Publié le 2025-10-11 04:53:00. Israël a annoncé la ratification de la première phase d’un accord avec le Hamas, négocié en Égypte et parrainé par Donald Trump. Cette étape cruciale, marquant une désescalade potentielle du conflit, prévoit notamment l’échange d’otages contre des prisonniers palestiniens.
- La signature de l’accord par le Cabinet du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, constitue la dernière étape de mise en œuvre de cette première phase.
- Les Forces de défense israéliennes (FDI) doivent se retirer de leurs positions actuelles à Gaza, ouvrant une période de 72 heures pour que le Hamas libère tous les otages.
- Israël espère que la libération des otages « mettra fin à la guerre », selon le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar.
L’accord, finalisé en Égypte, intervient près de deux ans après l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, qui avait causé plus de 1 200 morts et la prise de 251 otages, dont 48 resteraient encore captifs. En réponse, Israël avait lancé une offensive militaire d’envergure à Gaza, entraînant plus de 67 100 morts, majoritairement des civils, et dévastant une grande partie de l’enclave.
La première phase de l’accord, tel qu’annoncé, comprend la libération de près de 2 000 prisonniers palestiniens en échange de la libération des 48 otages israéliens détenus par le Hamas (dont 20 seraient encore en vie). Parmi les prisonniers palestiniens figurent environ 250 personnes condamnées à la prison à vie et 1 700 autres détenues suite aux attaques du 7 octobre. Israël a toutefois précisé qu’il ne libérerait aucune personne directement impliquée dans ces attaques. Cet échange est censé avoir lieu dans les 72 heures suivant la mise en œuvre du cessez-le-feu.
Cette phase initiale inclut également l’acheminement de l’aide humanitaire vers Gaza et le retrait des troupes israéliennes. Les forces de sécurité israéliennes devraient se positionner le long d’une « ligne jaune », un périmètre défini où l’armée maintiendrait une présence à distance de la frontière entre Gaza et Israël, variant entre 1,5 et 6,5 kilomètres. Actuellement, Israël occupe militairement 82 % de Gaza ; après la signature de cette première phase, elle conserverait le contrôle de 53 % du territoire.
Le rôle de Donald Trump dans la résolution de ce conflit a été souligné. Carlos Novoa, journaliste et analyste international spécialisé dans le Moyen-Orient, rappelle que les présidents américains ont souvent joué un rôle déterminant dans la conclusion d’accords, de cessez-le-feu ou dans le rapprochement des positions entre Israéliens et Palestiniens. Il estime que le rapprochement entre les États-Unis, la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite a été essentiel, permettant à Trump d’exercer une pression sur le Premier ministre Netanyahu, qui lui fait confiance, et par extension sur le Hamas.
« Il est difficile d’envisager des accords sans l’intervention des États-Unis. Bill Clinton, Barack Obama, George Bush, Joe Biden l’ont fait à un moment donné. Trump y a apposé sa marque personnelle. La clé a été le rapprochement qui existe entre les États-Unis avec la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite. Trump a réussi à faire pression sur Netanyahu, qui fait confiance au président nord-américain, et à partir de là, il a également été possible de faire pression sur le Hamas. »
Carlos Novoa, journaliste et analyste international
Francesco Tucci, analyste international, reconnaît également l’impulsion décisive de Donald Trump, qui aurait fait pression sur les deux parties avec le soutien de l’Égypte, du Qatar et de la Turquie. Il suggère que le président américain recherche une réussite politique et médiatique pour renforcer son image de « pacificateur », notamment après des promesses antérieures non tenues.
Que se passe-t-il ensuite ?
Selon la chaîne qatarie Al-Araby, les négociations concernant la deuxième phase de l’accord devraient débuter le lendemain de la libération des otages. Le plan complet en 20 points de Donald Trump, présenté le 29 septembre à la Maison Blanche aux côtés de Benjamin Netanyahu, prévoit notamment le désarmement du Hamas, l’administration de Gaza par un comité technocratique supervisé par un conseil international de la paix présidé par Trump lui-même et incluant l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, ainsi que la reconstruction de l’enclave. Par la suite, l’Autorité nationale palestinienne, après une réforme, devrait prendre le contrôle de Gaza.
Les membres du Hamas se verraient proposer une amnistie s’ils s’engagent à coexister pacifiquement avec Israël, ou une sortie sécurisée vers un autre pays. Aucun Palestinien ne serait contraint de quitter Gaza, et ceux qui l’auraient fait pourraient y revenir. Carlos Novoa estime qu’une fois tous les otages libérés, le Hamas n’aurait plus de levier de négociation.
« Pour l’instant, Israël et le Hamas gagnent, mais pour tout mettre en œuvre, il reste encore un long chemin à parcourir. Qui va gouverner Gaza ? Le Hamas quittera-t-il le pouvoir au profit d’un gouvernement de technocrates ? Qui va distribuer l’aide humanitaire ? Vont-ils rendre les armes ? Il y a beaucoup de réserves, beaucoup de lignes rouges à franchir. »
Carlos Novoa, journaliste et analyste international
Novoa exprime des doutes quant à la réalisation complète des 20 points du plan, soulignant l’évolution potentielle de la dynamique en Israël après la libération des otages ou la réaction de Gaza si le Hamas refuse de céder le contrôle de la bande à une administration de technocrates. Francesco Tucci considère la deuxième phase du plan comme la plus difficile à mettre en œuvre, doutant que le Hamas accepte un désarmement complet après des pertes significatives. Il souligne également le risque de radicalisation accrue d’une population civile dévastée à Gaza.
Concernant Israël, Tucci note une pression internationale croissante, particulièrement en Europe, qui pourrait avoir poussé le pays à accepter une trêve tactique pour atténuer son isolement diplomatique. Le succès de l’accord, selon lui, dépendra de la détermination de Donald Trump à garantir son respect, comme l’exige le Hamas, et de sa capacité à résister aux pressions du gouvernement israélien. Tucci maintient néanmoins une position prudente et sceptique, rappelant que des accords précédents ont été annulés, et seul le temps dira s’il s’agit d’un véritable pas vers la paix ou d’une manœuvre plus politique.