Publié le 14 octobre 2025. L’Opéra royal de Liège a levé le rideau sur « Così fan tutte », un chef-d’œuvre mozartien dont la mise en scène audacieuse plonge le public dans l’univers des années 60. Une production qui, au-delà du divertissement, invite à une réflexion sur la nature des relations humaines et la cruauté sous-jacente de la comédie.
La scène liégeoise résonne des airs de « Così fan tutte », l’opéra de Wolfgang Amadeus Mozart sur un livret de Lorenzo Da Ponte. L’œuvre, souvent qualifiée de comédie cruelle, explore les vicissitudes de l’amour et de la fidélité à travers un stratagème orchestré par le cynique Don Alfonso. L’ montaje proposée par Vincent Dujardin transpose l’action dans les années 60, offrant un décor rappelant l’esthétique des « Feux de l’amour » avec ses décors de « soap opera ».
Le récit suit les jeunes officiers Ferrando et Guglielmo, sûrs de la constance de leurs fiancées Fiordiligi et Dorabella. Leur certitude est mise à l’épreuve par Don Alfonso, qui parie sur leur infidélité. Un pari qui se concrétise par un stratagème : les deux hommes simulent leur départ à la guerre et reviennent, déguisés en Albanais, pour séduire leurs propres compagnes. Le succès de leur entreprise, chanté par Don Alfonso par le célèbre « Così fan tutte » – « Ainsi font-elles toutes » – soulève la question de la légitimité de ces unions rétablies après une telle épreuve.
Au-delà de l’intrigue, la musique de Mozart transcende le livret. L’opéra est une mosaïque d’émotions, capturant avec une finesse inégalée le bonheur, l’amour, la tentation, les dilemmes, les abandons, les douleurs et les repentirs. Les atmosphères musicales évoquées par la partition continuent de fasciner et d’émerveiller, procurant un plaisir renouvelé à chaque écoute.
La mise en scène de Vincent Dujardin, avec les décors et costumes de Leila Fteita, ancre l’opéra dans une esthétique soignée des années 60. L’environnement visuel, conçu comme une maison en deux niveaux superposés, facilite les interactions et les rebondissements. Les costumes d’époque, rehaussés d’un look rockabilly pour les amants déguisés, contribuent à l’atmosphère ludique et trompeuse de la pièce.
Sur le plan musical, la première représentation a nécessité un temps d’adaptation, fréquent pour les nouvelles productions. Cependant, l’orchestre, dirigé par Sieva Borzak, récemment lauréat d’un concours international de direction d’orchestre, a rapidement trouvé son élan. Les chœurs et les solistes ont livré des interprétations remarquées, saluées par un public enthousiaste.
La distribution vocale comprenait notamment Marco Filippo Romano dans le rôle de Don Alfonso, Vittorio Prato en Guglielmo, Francesca Dotto en Fiordiligi et Vittoria Mujic en Dorabella. Des noms qui ont contribué à donner vie à cette comédie musicale, malgré une approche scénique peut-être jugée convenue par certains, en comparaison avec des mises en scène plus audacieuses d’autres productions.
L’Opéra royal de Liège, 10 octobre 2025.
Crédits photographiques : J. Berger-ORW