Publié le 12 février 2026 à 08h00. Les constructeurs automobiles chinois continuent leur ascension fulgurante sur le marché européen, dépassant désormais les 100 000 ventes mensuelles et bousculant les acteurs traditionnels grâce à une offre compétitive et innovante.
- Les ventes de voitures de groupes chinois en Europe ont dépassé les 100 000 unités en décembre 2025, affichant une croissance de 126 %.
- MG, filiale de SAIC Motor, est en tête des ventes avec plus de 300 000 unités vendues en 2025, suivi de BYD et du groupe Chery.
- L’intégration verticale, l’innovation rapide et des prix attractifs sont les principaux atouts des constructeurs chinois.
L’offensive chinoise sur le marché automobile européen s’accélère. Après avoir pris d’assaut le marché chinois, les groupes automobiles d’État asiatiques déferlent désormais sur le Vieux Continent, où leur croissance des ventes inquiète sérieusement les constructeurs traditionnels. En décembre dernier, ces groupes ont franchi un cap symbolique en écoulant plus de 100 000 véhicules, une hausse spectaculaire de 126 % selon les données du cabinet de conseil Dataforce, relayées par Autonews.com. Cette performance leur confère une part de marché de 10 % et les place sur une trajectoire de croissance qui pourrait les amener à dépasser le seuil de 1,2 million de véhicules vendus cette année.
En 2025, les groupes chinois ont vendu un total de 811 000 unités en Europe, un chiffre qui double celui de l’année précédente, selon ChineEVAccueil. MG, la marque britannique propriété de SAIC Motor, se distingue en tête de peloton avec plus de 300 000 véhicules vendus, affichant une croissance de 26 %. BYD suit de près avec 186 612 unités vendues, dont une part significative pour sa marque de luxe Denza. Le groupe Chery complète le podium avec un total de 120 207 véhicules vendus, grâce à ses marques Jaecoo (56 944 unités) et Omoda (52 950 unités), ainsi qu’à Jetour (10 247 unités). La croissance du groupe Chery est impressionnante, avec une augmentation de 605 % !
D’autres acteurs chinois gagnent du terrain. Le constructeur suédois Polestar, détenu par le groupe Geely, a vendu 47 579 unités. En combinant les ventes de Polestar avec celles de ses marques de luxe Zeekr et Lynk&Co, le groupe Geely affiche une croissance de 58 % et atteint un total de 68 499 véhicules vendus. Il est important de noter que ces chiffres n’incluent pas les ventes de Volvo, également contrôlée par Geely, qui possède également Smart, Lotus et LEVC (le fabricant des célèbres taxis londoniens). Geely ambitionne de produire 6,5 millions de voitures par an d’ici 2030, un objectif ambitieux comparé aux 2,3 millions de véhicules produits par Renault (Dacia inclus).
L’arrivée de nouveaux concurrents est également à prévoir. Leapmotor, qui vise à produire un million de voitures cette année et quatre millions dans dix ans, s’est positionné à la sixième place avec 33 567 véhicules vendus en 2025, comme le rapporte Libertatea. Parallèlement, d’autres groupes d’État, tels que Dongfeng, Chang’an et Hongqi, préparent leur offensive sur le marché européen. Les géants de l’électronique, Xiaomi et Huawei, ne sont pas en reste et devraient également faire leur entrée sur le Vieux Continent, soit en produisant leurs propres modèles (Xiaomi), soit en s’associant à des constructeurs existants (Huawei).
La vitesse d’innovation est un autre atout majeur des constructeurs chinois. Alors que les groupes occidentaux mettent généralement 5 à 7 ans pour lancer une nouvelle génération de modèle, les Chinois mettent à jour leurs véhicules chaque année, à l’instar des fabricants de smartphones. Cette cadence effrénée permet l’intégration rapide de nouvelles fonctionnalités, rendant l’offre occidentale parfois obsolète. On retrouve ainsi des équipements innovants tels que des mini-réfrigérateurs, des systèmes audio avancés (avec plus de 15 haut-parleurs), des écrans intégrés et des suspensions pneumatiques sur des modèles haut de gamme comme la limousine NIO ET9.
Cette approche a impressionné les dirigeants occidentaux. Jim Farley, le PDG de Ford, a d’ailleurs salué la qualité des voitures électriques chinoises après un essai en Chine, déclarant : « Ces gars-là sont en avance sur nous. »
L’intégration verticale est un autre facteur clé de succès. BYD, par exemple, produit à la fois les véhicules, les batteries et les logiciels. L’entreprise est même le deuxième fabricant mondial de batteries, derrière CATL, également chinois. Les batteries Blade de BYD sont réputées pour leur résistance au feu. D’autres entreprises, comme NIO et Xpeng, contrôlent également le développement de leurs logiciels, ce qui leur confère une plus grande indépendance et une réactivité accrue pour les mises à jour.
