La troisième saison de Star Wars: Visions est désormais disponible sur Disney+. Si les deux premières fournées avaient offert un vent de fraîcheur bienvenue à la saga, ce nouveau cru peine à réitérer l’exploit, souffrant d’un manque de diversité et d’une certaine répétitivité.
Après avoir ouvert grand les portes à des studios d’animation du monde entier pour son Volume 2, la série retrouve un ADN plus centré sur l’animation japonaise pour ce Volume 3. Un retour aux sources qui s’avère être son principal talon d’Achille. Car si l’idée d’un « Star Wars façon anime » séduit sur le papier, comme l’avaient démontré les épisodes du Volume 1, cette approche a tendance à se répéter, à emprunter les mêmes sentiers battus et à finir par se ressembler. Le Volume 2, en revanche, brillait par sa diversité stylistique et tonale, nous offrant des pépites comme le délirant « I Am Your Mother » signé Aardman en stop-motion, ou le visuellement époustouflant « Sith » par El Guiri.
Comparé à cette richesse, le Volume 3 accuse le coup. Malgré les sensibilités propres à chaque studio d’animation, la variété globale ne soutient pas la comparaison. La plupart des épisodes s’articulent autour de confrontations dramatiques entre le bien et le mal, laissant peu de place à l’humour pur, à l’image de « I Am Your Mother ». Les schémas narratifs se répètent : attendez-vous à de nombreux affrontements entre Jedi et Sith, à des héros orphelins naviguant dans la galaxie accompagnés d’un droïde ou d’une créature fidèle, et majoritairement à des histoires se déroulant sous l’Empire, sans pour autant effleurer les figures emblématiques de la saga originale comme Dark Vador ou Luke Skywalker. On regrette que la série ne puise pas davantage dans l’immense chronologie de Star Wars, mais c’est un mal qui ronge l’univers dans son ensemble, Lucasfilm restant réticent à s’éloigner trop de la saga Skywalker.
Une chose reste cependant valable pour Visions : la série ne se prête guère au visionnage intensif. Cela peut sembler paradoxal pour une collection de neuf épisodes de 15 à 20 minutes, mais c’est justement ce format condensé qui met en lumière les redondances. Il est préférable de savourer chaque épisode individuellement, de s’imprégner de sa singularité avant de passer au suivant. Cette approche n’efface pas les similitudes thématiques entre les épisodes, mais elle atténue l’impression de déjà-vu.
Le retour aux studios japonais permet néanmoins de revisiter certains personnages et récits du Volume 1. Trois épisodes du Volume 3 s’inscrivent dans cette veine de suites. Le meilleur d’entre eux est sans conteste « The Duel: Payback » de Kamikaze Douga et ANIMA, qui nous ramène dans l’univers sombre et monochrome du Ronin (Brian Tee). Une fois de plus, l’épisode séduit par sa direction artistique soignée, oscillant entre texture et couleurs limitées. Et s’il s’inscrit dans la lignée des duels Jedi-Sith, il bouscule la formule en brouillant les lignes entre les deux factions et en présentant un Jedi consumé par la vengeance.
Les deux autres suites, « The Ninth Jedi: Child of Hope » de Production I.G et « Yuko’s Treasure » de Kinema Citrus Co., sont moins convaincantes. Le premier déçoit particulièrement : malgré un cadre futuriste prometteur et une exploration inédite de la rivalité Jedi-Sith, il peine à apporter une réelle plus-value narrative, se contentant de suivre Kara (Kimiko Glenn) après une attaque de Chasseurs Jedi. Quant à « Yuko’s Treasure », il porte le lourd fardeau de succéder à l’inoubliable « The Village Bride » du Volume 1. La magie et le sens de l’émerveillement de l’épisode original peinent à se retrouver, suggérant que F (Karen Fukuhara) s’exprime mieux en personnage secondaire qu’en héroïne principale.
Les six épisodes restants sont inédits. Si aucun n’atteint le niveau d’un échec cuisant, certains, comme « The Song of Four Wings » du Project Studio Q, « The Bounty Hunters » du WIT Studio, et « The Smuggler » de Trigger, souffrent le plus de cette sensation de déjà-vu. On y retrouve une surabondance d’orphelins, de Jedi et de chasseurs de primes sans le sou, sans que rien ne nous donne particulièrement envie de les retrouver dans de futures aventures.
Au final, seuls deux épisodes parviennent à véritablement incarner la force du concept Visions et à démontrer le potentiel créatif lorsqu’un studio étranger est invité à jouer avec l’univers Star Wars. Le premier est « The Bird of Paradise » de Polygon Pictures. On y suit une Padawan Jedi (Sonoya Mizuno) aveuglée au combat et forcée de survivre dans la nature, n’ayant que la Force pour guide. Visuellement somptueux et coloré, rivalisant avec le « Sith » du Volume 2, cet épisode exploite brillamment la perception par la Force. Il se distingue également par son exploration de la philosophie Jedi et de l’éveil spirituel.
L’autre joyau est « BLACK » de David Production, une expérience singulière qui tranche avec le reste de la série. Réalisé dans le style caractéristique de Shinya Ohira, aux lignes nerveuses et fluides, cet épisode dépeint les derniers instants chaotiques de la vie d’un Stormtrooper. Plus une pièce de création poétique qu’un récit linéaire, il doit beaucoup à ses visuels psychédéliques et à la partition jazzy et entraînante de Sakura Fujiwara. C’est cette audace expérimentale, cette volonté de repousser les limites du récit Star Wars, que Visions devrait cultiver davantage.