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Sécurité alimentaire dans le nord du Nigeria

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Le Nord du Nigeria, pilier de la sécurité alimentaire africaine, appelle à des investissements massifs

Un nouveau rapport conjoint de la Banque africaine de développement (BAD), du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) tire la sonnette d’alarme : le nord du Nigeria, grenier de l’Afrique, est à un tournant. Il est urgent de passer d’une aide ponctuelle à des investissements stratégiques et durables pour sauver la souveraineté alimentaire du continent.

Un appel à l’action pour restaurer le grenier de l’Afrique

Lancée lors du 31e Sommet économique nigérian à Abuja, l’étude intitulée « Investir dans des solutions de systèmes alimentaires innovantes dans des contextes difficiles » exhorte les gouvernements, les investisseurs et les partenaires de développement à engager des actions audacieuses. L’objectif : reconstruire les systèmes alimentaires régionaux et renforcer la sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest, une région qui dépend fortement des capacités de production du nord du Nigeria.

Ce document propose une feuille de route détaillée, identifiant les priorités politiques, institutionnelles et d’investissement pour accélérer la reprise agricole dans les zones fragiles, restaurer les moyens de subsistance et accroître la résilience face aux chocs.

Le Nord du Nigeria, un enjeu vital pour l’Afrique de l’Ouest

Le nord du Nigeria est l’une des plus grandes zones de production céréalière d’Afrique, nourrissant plus de 10 millions de personnes confrontées à l’insécurité alimentaire. La relance de sa capacité de production pourrait atténuer les pénuries alimentaires dans tout le Sahel et jusqu’aux côtes d’Afrique de l’Ouest, où les routes commerciales dépendent largement de ses excédents céréaliers.

La situation reste préoccupante : les dernières projections estiment que 30,6 millions de Nigérians pourraient faire face à une famine aiguë entre juin et août 2025, dont plus de 1,2 million dans des conditions d’urgence. Pour inverser cette tendance alarmante, des investissements stratégiques sont indispensables dans les infrastructures rurales, les chaînes de valeur et l’agriculture climato-intelligente.

Des priorités de relance basées sur des données probantes

Le rapport met en lumière huit cultures stratégiques – le sorgho, le mil, le maïs, le blé, le niébé, le soja, l’arachide et les tomates – comme points focaux pour les investissements. En cartographiant les pôles de production, les corridors commerciaux et les coûts de la chaîne d’approvisionnement, les auteurs fournissent un cadre solide, fondé sur des données concrètes, pour orienter les décisions des décideurs et des financiers.

Les domaines d’intervention clés incluent :

  • Diversification des cultures : Investir dans huit produits à forte valeur ajoutée pour améliorer les rendements et équilibrer l’alimentation régionale.
  • Stockage et logistique : Déplacer les silos au plus près des centres de production pour réduire les pertes après récolte et faciliter l’accès aux marchés.
  • Investissement dans la chaîne de valeur : Promouvoir les partenariats public-privé pour étendre les capacités de transformation, créant ainsi des emplois et favorisant une croissance rurale inclusive.
  • Résilience climatique : Encourager l’adoption de technologies climato-intelligentes pour assurer une productivité durable et réduire l’exposition aux risques.

Voix des dirigeants : une vision partagée

Le sénateur Abubakar Kyari, ministre nigérian de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, a souligné la nécessité de rapprocher les silos des communautés agricoles, une mesure qui permettrait de réduire significativement les pertes liées au transport. L’émir Muhammadu Sanusi II de Kano, quant à lui, a plaidé pour une politique cohérente et une implication accrue du secteur privé, considérant la réparation des chaînes de valeur comme la voie la plus sûre pour éradiquer la pauvreté.

Abdul Kamara, directeur général de la BAD pour le Nigeria, a modéré le panel de lancement, insistant sur le rôle crucial du renforcement des chaînes de valeur et de la mobilisation des capitaux privés pour garantir la souveraineté alimentaire et une prospérité partagée.

« La création de chaînes de valeur agricoles résilientes peut générer des emplois durables et autonomiser les femmes et les jeunes », a-t-il affirmé. La stabilité à long terme, a-t-il ajouté, repose sur la connexion des agriculteurs aux marchés et le renforcement des routes commerciales régionales.

L’engagement de la BAD au Nigeria

Le portefeuille agricole de la BAD au Nigeria représente un investissement d’environ 900 millions de dollars. Parmi ses initiatives phares figurent les Zones Spéciales de Transformation Agro-Industrielle (SAPZ), conçues pour attirer les investissements et créer jusqu’à 100 000 emplois, ainsi que le Programme national de croissance agricole (NAGS), axé sur l’augmentation de la productivité et l’inclusion des petits exploitants.

D’ici 2030, la BAD ambitionne d’investir 650 millions de dollars par an dans le programme de transformation alimentaire du Nigeria, en mobilisant 3,21 milliards de dollars auprès des partenaires de développement. Ces financements serviront à moderniser les infrastructures, promouvoir la mécanisation et accroître les capacités de transformation.

De l’aide d’urgence à l’investissement durable

David Stevenson, directeur pays du PAM au Nigeria, a rappelé que l’aide humanitaire, bien que vitale, ne peut remplacer l’investissement. « La reconstruction du grenier du nord du Nigeria exige des investissements audacieux, ancrés dans la paix, la résilience et le redressement », a-t-il déclaré.

Le Dr Steven Omamo, directeur exécutif de l’IFPRI, a complété en soulignant que l’adossement des politiques et des investissements aux données garantit un renforcement plus efficace de la résilience. Leur vision commune vise à passer d’un paradigme de gestion de crise à celui de la croissance durable.

Une portée régionale pour l’Afrique

La revitalisation du nord du Nigeria offre un modèle potentiel pour d’autres régions africaines fragiles, confrontées aux conflits et aux pressions climatiques. Cette approche s’aligne sur les objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine en matière de transformation agricole et de souveraineté alimentaire.

En luttant contre la pauvreté rurale, en encourageant la participation du secteur privé, en améliorant le stockage et en renforçant la connectivité commerciale, cette initiative contribue à la stabilité du continent. L’augmentation des rendements des cultures de base peut à terme renforcer les chaînes d’approvisionnement alimentant les marchés nationaux et transfrontaliers à travers l’Afrique de l’Ouest.

Vers un avenir résilient et sécurisé

L’étude de la BAD appelle à un financement coordonné et à des investissements à long terme pour transformer les économies rurales. Dans un contexte où 37 % des Nigérians vivent sous le seuil de pauvreté et où le pays importe annuellement 4,7 milliards de dollars de produits alimentaires, la relance de la production nationale est une priorité absolue.

Ce plan, fruit d’un partenariat entre gouvernements, agriculteurs et investisseurs, trace une voie claire pour reconstruire les moyens de subsistance, développer le commerce régional et assurer la prospérité future du grenier de l’Afrique.

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