Home International Une journée en tant que directrice – Anna Franchin

Une journée en tant que directrice – Anna Franchin

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Le quotidien d’un directeur d’un établissement scolaire pour jeunes en difficulté bascule lorsque la fermeture de son institution menace, révélant ses propres fragilités et le scepticisme ambiant face à ces structures.

Dans ce qui ressemble d’abord à un entretien tendu dans une salle de classe spartiate, où un homme visiblement éprouvé, Steve (interprété par Cillian Murphy), est interrogé. La situation dégénère rapidement : le protagoniste est submergé par l’émotion, provoquant l’interruption de la séance.

La scène suivante transporte le spectateur dans la campagne anglaise. Steve, en voiture, enregistre des notes sur un petit dictaphone avant de s’arrêter pour observer un adolescent, Shy, perdu dans sa musique, dansant seul. On apprend bientôt que Steve est le directeur de l’établissement Stanton Wood, et Shy, l’un de ses élèves. Leur retour à l’école coïncide avec l’arrivée d’une équipe de télévision, venue réaliser un reportage.

Par la voix d’un journaliste, Stanton Wood est décrit avec une dualité frappante : « Certains le définissent comme ‘la dernière chance’, d’autres comme ‘une décharge très coûteuse pour les déchets de la société’. Une intervention éducative radicale et progressiste, ou une antichambre de centre de détention. C’est probablement une combinaison de tout cela. »

Ancienne demeure transformée en centre d’accueil, Stanton Wood héberge des adolescents présentant des troubles du comportement ou ayant eu des démêlés judiciaires. Ces jeunes alternent ici entre apprentissages scolaires, activités diverses, règles strictes et soutien psychologique. Bien que privée, la gestion de l’établissement est assurée par les autorités locales, responsables du personnel et des programmes. À la période où se situe le film, au milieu des années 1990, le Royaume-Uni traversait une période de débat intense concernant ces institutions. Le gouvernement tendait alors à les réorienter vers une approche axée davantage sur la sécurité que sur l’éducation, entraînant une réduction des ressources.

Le journaliste poursuit son explication, soulignant les préoccupations financières : « Les détracteurs de ces écoles pointent souvent du doigt les coûts : après tout, trente mille livres sterling par an pour chaque enfant sont prélevées dans les poches des contribuables. Payons-nous pour que des jeunes mal élevés fréquentent une école privée de luxe, ou investissons-nous dans une chirurgie sociale radicale qui transforme des pommes pourries en fruits sains ? » Les critiques remettent en question leur coût excessif, le manque de personnel et les problèmes de sécurité, illustrés par la présence fréquente de la police, au point qu’un agent y est dédié.

Qui sont ces jeunes ? Ils apparaissent tantôt avides de médiatisation, tantôt prêts à en découdre. Les interviews menées par l’équipe de tournage permettent de mieux les cerner. Interrogé sur la manière de se décrire en trois mots, Shy répond « déprimé, ennuyé et en colère ». Un autre, Jamie, face à la question « Que diriez-vous à l’enfant que vous étiez il y a six ans ? », rétorque sèchement : « Apporte un couteau ». Ils correspondent à l’image que l’on pourrait s’en faire : complexes, prompts à la colère, irrévérencieux, connaisseurs des stupéfiants, solitaires.

Le film opte pour une perspective originale en adoptant le point de vue du directeur. Loin du stéréotype du chef d’établissement rigoureux et posé, Steve se révèle humain, passionné, mais profondément désorganisé. Acculé par les difficultés, stressé, tourmenté, il sombre dans l’alcool et la drogue, se rapprochant finalement de ses élèves. L’annonce de la vente de la propriété par le fonds propriétaire et la fermeture imminente de l’école déclenchent une réaction de colère chez Steve, qui menace physiquement le PDG, un comportement que lui et son équipe s’efforcent par ailleurs de décourager chez les jeunes.

Vient ensuite son tour d’être interviewé, ramenant l’intrigue à la scène d’ouverture. La question de se définir en trois mots le laisse sans voix, ne parvenant qu’à articuler : « Très, très fatigué. »

Steve identifie les journalistes, dénués de scruples éthiques, et la sphère politique, incarnée par un député en visite à l’école et visiblement décalé, comme ses principaux adversaires. Le film ne sombre toutefois pas dans le pessimisme, laissant entrevoir des lueurs d’espoir. Parmi ceux qui ont choisi de rester à Stanton Wood figurent une jeune enseignante dévouée (interprétée par Little Simz), la directrice adjointe (Tracey Ullman) et la psychologue (Emily Watson). Et puis il y a les enfants, pour lesquels Steve éprouve une profonde affection.

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