Les constructeurs chinois ne se contentent pas de produire des véhicules. NIO a également lancé son propre smartphone et propose des stations de changement de batterie, tandis que Li Auto déploie son propre réseau de bornes de recharge. Xpeng, quant à lui, suit la voie tracée par Tesla en développant à la fois des logiciels de conduite autonome et des robots humanoïdes, dont certains modèles ont été démontés lors de leur lancement pour prouver qu’ils ne contenaient pas d’opérateur humain, comme le rapporte Libertatea.
Certains constructeurs chinois envisagent même de se lancer dans la voiture volante, comme Xpeng, qui a récemment effectué un vol d’essai réussi à Dubaï.
La qualité et la sécurité des véhicules chinois s’améliorent également considérablement. De nombreux modèles obtiennent désormais 5 étoiles lors des tests de sécurité Euro NCAP, comme le souligne Libertatea. Les constructeurs chinois n’hésitent pas à réaliser des démonstrations spectaculaires pour prouver la robustesse de leurs véhicules, comme les heurter avec des camions ou les faire rouler sur des dunes de sable.
En matière de design, les constructeurs chinois ont fait appel à des designers expérimentés ayant travaillé pour des marques prestigieuses telles que BMW, Audi, Alfa Romeo, Lamborghini, Volkswagen et Mercedes. Le rapport coût-performance est également un atout majeur. À l’instar des constructeurs japonais et coréens, les Chinois proposent des produits de qualité à des prix compétitifs. Ils commencent par des modèles abordables pour gagner la confiance des consommateurs avant de lancer des options plus haut de gamme et technologiquement avancées. Par exemple, le BYD Sealion 5 DM-i, un SUV hybride récemment lancé en Roumanie, est proposé à un prix comparable à celui de la Dacia Bigster, comme le rapporte Libertatea.
La domination chinoise dans le domaine des batteries est un autre avantage concurrentiel. La Chine possède les plus grandes réserves de minerais rares utilisés dans la fabrication des batteries et est le premier producteur mondial de batteries. Six des dix plus grands fabricants de batteries sont chinois : CATL et BYD sont en tête, suivis de CALB, Gotion, Eve Energy et Svolt, selon CNEVPost. CATL détient une part de marché de 39 % et BYD de 16 %. Cette concentration de la production de batteries en Chine permet aux constructeurs automobiles de réduire leurs coûts et de proposer des véhicules électriques plus abordables.
En 2025, la Chine a produit un total de 34 millions de véhicules, dont plus de 16 millions de modèles électriques et hybrides, selon le Quotidien du Peuple. La Chine est ainsi devenue le plus grand producteur et le plus grand marché mondial de véhicules écologiques, et a dépassé le Japon en tant que premier exportateur automobile en 2023, avec 7,1 millions de véhicules exportés contre un million en 2019.
Les constructeurs chinois investissent massivement dans la recherche et le développement de nouvelles technologies de batteries. CATL a récemment présenté des batteries sodium-ion offrant des performances exceptionnelles par temps froid, maintenant 90 % de leur énergie à -40 degrés, contrairement aux batteries lithium fer phosphate (LFP) qui peuvent perdre jusqu’à la moitié de leur capacité dans les mêmes conditions, comme le rapporte Libertatea. Changan est le premier constructeur chinois à lancer des modèles équipés de ces nouvelles batteries. Parallèlement, des groupes tels que Chery, GAC, SAIC et Dongfeng développent des prototypes de batteries à semi-conducteurs, qui promettent une densité énergétique encore plus élevée et une autonomie accrue. Dongfeng a même présenté un modèle avec une autonomie de plus de 1 000 kilomètres, tandis que Chery a dévoilé un modèle Exeed avec une densité de 600 Wh/kg, permettant une autonomie de 1 500 kilomètres avec une seule charge, selon Electrive.
Les constructeurs chinois bénéficient souvent de subventions gouvernementales, ce qui leur permet de concurrencer plus efficacement les acteurs étrangers. L’Union européenne a imposé des droits de douane supplémentaires sur les importations de véhicules électriques chinois, mais a récemment accordé une concession permettant aux constructeurs chinois de bénéficier de prix de vente minimums.