Publié le 14 février 2026 à 19h39. Une équipe de scientifiques a identifié une espèce de serpent jusqu’alors inconnue en Bolivie, après qu’un spécimen ait été accidentellement tué par un randonneur. Cette découverte souligne la richesse insoupçonnée de la biodiversité de la région et les défis liés à sa conservation.
- Une espèce de serpent, l’Oxybelis inkaterra, a été identifiée pour la première fois en Bolivie.
- L’identification a été possible grâce à l’examen d’un serpent tué accidentellement en 2015 et à la révision de collections de musées.
- Cette espèce, connue pour son camouflage exceptionnel, est extrêmement difficile à observer dans la nature.
Au cœur des basses terres du nord de la Bolivie, un prédateur est resté caché pendant des années, à la vue de tous. Ce serpent d’environ 1,20 mètre (4 pieds) avait perfectionné l’art de l’invisibilité : son corps svelte et ses couleurs discrètes se fondaient parfaitement avec les branches qu’il habitait.
En 2015, une équipe de scientifiques explorait les basses terres de La Paz à la recherche de deux groupes de reptiles particulièrement insaisissables : les couleuvres fouet (Oxybelis) et les couleuvres à nez pointu (Xenoxybelis). Ces créatures figurent parmi les plus difficiles à repérer dans la nature, leur corps ayant évolué spécifiquement pour disparaître dans la végétation forestière.
Lors de cette expédition, un guide local défrichait un sentier près du campement lorsqu’il a accidentellement coupé en deux une couleuvre fouet. Le serpent se reposait sur un arbuste, complètement immobile. « Ce serpent en particulier, se sentant menacé, est resté immobile, imitant l’une des branches de l’arbuste sur lequel il se trouvait », indique l’étude, publiée le 10 juillet 2024 dans la revue spécialisée Herpetozoa.
« Malheureusement, ce comportement l’a rendu invisible pour le guide, entraînant cet accident malheureux. »
L’adaptation même qui avait permis à ce serpent de survivre pendant des années – sa capacité à se figer et à se camoufler – s’est avérée fatale lors de cette rencontre.
Des chercheurs découvrent une observation unique
L’examen attentif du serpent mort a révélé aux scientifiques qu’ils étaient face à quelque chose d’extraordinaire : le premier enregistrement documenté en Bolivie d’un Oxybelis inkaterra, communément appelé couleuvre fouet d’Inkaterra.
L’espèce avait été documentée auparavant uniquement au Pérou et en Équateur. Cette observation en Bolivie élargit considérablement les connaissances scientifiques sur l’aire de répartition de ces serpents. L’étendue de l’aire de répartition connue du serpent s’étend désormais sur environ 207 kilomètres et 628 kilomètres au sud-est de son lieu type à Puerto Maldonado, au Pérou.
La couleuvre fouet d’Inkaterra rejoint désormais Oxybelis aeneus et Oxybelis fulgidus comme les trois espèces connues de couleuvres fouet présentes en Bolivie.
Pourquoi les couleuvres fouet sont-elles si difficiles à trouver ?
Les couleuvres fouet représentent un véritable défi, même pour les herpétologues expérimentés. Leur corps a évolué pour un camouflage maximal : têtes allongées, corps extrêmement fins et longues queues imitant les branches et les lianes où elles vivent. Leur coloration – un mélange de gris, de crème et de bruns clairs – complète le camouflage.
Les chercheurs décrivent ces serpents comme « assez cryptiques, en raison de leur coloration, de leur tête allongée, de leur corps fin et de leur longue queue ». Cela les rend « très difficiles à observer et à capturer ».
Elles se nourrissent généralement d’une variété de petits vertébrés, notamment des lézards, des oiseaux, des amphibiens et des mammifères. Leur stratégie de chasse repose sur le même camouflage qui les rend invisibles aux observateurs humains.
La couleuvre fouet était cachée dans les collections de musées
La découverte de l’expédition a incité les chercheurs à examiner les archives des musées, où ils ont trouvé deux spécimens supplémentaires de couleuvre fouet d’Inkaterra. L’un avait été capturé en Bolivie en 2005, ce qui signifie que l’espèce était présente dans le pays au moins une décennie avant que son identité ne soit reconnue. Le second spécimen ne comportait aucune information sur la date ni le lieu de capture.
Ces découvertes d’archives suggèrent que la couleuvre fouet d’Inkaterra pourrait être plus répandue en Bolivie que ne le laisse supposer une seule observation. Ces serpents pourraient vivre dans toute la région, passant inaperçus grâce à leur camouflage exceptionnel.
L’étude est le fruit d’une collaboration entre Luis Rivas, Gustavo Rey Ortíz, Cord Eversole, Randy Powell, Gonzalo Navarro Cornejo, Edson Cortez, Mauricio Ocampo, Gabriel Callapa et Arturo Muñoz.
En plus de la découverte remarquable de la couleuvre fouet d’Inkaterra, l’équipe a également documenté plusieurs autres espèces de serpents peu connues lors de son expédition. Les basses terres de La Paz, situées au nord-ouest de la Bolivie, près de la frontière avec le Pérou, semblent abriter une diversité de reptiles que les scientifiques ne commencent tout juste à cataloguer.
Quelles sont les implications pour les futures découvertes ?
Cette découverte fortuite illustre un schéma familier pour les biologistes de terrain : les découvertes les plus significatives se produisent parfois lorsqu’on recherche quelque chose de complètement différent.
L’équipe s’était initialement fixé pour objectif d’étudier les couleuvres fouet et les couleuvres à nez pointu. Elle a fini par documenter une espèce jamais enregistrée auparavant dans son pays.
L’histoire de la couleuvre fouet d’Inkaterra soulève également la question de ce qui pourrait encore se cacher dans les forêts de Bolivie. Si un serpent d’environ 1,20 mètre de long peut rester invisible pendant des années, voire des décennies, selon les spécimens des musées, les espèces plus petites ou plus discrètes pourraient être encore plus difficiles à répertorier.
Pour tous ceux qui sont fascinés par la capacité du monde naturel à nous surprendre, cette découverte ne fait que rappeler avec force : la prochaine observation, la première de son genre, pourrait bien attendre dans une forêt, immobile, ressemblant à une simple branche.
Cette histoire a été initialement publiée sur Miami Herald le 13 février 2026, à 11h25.
