Publié le 6 février 2026 à 18h25. Une publication de l’ancien président américain Donald Trump, comportant des images à connotation raciste, a déclenché une vague de critiques allant au-delà des clivages partisans, tandis que l’administration actuelle tente d’en minimiser les conséquences.
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La polémique a éclaté après que Donald Trump a partagé sur son réseau social une vidéo d’environ une minute promouvant des théories du complot sur l’élection présidentielle de 2020. La séquence, qui a suscité des milliers de « j’aime » avant d’être supprimée, montrait pendant une seconde les visages de Barack et Michelle Obama superposés à ceux de singes, sur fond de la chanson « The Lion Sleeps Tonight » popularisée par le film « Le Roi Lion ».
La publication s’inscrit dans une série de messages de l’ancien président réitérant ses allégations infondées de fraude électorale. Elle a provoqué une rare convergence d’indignation, tant du côté démocrate que républicain. Hakeem Jeffries, chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, a qualifié Trump de « vil, déséquilibré et maléfique » sur X, appelant tous les républicains à « dénoncer immédiatement cette intolérance dégoûtante ». Il a également jugé le président « malade ».
Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, pressenti comme candidat démocrate à la présidentielle de 2028, a renchéri : « Comportement répugnant de la part du président. Chaque républicain doit le condamner. Maintenant. » Ben Rhodes, ancien conseiller à la sécurité nationale de Barack Obama, a également dénoncé les images, affirmant sur X que « les Obama seront considérés comme des figures aimées par les Américains du futur, tandis que Trump sera étudié comme une tache sur notre histoire ».
Même au sein du camp républicain, la publication a suscité des réactions négatives. Tim Scott, sénateur de Caroline du Sud et seul sénateur noir du parti, a condamné le message et demandé son retrait, déclarant : « Je prie pour que ce soit faux, car c’est la chose la plus raciste que j’aie jamais vue émaner de cette Maison Blanche ». Scott préside également le Comité sénatorial national républicain, chargé de coordonner la stratégie du parti.
Le groupe Républicains contre Trump a estimé qu’il n’y avait « pas de limite », tandis que Mike Lawler, représentant républicain de New York, a qualifié la publication de « fausse » et « incroyablement offensante », exigeant sa suppression immédiate et des excuses.
Face à la controverse, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a tenté de minimiser l’impact, qualifiant les réactions de « fausse indignation » et affirmant que le contenu était tiré d’une « vidéo mème Internet ». Selon l’administration, l’extrait avec les Obama proviendrait d’une vidéo plus longue diffusée par un créateur de mèmes conservateur, dans laquelle Trump est représenté comme un lion et les dirigeants démocrates comme différents animaux, tous s’inclinant devant le républicain.
Trump n’a pas commenté directement le contenu de la vidéo ni les réactions qu’elle a provoquées. La Maison Blanche a finalement retiré la publication, expliquant qu’elle avait été diffusée « par erreur » et imputant la responsabilité à un employé. Aucune autre explication n’a été fournie concernant la défense initiale de l’attachée de presse.
La représentation des Obama comme des singes ravive des stéréotypes racistes utilisés par les marchands d’esclaves et les ségrégationnistes pour déshumaniser les Afro-Américains et justifier la violence. Trump a régulièrement tenu des propos désobligeants envers les personnes de couleur, les femmes et les immigrants, et son administration s’est fréquemment moquée ou a proféré de fausses accusations à l’encontre d’Obama depuis son retour au pouvoir.
Obama, premier président noir de l’histoire des États-Unis, avait soutenu Kamala Harris lors de l’élection présidentielle de 2024. Trump a lancé sa carrière politique en promouvant la fausse théorie du complot raciste dite « Birther », selon laquelle Obama serait né à l’étranger et aurait menti sur sa nationalité américaine. Le républicain entretient une longue rivalité avec Obama, dont il a toujours envié la popularité et le prix Nobel de la paix.
Lors de la campagne de 2024, Trump avait affirmé que les immigrants « empoisonnaient le sang de notre pays », un langage similaire à celui utilisé par Adolf Hitler pour déshumaniser les Juifs. Durant son premier mandat, il avait qualifié un groupe de pays en développement majoritairement noirs de « pays de merde », avant de revenir sur ses propos en décembre 2025.
Depuis son retour à la Maison Blanche, le président et ses alliés ont intensifié l’utilisation de mèmes et de vidéos, y compris celles produites par intelligence artificielle, pour attaquer leurs opposants. Ces publications sont souvent présentées comme de l’humour par leurs défenseurs, tandis que les critiques dénoncent la désinformation et les attaques à caractère raciste. L’année dernière, Trump avait publié une vidéo générée par IA montrant Barack Obama arrêté au Bureau ovale, puis emprisonné en combinaison orange. Il avait également diffusé un clip créé par IA du chef de la minorité parlementaire Hakeem Jeffries, noir, arborant une fausse moustache et un sombrero mexicain, une image que Jeffries avait qualifiée de raciste.
Par ailleurs, l’administration Trump a été critiquée pour son offensive contre les programmes de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI). L’une de ses premières décisions a été de mettre fin à tous les programmes fédéraux de DEI, y compris les politiques de diversité dans les forces armées, que le président a qualifiées de « woke ». Cette mesure a également conduit au retrait de dizaines d’ouvrages traitant de l’histoire de la discrimination aux États-Unis des bibliothèques des académies militaires. Ces programmes fédéraux sont nés de la lutte pour les droits civiques dans les années 1960, menée principalement par les Afro-Américains, en défense de l’égalité et de la justice après des siècles d’esclavage.
(Avec l’AFP et le New York Times)