Publié le 17 février 2024 10h00. De vives tensions opposent l’Union européenne et les États-Unis concernant l’avenir de Gaza, notamment autour d’un nouveau conseil dédié à la reconstruction du territoire, jugé par certains comme contournant les institutions internationales.
- L’Union européenne critique le « Conseil de la paix » mis en place par l’administration Trump, le considérant comme un instrument personnel sans réelle responsabilité envers les Palestiniens ou l’ONU.
- L’Espagne accuse Donald Trump de vouloir court-circuiter le mandat initial de l’ONU et déplore l’exclusion de l’Europe, principal contributeur financier à l’Autorité palestinienne, du processus.
- Des inquiétudes sont exprimées quant au contrôle des fonds de reconstruction, certains craignant qu’ils ne profitent à des proches de l’ancien président américain.
La divergence de vues a éclaté lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, où Kaja Kallas, chef de la politique étrangère de l’UE, a dénoncé un détournement de l’objectif initial de la résolution onusienne. Selon elle, la charte du « Conseil de la paix » ne fait plus aucune référence à Gaza ou à l’ONU, contrairement à la résolution du Conseil de sécurité qui prévoyait un mandat limité dans le temps, une participation palestinienne et une référence explicite au territoire.
« Il existe une résolution du Conseil de sécurité, mais le Conseil de la paix ne la reflète pas. »
Kaja Kallas, chef de la politique étrangère de l’UE
Ces critiques interviennent alors que Washington s’apprête à organiser une réunion de ce conseil à Washington la semaine prochaine. Le sénateur démocrate Chris Murphy a également exprimé ses préoccupations, craignant un manque de contrôle sur l’utilisation des milliards de dollars destinés à la reconstruction.
De son côté, Nickolay Mladenov, le haut représentant pour Gaza nommé par Donald Trump, a tenté de minimiser la controverse, insistant sur l’urgence d’agir. Il a mis en garde contre le risque d’une escalade du conflit si les efforts de reconstruction et de stabilisation ne sont pas rapides et efficaces.
« Tout cela doit aller très vite. Si nous ne le faisons pas, nous n’allons pas mettre en œuvre la deuxième phase du cessez-le-feu mais la deuxième phase de la guerre. »
Nickolay Mladenov, haut représentant pour Gaza
Mladenov a souligné la nécessité d’améliorer l’aide humanitaire, de désarmer les différentes factions et de mettre fin à la division de Gaza, où Israël et les Palestiniens exercent des contrôles distincts. Il a averti qu’une solution à deux États serait compromise si la question du Hamas et de la division du territoire n’était pas abordée.
Lors d’échanges tendus avec Kallas, Mike Waltz, l’ambassadeur américain auprès de l’ONU, a défendu le « Conseil de la paix », qualifiant le statu quo de « déchirant » et appelant à une rupture avec la guerre perpétuelle et la domination du Hamas à Gaza. Il a annoncé que l’Indonésie s’était engagée à fournir 8 000 soldats à la Force internationale de stabilisation et que d’autres contributions seraient annoncées prochainement. Waltz a également justifié la volonté de certains pays de contourner le système des Nations Unies pour la reconstruction.
« Il a été nécessaire de mettre l’ONU au régime et de la faire revenir aux fondamentaux du rétablissement de la paix. »
Mike Waltz, ambassadeur américain auprès de l’ONU
Enfin, Mustafa Barghouti, un activiste palestinien, a exprimé son pessimisme quant à la pertinence des discussions sur Gaza, soulignant l’expansion des colonies en Cisjordanie et la remise en cause de l’accord d’Oslo. Il a appelé à rendre des comptes sur les possibles génocides et à trouver un moyen d’empêcher la disparition de la solution à deux États.