes en chemin. Comme le souligne Fleetwood, 34 ans : « Quoi que vous fassiez, rien ne vous prépare à un vendredi matin sur le premier tee de la Ryder Cup. » Rasmus Hojgaard, le seul rookie européen, s’attend à ce que son expérience du premier tee soit le « moment le plus angoissant » de sa carrière jusqu’à présent.
Bryson DeChambeau a donné un avant-goût de ce qui pourrait suivre, cédant à l’envie des fans de le voir atteindre le green situé à 397 yards (environ 363 mètres) en expédiant une demi-douzaine de balles depuis le tee. Des cris accompagnaient : « Rory ne peut pas faire ça ». Bryson DeChambeau, double vainqueur de l’US Open et seul membre de l’équipe américaine à évoluer sur le circuit LIV Golf, est un parfait homme de spectacle, savourant l’adulation et encourageant son public à hausser encore le volume. L’histoire a démontré que le soutien du public local n’a pas nécessairement besoin d’être stimulé.