« Strange Journey: The Story of Rocky Horror », le nouveau documentaire sur la genèse du phénomène Rocky Horror Picture Show, offre un regard inédit sur sa création grâce à Richard O’Brien, scénariste et interprète original du spectacle, et à son fils Linus O’Brien, à la réalisation. Ce film, qui se distingue de récits plus controversés par son approche interne et indulgente, dévoile les coulisses d’un projet aux origines modestes et aux ajustements parfois laborieux, comme l’échec cuisant du transfert de la production scénique de Los Angeles à Broadway.
Malgré une approche clairement bienveillante, le documentaire ne manque pas d’honnêteté. Il met en lumière les débuts chaotiques du projet et les erreurs stratégiques ultérieures. Mais au-delà des anecdotes de production, le film excelle à expliquer la signification profonde du culte Rocky Horror pour ses fans. C’est particulièrement vrai pour la communauté queer, qui y a trouvé un espace d’identification et d’acceptation. Des témoignages personnels et émouvants, notamment celui de la drag queen Trixie Mattel, soulignent l’importance du film pour ceux qui ont vécu leur coming-out dans des contextes difficiles.
Certaines histoires personnelles touchent particulièrement. L’une d’elles relate le parcours d’un homme ayant fui son domicile pour devenir prostitué à New York pendant l’épidémie de SIDA. Il attribue sa survie et son statut séronégatif à ses soirées passées au cinéma, immergé dans le « Time Warp » chaque week-end. Jack Black se souvient quant à lui de l’influence des projections de minuit et de la participation du public sur sa vision de la fusion entre rock et théâtre comme source de joie.
Les admirateurs du film seront sans aucun doute ravis de retrouver les figures emblématiques encore en vie. Parmi eux, un Tim Curry, aujourd’hui fragile, mais dont la voix conserve sa richesse légendaire. Susan Sarandon évoque les contraintes budgétaires qui l’obligeaient à changer d’hébergement tous les deux jours lors du tournage en Angleterre, à Bray. Nell Campbell, toujours aussi espiègle, partage des souvenirs tendres de sa collaboration avec le regretté Meat Loaf. Le réalisateur Jim Sharman, le producteur Lou Adler et la costumière Sue Blane, dont l’enthousiasme semble tout droit sorti d’un livre de costumes excentriques, apportent également leur éclairage. Au milieu de ces récits, Richard O’Brien lui-même ponctue le film de ses réflexions, parfois en musique, distillant des aphorismes percutants, et finissant par s’émouvoir aux larmes à l’évocation de cette aventure. Un moment attendrissant.
« Strange Journey: The Story of Rocky Horror » est à découvrir dans les cinémas du Royaume-Uni et d’Irlande à partir du 3 octobre.