Publié le 16 octobre 2025, 20:32. Le réalisateur suisse Stefan Haupt relève le défi d’adapter « Stiller », le roman réputé infilmable de Max Frisch. Son adaptation, qui réussit à capturer l’essence de l’œuvre malgré sa complexité, arrive sur grand écran.
- Le film adapte le roman « Stiller » de Max Frisch, réputé pour sa structure complexe et ses multiples niveaux de réalité.
- Stefan Haupt a choisi de simplifier le récit pour se concentrer sur le fil narratif principal, rendant l’histoire accessible au cinéma.
- Le casting, notamment Albrecht Schuch dans un double rôle, est salué pour sa performance dans l’exploration de l’identité.
Porter à l’écran « Stiller », l’œuvre de Max Frisch, était considéré par beaucoup comme une entreprise quasi impossible. Le roman, s’étendant sur près de 450 pages, explore de nombreux niveaux de réalité et de temps, avec une intrigue centrale dont le développement est subtil. Des réalisateurs de renom, tels que Wim Wenders, avaient déjà tenté de transposer ce matériau littéraire à l’écran sans succès probant.
Stefan Haupt, cinéaste suisse, démontre aujourd’hui qu’une adaptation est réalisable. Cependant, transformer ce roman en scénario a exigé une approche audacieuse, impliquant des coupes et des réductions significatives. Haupt a su démêler la trame narrative complexe, privilégiant un fil conducteur plus linéaire et gérable pour le grand public.
Le point de départ du récit cinématographique, familier à certains spectateurs, met en scène un homme interpellé à la frontière suisse en raison d’un passeport jugé suspect. Cet individu se présente sous le nom de James Larkin White, mais un autre voyageur le reconnaît comme le sculpteur Anatol Stiller, dont la disparition avait marqué les esprits.
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Incarcéré à Zurich, White campe sur ses positions, niant être Stiller, malgré les témoignages de plus en plus nombreux qui l’identifient comme tel. L’épouse de Stiller, venue de Paris, ne doute pas non plus de l’identité de White. Tandis qu’elle évoque les défaillances dramatiques de son mariage avec Stiller, une relation amoureuse naît entre elle et White.
Là où Frisch tissait son récit à travers une multitude d’angles, mêlant fables, anecdotes et contes, le film opère une sélection drastique. L’épilogue du roman, plus développé, où un procureur narre la tentative de White de prendre un nouveau départ après que son identité passée lui a été imposée, est également omis. Le roman explore les profondeurs psychologiques d’un personnage loin d’être exemplaire : Stiller est dépeint comme égoïste, envieux et infidèle envers sa femme, alors gravement malade. La finesse avec laquelle Frisch dissèque les personnages et leurs interactions au moindre geste constitue l’une des grandes forces de l’œuvre littéraire.
Un long métrage de 100 minutes se doit, par nature, d’adopter une approche plus synthétique, ce que le film parvient à faire avec une efficacité notable. La question centrale de savoir pourquoi White refuse d’assumer son identité de Stiller génère une tension palpable, magnifiée par l’excellence des acteurs principaux.
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L’astuce consistant à confier les rôles de White et Stiller à deux acteurs distincts, dont les personnages finissent par fusionner, s’avère une réussite. L’acteur allemand Albrecht Schuch, connu pour son rôle dans « À l’Ouest, rien de nouveau » (2022), livre une performance remarquable dans la peau de White. Il donne la réplique au Suisse Sven Schelker, qui campe Stiller.
Au-delà de cette trouvaille scénaristique, « Stiller » se présente comme un film d’une facture assez conventionnelle, mais qui s’efforce avec sincérité de rendre hommage à la complexité de son matériau d’origine. Malgré sa volonté de concision, le film réussit la tâche herculéenne de fédérer les multiples facettes de ce roman protéiforme sous une seule et même bannière narrative.
L’intrigue de « Stiller » soulève des interrogations d’une pertinence intacte, résonnant avec les préoccupations actuelles comme elles le faisaient dans les années 1950, lors de la parution du roman. La question fondamentale de notre capacité à être différents de la perception qu’autrui a de nous se pose avec acuité. S’y ajoutent celles relatives à la définition de la masculinité et à la pérennité de l’amour face au temps et aux imperfections humaines.
Sortie cinéma : 16 octobre 2025