Home International Une dynastie de Cork prend fin, alors que le dernier « duc » du Devonshire est enterré

Une dynastie de Cork prend fin, alors que le dernier « duc » du Devonshire est enterré

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Publié le 2024-02-29 14:35:00. La disparition de Jeremiah Devonsher, dernier représentant d’une lignée familiale profondément ancrée dans l’histoire de la région de Cork, en Irlande, marque la fin d’une époque. Son histoire, et celle de sa famille, est intimement liée à l’évolution de la propriété terrienne et des traditions locales depuis le XVIIe siècle.

  • Le mariage d’Harriet Devonsher et John Arnold Wallinger à Gretna Green en 1820 illustre la pratique courante d’éviter les restrictions matrimoniales anglaises.
  • La famille Devonsher a connu des fortunes diverses, passant de riches propriétaires terriens à de modestes agriculteurs au fil des siècles.
  • Les Devonsher se sont distingués par leur bonne relation avec la communauté locale, notamment en aidant l’évêque catholique de Cloyne pendant les lois pénales.

L’histoire des Devonsher est une saga familiale qui s’étend sur plus de trois siècles, marquée par des mariages audacieux, des pertes de terres et une adaptation constante aux bouleversements sociaux et économiques de l’Irlande. Le décès récent de Jeremiah, surnommé « le duc », a mis un point final à cette présence historique dans la région de Rathcormac.

Tout commence en 1820, avec une escapade amoureuse. Le 3 avril de cette année-là, Harriet Devonsher épousa John Arnold Wallinger à Gretna Green, en Écosse. Ce village écossais était alors une destination prisée par les couples désireux de contourner la loi anglaise sur le mariage de 1753, qui exigeait le consentement parental pour les personnes de moins de 21 ans. L’Écosse, elle, ne reconnaissait pas cette législation, permettant aux couples de plus de 15 ans de se marier sans autorisation. La tradition locale voulait que le forgeron frappe son enclume en signe de ratification, symbolisant l’union indissoluble des deux époux. Gretna Green était donc un refuge pour les amoureux en fuite, mais aussi pour ceux dont les unions étaient désapprouvées par leurs familles.

Harriet Devonsher, née en 1796, était donc légalement majeure au moment de son mariage, mais il est probable que l’opposition de ses parents ait motivé cette décision de s’enfuir. Sa famille était étroitement liée à la paroisse locale depuis environ 1650, une présence qui s’est éteinte avec le décès de Jeremiah le mois dernier.

Les origines de la famille Devonsher en Irlande remontent à 1662, lorsque Michael Weber, un soldat cromwellien récompensé par des terres confisquées aux Irlandais, vit sa fille Sarah épouser Thomas Devonsher. Cette union marqua l’établissement de la famille dans la région de Cork, où ils acquérirent de vastes propriétés, dont la Devonshire Street, qui porte encore aujourd’hui leur nom. Après la mort de Sarah en 1669, Thomas se remaria deux fois, assurant la continuité de la lignée.

Au XVIIIe siècle, la famille prospéra. Abraham Devonsher, un banquier quaker, fit construire la maison Kilshannig vers 1764, probablement sur les fondations d’une habitation plus ancienne. Cette demeure, traduite par « Coill Shionaigh » ou « Bois de Shinnick », était un bastion traditionnel du clan Shinnick, dont les descendants résident encore dans la région. La maison se distingue par ses magnifiques plafonds en plâtre réalisés par les frères suisses Lafranchini.

Après la mort d’Abraham en 1783, Kilshannig passa à son petit-neveu, John Newenham, qui adopta le nom de Devonsher. John fit un mariage particulièrement prestigieux en 1792, en épousant Cornelia Schuyler, originaire de New York et apparentée aux futurs présidents américains Theodore Roosevelt, George Bush et George W. Bush ! Leur fille, Harriet, fut celle qui s’enfuit à Gretna Green.

Le XIXe siècle fut une période de déclin pour la fortune des Devonsher. Le krach économique de 1815, consécutif aux guerres napoléoniennes, affecta les banquiers et obligea Abraham John Newenham Devonsher à vendre Kilshannig dans les années 1830 à la famille Burke Roche, futurs Lords Fermoy. La propriété passa ensuite entre les mains des familles Myles et Rose, avant d’être acquise par la famille Merry en 1962.

Les Devonsher construisirent également une résidence secondaire, Mountain Lodge à Bartlemy, qu’ils utilisaient comme pavillon de chasse. Après la vente de Kilshannig, Abraham JN Devonsher y installa son atelier et continua à gérer plus de 1 000 acres de terre. Il eut trois filles avec son épouse Louise Cooke, mais le couple se sépara en 1836. Abraham trouva ensuite le bonheur avec Martha Davis, une Galloise, qu’il épousa lors d’une cérémonie privée à Mountain Lodge après le décès de Louise en 1871.

Leur fils, John Davis Devonsher, épousa Frances Burton Norman de Ballybrowney à l’église de Rathcormac en 1876. Au fil des lois foncières successives, les fermiers irlandais purent racheter leurs terres aux propriétaires, réduisant considérablement l’étendue des possessions des Devonsher, qui se limitèrent à environ 30 acres autour de Mountain Lodge. La fortune familiale continua de décliner.

En 1889, Mountain Lodge fut vendue à Robert Smeltzer, un officier du RIC (Royal Irish Constabulary), et à son épouse Caroline Sophia Armit. John, Frances et leur famille déménagèrent alors dans une petite ferme près de Rathgobane, à quelques kilomètres de « Devonsher’s Hill ». Ils eurent cinq enfants : John, George, Charles, Florence et Frank, mais leur fille Mary décéda en 1890.

De banquiers quakers à de modestes agriculteurs, les Devonsher ont connu des hauts et des bas, mais ont toujours maintenu de bonnes relations avec la communauté locale. Ils aidèrent même l’évêque catholique de Cloyne, John O’Brien, à se cacher pendant les lois pénales. Ils étaient des voisins pragmatiques, conscients de leur passé sans amertume.

Jeremiah, surnommé « le duc », était un homme grand et imposant, doté d’un talent certain pour la sculpture sur bois et la construction. Il incarnait l’esprit des générations qui l’ont précédé. Sa mort marque la fin d’une époque, mais son souvenir restera gravé dans l’histoire locale.

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