Home International Tom’s Crossing de Mark Z Danielewski – L’auteur de House of Leaves revient avec un western de 1 200 pages | Fiction

Tom’s Crossing de Mark Z Danielewski – L’auteur de House of Leaves revient avec un western de 1 200 pages | Fiction

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Publié le 2025-11-04 08:00:00. Face à une « panique culturelle » autour de la lecture, Mark Z. Danielewski défie les conventions avec son nouveau roman fleuve, « Tom’s Crossing ». Une œuvre monumentale qui, malgré ses 1 200 pages et sa narration audacieuse, recèle une trame narrative simple et puissante.

  • « Tom’s Crossing » pèse plus de 1 200 pages, estimées à près d’un demi-million de mots, soit environ deux fois la longueur de « Maison des Feuilles », précédent succès de l’auteur.
  • L’intrigue suit Kalin March, un adolescent doué pour l’équitation, chargé par son ami mourant Tom de sauver deux chevaux de l’abattoir et de les emmener en sécurité dans la nature sauvage.
  • Le roman, bien que complexe dans sa forme, est salué pour sa capacité à évoquer une ambiance de western cinématographique des années 1980, mêlant action, surnaturel et conflits familiaux.

Le nouveau roman de Mark Z. Danielewski, « Tom’s Crossing », se présente comme un défi littéraire, tant par sa taille que par son approche narrative. L’ouvrage, qui dépasse les 1 200 pages, s’inscrit dans la lignée des créations audacieuses de l’auteur, déjà célèbre pour « Maison des Feuilles », qui avait marqué les esprits il y a 25 ans. L’impressionnant volume de « Tom’s Crossing » rappelle une autre époque où les romans-fleuves étaient monnaie courante, le plaçant d’emblée comme une lecture qui ne passe pas inaperçue dans le paysage culturel actuel.

Au cœur de cette œuvre monumentale se trouve l’histoire de Kalin March, un jeune marginal de 16 ans originaire de la petite ville d’Orvop, dans l’Utah. Doté d’un talent exceptionnel pour l’équitation, Kalin noue une amitié improbable avec Tom Gatestone, un garçon populaire et charismatique. Leur lien se scelle autour de leur passion commune pour les chevaux. Avant de succomber à un cancer, Tom confie à Kalin une promesse : celle de sauver deux chevaux, Mouse et Navidad, qu’ils affectionnent tous deux, d’une mort certaine aux mains d’un équarrisseur.

La majeure partie du roman retrace la périlleuse mission de Kalin pour conduire les deux équidés vers la sécurité de la nature sauvage, au-delà de la chaîne de montagnes Isatch. Ce périple est loin d’être solitaire. Kalin est rejoint par Landry, la courageuse sœur adoptive de Tom, et, de manière plus surprenante encore, par le fantôme de ce dernier. L’aventure prend une tournure dramatique avec l’intervention d’Orwin Porch, le patriarche autoritaire et propriétaire de Porch Meats, ennemi juré des Gatestone. Son ambition et sa cruauté menacent de faire dérailler la quête de Kalin, intensifiant le suspense et les enjeux de cette odyssée.

« Tom’s Crossing » est une œuvre d’une grande ambition, qui se déroule sur les cinq jours précédant Halloween en 1982. L’intrigue, d’une simplicité trompeuse, prend des allures de western cinématographique, portée par un décor des années 1980, des protagonistes jeunes et des paysages grandioses. Le récit mêle habilement armes à feu, chevaux, apparitions spectrales et une lutte acharnée pour la survie dans un environnement hostile. Les querelles familiales ancestrales et une menace grandissante, alimentée par l’avidité et la psychopathie d’Orwin Porch, ajoutent à la tension. Le rythme compressé du récit culmine en une confrontation finale mémorable dans les montagnes.

