Dans un entretien exclusif diffusé mardi soir, le président russe Vladimir Poutine a accordé un long entretien à Tucker Carlson, journaliste américain conservateur, abordant une série de sujets cruciaux, du conflit en Ukraine aux relations internationales. L’interview, réalisée au Kremlin et d’une durée de plus de deux heures, a suscité un vif intérêt, cumulant des millions de vues sur les plateformes X et YouTube dès ses premières heures de diffusion.
Au cœur des discussions, Vladimir Poutine a réitéré la position de Moscou concernant le conflit ukrainien, affirmant que la Russie n’avait pas déclenché les hostilités en 2022 mais cherchait à y mettre fin. Selon le président russe, la guerre aurait débuté en 2014 avec la répression de la population du Donbass par Kiev. Il a évoqué les accords de Minsk, regrettant que la crise dans la région n’ait pu être résolue pacifiquement, malgré une conviction initiale que des arrangements étaient possibles si les engagements sociaux avaient été respectés et que la population locale avait été convaincue de réintégrer l’Ukraine. Poutine a également suggéré que les pourparlers de paix menés au printemps 2022, juste après le retrait des troupes russes autour de Kiev, avaient été abandonnés par l’Ukraine sous la pression occidentale.
Abordant la question d’une potentielle agression russe envers l’OTAN, le dirigeant russe a qualifié de « simple discours de menace » les allégations occidentales selon lesquelles la Russie envisagerait d’attaquer un pays membre de l’alliance. Il a précisé qu’une intervention militaire contre un pays de l’OTAN, comme la Pologne ou la Lettonie, ne surviendrait que s’ils étaient eux-mêmes attaqués. Il a également balayé les spéculations sur une possible utilisation d’armes nucléaires ou une escalade du conflit en Ukraine, les qualifiant d’« histoires d’horreur » destinées à justifier des dépenses militaires supplémentaires auprès des contribuables occidentaux.
Sur le front des relations internationales, Poutine a contrasté l’attitude de la Russie face à la montée en puissance de la Chine avec celle des États-Unis, déclarant que la Russie n’éprouvait aucune crainte à cet égard. Il a qualifié de « croque-mitaine » l’idée que les BRICS puissent être dominés par l’économie chinoise, soulignant la recherche de compromis dans la politique étrangère de Pékin et l’équilibre des échanges commerciaux entre les deux pays.
Concernant la résolution du conflit ukrainien, Vladimir Poutine a posé une condition claire : l’arrêt de l’envoi d’armes à Kiev par les États-Unis. Selon lui, une telle mesure permettrait de mettre fin aux hostilités en quelques semaines. Il a par ailleurs critiqué la décision de l’Ukraine, influencée selon lui par l’ancien Premier ministre britannique Boris Johnson, d’abandonner un projet de trêve négocié en 2022.
Au chapitre des relations avec l’Occident, le président russe a rappelé que la Russie avait accepté la dissolution de l’Union soviétique dans l’espoir d’une coopération pacifique. Cependant, il a affirmé que cet espoir avait été déçu, citant le soutien occidental au séparatisme et au terrorisme dans le Caucase durant les années 1990, ainsi que leur implication dans le coup d’État en Ukraine en 2014.
L’expansion de l’OTAN vers l’est a été un autre point soulevé. Poutine a rappelé la promesse initiale de l’organisation de ne pas s’étendre, promesse qui aurait été rompue avec l’adhésion de pays d’Europe de l’Est et des États baltes. Il a qualifié la perspective d’intégration de l’Ukraine à l’alliance d’« erreur politique colossale », rappelant la promesse de 2008 et le coup d’État de 2014 à Kiev. Selon lui, la politique du nouveau gouvernement ukrainien envers ceux qui s’opposaient au coup d’État représentait une menace pour la Crimée, justifiant l’intervention russe. Le président russe a également confié avoir questionné l’ancien président américain Bill Clinton sur une éventuelle adhésion de la Russie à l’OTAN, une requête qui aurait été rejetée.
Interrogé sur l’explosion des gazoducs Nord Stream, Vladimir Poutine a désigné les États-Unis et leurs alliés comme étant responsables, soulignant que dans de tels cas, il fallait identifier ceux qui tirent profit de l’incident et qui en ont les moyens. Il a, par ailleurs, salué le potentiel d’Elon Musk dans le domaine technologique, notamment via ses avancées en neurotechnologie, tout en insistant sur la nécessité de régulations internationales, comparant cette évolution aux accords sur le nucléaire au XXe siècle.
Enfin, concernant le journaliste américain Evan Gershkovich, arrêté en Russie pour espionnage, Poutine n’a pas exclu une libération, mais a conditionné cette éventualité à une flexibilité des services de renseignement occidentaux et à une réciprocité dans les relations entre la Russie et l’Occident. Concernant le président ukrainien Volodymyr Zelensky, Poutine a affirmé qu’il avait trahi ses promesses électorales en s’associant à des forces nationalistes et « néonazies », un choix qu’il a attribué à leur agressivité et au soutien constant que leur apporte « l’Occident dirigé par les États-Unis » lorsqu’il s’agit de contrarier la Russie.