Publié le 19 février 2024 14h36:00. Le Palais Liria, demeure historique de la Casa de Alba à Madrid, accueille jusqu’au 31 mai une exposition immersive du peintre José María Sicilia, où mémoire, récit et nouvelles technologies se rencontrent dans un dialogue fascinant avec l’histoire des lieux.
- L’exposition, intitulée Les nuits et les jours, explore la puissance du récit comme moyen de survie et de préservation de la mémoire.
- Sicilia utilise une grande variété de techniques artistiques, de la peinture à la broderie en passant par l’intelligence artificielle, pour créer des œuvres qui interrogent notre rapport au passé et au présent.
- L’artiste a bénéficié d’une liberté totale pour investir les espaces du palais, créant une superposition de couches temporelles et historiques.
José María Sicilia (Madrid, 1954) a transformé plusieurs salles du Palais Liria en un espace d’exploration artistique où le mythe de Shéhérazade, conteuse des Mille et une nuits, résonne avec force. L’exposition, dont le titre est un clin d’œil à cette figure légendaire, s’articule autour de l’idée que raconter une histoire est une manière de survivre, de tisser le fil de la vie et de conserver la mémoire.
Selon l’artiste, cette thématique est née d’une nécessité en 1991 :
« C’était quelque chose que j’ai fait pour survivre. »
José María Sicilia, peintre
Au-delà de la bibliothèque, de la salle de bal, de la salle Grand-Duc, de la salle Stuart et de la salle Amores de los Dioses, l’exposition présente notamment l’œuvre Raconte-toi, dans laquelle Sicilia rend hommage à la fois à Pier Paolo Pasolini et à George Floyd, victime de violences policières. Cette juxtaposition témoigne de l’importance du récit dans l’œuvre de l’artiste, qui accorde un poids particulier à la narration.
Sicilia n’hésite pas à s’approprier les œuvres d’autres artistes, qu’il intègre au sein de paravents qui structurent son dialogue avec les salons somptueux du palais. Ces écrans, à la fois protecteurs et kaléidoscopiques, multiplient les formes et créent, selon l’artiste, une sorte de « mise en abyme ». L’humour se manifeste également dans les titres des œuvres, qui évoquent des fleurs éphémères portant le nom de membres de la famille Alba, comme Gloire de l’aube de la nuit ou Lis de l’aube.
Dans la salle de bal, les visiteurs sont invités à prendre un autoportrait ironique sur une surface miroir d’un de ses écrans, aux côtés d’un Sicilia immortalisé avec des avatars de ses proches. Ce jeu visuel renvoie à la vanité, genre de nature morte qui rappelle la mortalité humaine.
L’intelligence artificielle occupe une place croissante dans le travail de Sicilia, qui avoue avoir créé de nombreux éléments de l’exposition à l’aide de cette technologie, des avatars de sa famille à l’agencement des objets derrière les vitrines. Il a même plaisanté sur le rôle de trois robots humanoïdes, encore dépourvus de jambes, qui se chargent de déplacer les livres dans l’installation.
Interrogé sur l’avenir de l’art à l’ère de l’IA, Sicilia se montre optimiste :
« L’IA est un outil de plus, une extension. »
José María Sicilia, peintre
Il ne la perçoit pas comme une menace et se dit même favorable au transhumanisme, exprimant son désir de « devenir un robot » et de « se faire parasiter par une machine ».
L’artiste a bénéficié d’une grande liberté pour investir les espaces du palais, qu’il considère comme une « superposition de couches et de couches de temps et d’histoire, de familles ». Bien qu’il ne soit pas entièrement satisfait de son travail, il a accepté, suite à une discussion avec les guides touristiques, d’ajouter des photographies à la bibliothèque.
L’exposition est également enrichie d’un audioguide, fruit d’une collaboration entre Sicilia et JM Fernández-Shaw, qui comprend une pièce musicale originale. Sicilia révèle qu’il s’est appuyé sur sa mémoire sonore pour réaliser le poster de Roland Garros en 2019, car il n’a pas de télévision et se souvenait des ambiances du tournoi à la radio.
En résumé, Les nuits et les jours est une exposition qui invite à la réflexion sur la mémoire, le récit et le rôle de l’art dans un monde en constante évolution. Sicilia a réussi à créer un « artefact qui parle », qui absorbe et transforme l’histoire du Palais Liria en une expérience artistique unique.
Les nuits et les jours sera ouvert au public du 20 février au 31 mai, s’intégrant à la visite habituelle du Palais Liria.