Malgré ses qualités indéniables, « Tom’s Crossing » a laissé le critique perplexe, qualifiant l’expérience de « déroutante et souvent exaspérante ». Mark Z. Danielewski est reconnu pour sa puissance narrative et sa vision singulière. Il tisse une histoire captivante aux accents mythiques qui n’aurait pas besoin d’artifices supplémentaires. Pourtant, certains choix esthétiques semblent délibérément conçus pour entraver le plaisir de lecture. Dès les premières pages, le roman établit que les événements épiques décrits sont déjà largement connus. Des digressions fréquentes nous éloignent de l’action principale pour explorer les pensées d’un vaste chœur de personnages secondaires, dont les vies ont été influencées par des fragments de cette histoire, donnant lieu à des œuvres artistiques diverses. Ces personnages secondaires, dont les noms sont parfois simplement énumérés en masse, donnent l’impression d’être issus des cercles de fans les plus dévoués de l’auteur.

L’autre décision narrative qui semble « perverse » est la voix du narrateur. Le roman se présente comme la transcription d’un récit oral. Cette voix, étrangement hybride, oscille entre une éloquence homérique et un langage familier, omettant les « g » finaux des participes présents, utilisant des doubles négations, et alternant le registre familier avec des termes rares comme « cynégétique », « rupestre », « épicrisis », « noctilucent » ou « teichoscopie ». Le résultat est un style prolixe et rambling, donnant l’impression d’un livre déjà long qui s’étire encore davantage.

« Plus tôt dans l’après-midi, quand, pour une raison ou une autre, les pensées d’Allison étaient revenues avec colère sur la malédiction qu’elle avait lancée sur Kalin avant son départ, le mettant en garde contre les armes à feu, lui faisant comprendre par un décret sans substance que même manipuler une arme à feu pourrait lui coûter les chevaux qu’il aimait, et pour le reste de sa vie, elle et Sondra étaient retournées au parking d’Isatch Canyon, où elles avaient rapidement appris la grande chute de pierres. »

Ce passage, bien que relativement court et moins complexe que d’autres sections, illustre cette tendance à une construction alambiquée. L’avertissement concernant les armes à feu, bien que pertinent pour l’intrigue globale, apparaît déconnecté de l’action immédiate et distrait le lecteur de l’information essentielle : Allison et Sondra sont retournées au Canyon et ont appris l’histoire de la chute de pierres. La voix du narrateur, attachée à son idiolecte particulier, se caractérise par des répétitions, un langage argotique et des tournures sinueuses. L’auteur évoque l’impression que le personnage de l’Étranger dans le film « The Big Lebowski » canalise la prose du XVIIe siècle de John Milton ou Thomas Browne, avec un ton grave et une tendance à la divagation philosophique.

Ce narrateur, dont l’identité surprenante est révélée plus tard dans l’ouvrage, semble doté d’une hyper-omniscience. Il maîtrise des domaines aussi variés que l’équitation, la géographie, la géologie, la mythologie, les écritures mormones, les jeux de cartes, l’urbanisme, la musique des années 1980, l’art moderne, le maniement des armes à feu, la survie en milieu sauvage et les conventions de la littérature classique. Chaque instant de l’histoire est détaillé à la seconde près, quelle que soit son importance pour l’intrigue. Parfois, cette approche est sublime et passionnante, révélant la capacité étonnante de Danielewski à visualiser et à transmettre l’action. D’autres fois, le lecteur se retrouve perdu dans de longues digressions, s’interrogeant sur la pertinence d’autant de détails sur des personnages mineurs aux centres d’intérêt secondaires.

En définitive, « Tom’s Crossing » donne l’impression d’avoir été conçu dans une perspective d’immortalité littéraire, ciblant particulièrement les études universitaires. Les choix esthétiques semblent plus destinés à alimenter des séminaires qu’à procurer un plaisir de lecture immédiat. Il est juste de noter que Danielewski ne dissimule pas la difficulté de son œuvre : un simple coup d’œil à la première page suffit à informer le lecteur sur les défis à venir. Ce qui est moins évident, c’est que sous cette carapace d’écriture exigeante et d’allusions littéraires, se cache le cœur gratifiant et simple d’un western familial (PG), avec une violence modérée et des dilemmes moraux étonnamment clairs.

Mark Z. Danielewski’s « Tom’s Crossing » est publié par Pantheon. Pour soutenir ce journal, commandez votre exemplaire sur Guardianbookshop.com. Des frais de livraison peuvent s’appliquer.

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