Publié le 24 octobre 2025 à 05h53. Le président américain Donald Trump a accordé sa grâce à Changpeng Zhao, le fondateur de Binance, la plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies au monde. Cette décision intervient après que Zhao a purgé une peine de prison pour avoir omis d’empêcher l’utilisation de sa plateforme pour des activités criminelles, notamment le blanchiment d’argent lié à des abus sexuels sur enfants, au trafic de drogue et au terrorisme.
- La grâce présidentielle met fin à une saga judiciaire pour Changpeng Zhao, surnommé CZ, une figure emblématique de l’univers des cryptomonnaies.
- L’administration Trump a justifié cette décision en invoquant une peine jugée « excessive » par le passé et une volonté de corriger une injustice perçue à l’encontre de l’industrie des cryptomonnaies.
- Cette mesure s’inscrit dans un contexte de relations étroites entre la famille Trump et certaines entreprises du secteur des cryptomonnaies.
Cette grâce marque un tournant dans le dossier de Changpeng Zhao, qui avait été condamné à quatre mois de prison pour violation de la loi sur le secret bancaire. Les procureurs avaient souligné la gravité sans précédent de ces manquements, Binance ayant facilité plus de 1,5 million de transactions de cryptomonnaies, totalisant près de 900 millions de dollars, en violation des sanctions américaines, impliquant notamment des groupes comme le Hamas, Al-Qaïda et l’Iran.
« J’ai échoué ici », avait reconnu Zhao devant le tribunal l’année dernière, exprimant ses profonds regrets. Selon les procureurs, son approche à la tête de Binance était résumée par la maxime : « Il vaut mieux demander pardon que la permission ». L’industrie des cryptomonnaies, qui se plaint d’une approche réglementaire jugée trop répressive sous l’administration Biden, voit dans cette grâce un geste potentiellement favorable à son développement.
La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a précisé que la demande de grâce avait été « soigneusement examinée » par le bureau du conseiller juridique, dénonçant une « peine excessive flagrante » infligée par l’administration démocrate. Elle a ajouté que Donald Trump souhaitait « corriger cette atteinte excessive ». L’administration Trump a par ailleurs abandonné plusieurs actions coercitives contre des entreprises de cryptomonnaies lancées sous la présidence Biden et a démantelé une unité spécialisée du ministère de la Justice.
Pour l’ancien procureur fédéral Mark Bini, aujourd’hui avocat spécialisé dans la défense des cols blancs et les questions de cryptomonnaies, cette grâce n’est pas surprenante, Zhao ayant été emprisonné pour ce qui ressemble davantage à une « infraction réglementaire ».
Changpeng Zhao, aujourd’hui milliardaire, a eu un parcours atypique. Né en Chine rurale, il a immigré au Canada avec sa famille après les événements de la place Tiananmen en 1989. Adolescent, il a travaillé chez McDonald’s avant de se passionner pour la technologie à l’université. Il a fondé Binance en 2017.
L’influence du secteur des cryptomonnaies dans les sphères politiques n’est pas nouvelle. L’administration Trump et sa famille ont cherché à tirer parti de cet écosystème. Un stablecoin lancé par World Liberty Financial, une initiative de Trump et de ses fils Donald Jr. et Eric, avait bénéficié d’un soutien initial important grâce à un fonds d’investissement aux Émirats arabes unis qui avait utilisé 2 milliards de dollars de ce stablecoin pour acquérir une participation dans Binance.
Au lendemain de l’annonce de la grâce, un jeton distinct de World Liberty Finance a connu une hausse spectaculaire de sa valeur, dépassant largement celle des autres cryptomonnaies majeures, selon les données de CoinMarketCap. Changpeng Zhao avait confirmé plus tôt cette année que ses avocats avaient introduit une demande de grâce auprès du président Trump.
L’impact potentiel de cette grâce sur les opérations de Binance et de sa filiale américaine, Binance.US, reste encore à déterminer.