Home International Un homme de Delhi utilise un appareil photo et un balai pour refléter le problème des déchets de la ville.

Un homme de Delhi utilise un appareil photo et un balai pour refléter le problème des déchets de la ville.

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Publié le 15 février 2026. À Delhi, un citoyen ordinaire, armé d’un balai, mène une bataille discrète mais déterminée contre l’accumulation de déchets, un rappel constant que la propreté de l’espace public est l’affaire de tous.

  • Mohd Asif, un habitant de Delhi, se consacre à nettoyer les rues de la ville, sensibilisant à la responsabilité individuelle face à la gestion des déchets.
  • Il dénonce le manque de ressources allouées aux services de nettoyage municipaux et l’état d’esprit de désengagement de nombreux citoyens.
  • Asif plaide pour une éducation à la propreté dès le plus jeune âge et une collaboration accrue entre les citoyens et les autorités locales.

À Delhi, les déchets sont souvent invisibles, intégrés au paysage urbain : amas aux arrêts de bus, débris flottant sur les trottoirs, immondices coincés dans les recoins que l’on a appris à ignorer. Mais Mohd Asif, lui, les voit. Avec un balai à la main et une conviction inébranlable, cet habitant de la capitale indienne nettoie patiemment les rues, un acte simple qui interroge le sens civique de chacun.

S’exprimant auprès d’India Today Digital, Asif, connu sous le nom d’Asif Hindustani sur les réseaux sociaux, a expliqué sa démarche personnelle et sa conviction que le véritable changement commence par la prise de conscience individuelle. Il agit bien avant que le « sens civique » ne devienne un sujet de débat en ligne et que les indignations virales ne façonnent l’opinion publique. Asif est déjà dans les rues, balayant, ramassant les ordures, accomplissant un travail que beaucoup préfèrent éviter.

Sans équipe, sans soutien officiel et sans attendre de reconnaissance, il documente son action à l’aide d’une caméra, capturant à la fois la saleté et les efforts nécessaires pour la combattre. Sur son compte Instagram Asif Hindustani, il partage régulièrement des images de différents quartiers de la ville. Des canalisations bouchées aux arrêts de bus jonchés de déchets, ses vidéos témoignent d’une réalité inconfortable que la plupart d’entre nous rencontrent quotidiennement, avant de l’oublier rapidement. Une vidéo récente, montrant son intervention sur un arrêt de bus sale à Rohini, a particulièrement suscité l’attention, forçant les internautes à s’arrêter et à se poser la question : que fais-je, moi, pour ma ville ?

Le travail d’Asif ne relève ni de la performance, ni d’une simple réaction ponctuelle. Il s’agit d’une question de responsabilité. Il insiste sur le fait que le sens civique n’est pas une obligation imposée par le gouvernement, mais un devoir personnel. Un simple emballage de chips jeté par terre, une paille abandonnée négligemment – ces petits gestes, selon lui, contribuent à l’amoncellement de déchets que nous normalisons chaque jour. Sa mission est simple, mais radicale : faire prendre conscience à chacun de son rôle dans le problème et dans sa résolution.

Lors de ses opérations de nettoyage, Asif constate une tendance troublante : « Honnêtement, l’état d’esprit que je rencontre le plus souvent, c’est le sentiment que « ce n’est pas mon problème ». Beaucoup de gens considèrent les espaces publics comme s’ils n’appartenaient à personne, ce qui les rend faciles à négliger. » Ce détachement, explique-t-il, est à l’origine de la crise de la propreté en Inde : « Cela m’inquiète, car garder une ville propre n’est pas seulement le travail des éboueurs, c’est une question de responsabilité collective. Si nous continuons à nous désintéresser des lieux que nous partageons, le cycle de négligence se répétera, quels que soient nos efforts de nettoyage. »

Asif ne se contente pas de dénoncer les comportements individuels. Il souligne également les dysfonctionnements du système, notamment le manque de moyens alloués aux services municipaux. Ses échanges avec les agents d’assainissement ont révélé un écart préoccupant entre les intentions et les résultats. « Les choses sont mitigées », confie-t-il à propos de ses relations avec la corporation municipale. « J’ai constaté un réel engagement de la part des éboueurs, qui font de leur mieux, mais ils sont souvent dépassés par un manque criant de ressources. » Il cite l’exemple d’un agent d’assainissement de l’ouest de Delhi qui lui a révélé qu’une équipe de seulement quatre personnes était chargée de l’entretien de près de 62 parcs. « Il est physiquement impossible de maintenir autant d’espaces propres avec si peu de personnel », souligne Asif.

Les difficultés ne s’arrêtent pas là. « En plus de cela, ils sont confrontés à des embauches gelées et à des véhicules vétustes qui ne permettent même pas de charger correctement les déchets. C’est un problème systémique majeur dont personne ne parle. La volonté de travailler est là, mais la main-d’œuvre et les équipements font défaut », déplore-t-il. Ses observations mettent en évidence le fait que, même si les citoyens doivent assumer leurs responsabilités, le soutien institutionnel ne peut être insuffisant.

S’il ne devait demander qu’un seul changement aux Indiens, Asif n’hésite pas : « Ce serait la « pause ». Cette fraction de seconde d’hésitation avant de jeter un déchet par terre. » Selon lui, ce moment de pleine conscience pourrait transformer les espaces publics : « Si les gens gardaient leurs déchets jusqu’à trouver une poubelle, la moitié des problèmes que nous constatons dans nos espaces publics disparaîtraient d’elle-même. » Une demande modeste, mais peut-être d’autant plus puissante.

La vision d’Asif va au-delà des opérations de nettoyage ponctuelles. Il pense à long terme, à une approche structurelle et évolutive. « Pour l’avenir, je veux que cela dépasse mon action personnelle et les nettoyages individuels », explique-t-il. « L’objectif est d’impliquer davantage de bénévoles, de collaborer avec les autorités municipales et, à terme, d’étendre cette initiative à d’autres villes. » Il accorde une importance particulière à l’éducation des jeunes générations : « Je veux vraiment me concentrer sur la sensibilisation des plus jeunes, afin que la propreté devienne une habitude, et non plus seulement une réaction face à une rue sale. » Son rêve repose sur la collaboration plutôt que sur le blâme : « Nous avons besoin d’un modèle structuré dans lequel les citoyens et les collectivités locales travaillent ensemble sur le long terme. »

Ce qui distingue Mohd Asif Hindustani n’est pas seulement sa volonté de nettoyer, mais surtout son insistance à imaginer un avenir meilleur. En dialoguant avec les agents d’assainissement, en dénonçant les lacunes du système et en se concentrant sur les jeunes générations, il construit une vision qui dépasse les solutions superficielles. Si sa mission aboutit, ce ne sera pas grâce à un seul homme qui aura nettoyé quelques rues, mais parce que beaucoup auront appris à faire une pause, à prendre soin et à assumer la responsabilité des espaces qu’ils partagent.

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