Publié le 16 février 2026 14:20:00. La marine chinoise renforce considérablement ses capacités navales avec l’intégration d’un nouveau missile hypersonique, le YJ-19, à bord de ses sous-marins diesel-électriques. Cette avancée technologique, unique au monde pour un sous-marin non nucléaire, accroît la menace posée par la flotte sous-marine chinoise.
- La Chine est le seul pays à équiper ses sous-marins non nucléaires d’armes hypersoniques.
- Le missile YJ-19, capable d’atteindre des vitesses supérieures à Mach 5, est conçu pour contrer les défenses navales modernes.
- L’intégration de ce missile aux sous-marins de classe Yuan augmente la puissance de frappe de la marine chinoise.
La marine chinoise (PLAN) a annoncé l’adoption du missile hypersonique YJ-19 pour ses sous-marins diesel-électriques de classe Yuan (Type 039B). Cette annonce, relayée par les médias d’État chinois, témoigne de l’ambition croissante de la Chine en matière de puissance navale. Le YJ-19 confère à ces sous-marins une capacité inédite, faisant de la classe Yuan le seul sous-marin non nucléaire au monde capable de déployer une telle arme.
Les missiles hypersoniques antinavires sont spécifiquement conçus pour pénétrer les systèmes de défense les plus sophistiqués à bord des navires de guerre. L’intégration du YJ-19 élève la classe Yuan au rang des sous-marins non nucléaires les plus redoutables en service.
Le missile scramjet YJ-19
Le missile YJ-19 a été présenté au public lors du défilé militaire de septembre 2025 à Pékin. Il s’agit d’une arme hypersonique à propulsion aérienne, utilisant probablement un moteur scramjet pour maintenir un vol à très haute vitesse. Les estimations varient, mais le missile atteindrait des vitesses de Mach 5 ou plus.
La classe Yuan Type-039B constitue l’épine dorsale de la flotte de sous-marins conventionnels chinois, avec 13 unités actuellement en service. Ces sous-marins sont équipés d’un système de propulsion indépendante de l’air (AIP), leur permettant de rester immergés pendant des jours, voire des semaines, à basse vitesse, ce qui les rend particulièrement difficiles à détecter. Ils complètent les modèles plus anciens de Type-039A et les plus récents Type-039C à signature réduite, qui sont toujours en production. Il est probable que, à terme, tous les Type-039B et Type-039C seront équipés du nouveau missile hypersonique.
Dans le cadre de la doctrine navale chinoise, le YJ-19 est considéré comme le successeur du missile YJ-18, déjà réputé pour sa puissance. Le YJ-18 est une copie du missile russe SS-N-27 Sizzler, doté d’une phase terminale supersonique. Il s’agit essentiellement d’un missile de croisière Kalibr avec un étage final plus petit, atteignant une vitesse de Mach 2,5 à 3,0. Le YJ-18 est déjà un atout majeur pour la défense aérienne des navires, mais le YJ-19 hypersonique (Mach 5+) représente un bond qualitatif supplémentaire.
YJ-19 : un avantage sur le missile russe Zircon
Le missile YJ-19 est comparable au missile russe 3M22 Zircon (désignation OTAN SS-N-33). Cependant, d’après la désignation chinoise « YJ » (« Yingji », signifiant « Frappe de l’Aigle »), il semble être spécifiquement conçu pour la lutte antinavire. Bien que le Zircon soit également considéré comme un missile antinavire, il a été utilisé par la Russie en Ukraine pour frapper des cibles terrestres. Un missile d’attaque terrestre chinois porterait normalement la désignation « CJ » (« Cháng Jiàn », pour « Longue Épée »). Cela ne l’empêche pas d’être potentiellement utilisé contre des cibles terrestres, mais souligne l’orientation doctrinale.
L’avantage principal du YJ-19 par rapport au Zircon réside dans sa capacité à être lancé à partir de tubes lance-torpilles horizontaux standards. Cela permet de moderniser des navires plus anciens pour qu’ils puissent l’utiliser. Le Zircon est également déployé sur des sous-marins russes, mais uniquement ceux équipés de tubes de lancement verticaux. Cela exclut son utilisation sur les sous-marins diesel-électriques russes de classe Kilo, largement répandus dans la flotte russe.
L’arsenal chinois de missiles hypersoniques en expansion
Le YJ-19 rejoint un autre nouveau missile antinavire hypersonique, le YJ-17, légèrement plus grand. Il est clair que le YJ-19 est destiné à être lancé à partir de tubes lance-torpilles de 533 mm (21 pouces), tandis que le YJ-17 est conçu pour les tubes de lancement verticaux. Une autre différence est que le YJ-19 utilise un scramjet à respiration aérienne, tandis que le YJ-17 est un type de planeur, suggérant une attaque en plongée. On peut donc en déduire que le YJ-19 aura une portée opérationnelle plus courte que son homologue lancé par VLS, mais il reste une menace sérieuse, même pour les navires de guerre les plus modernes.
Récemment, la semaine dernière, la Chine a lancé son premier sous-marin à propulsion nucléaire de nouvelle génération, le Type-095 (plus précisément le Type-09V avec un chiffre romain pour « 5 »). Il est possible qu’il puisse également transporter le missile YJ-19, mais il est plus probable qu’il soit équipé de systèmes de lancement vertical pour le YJ-17 ou un autre missile antinavire hypersonique, le YJ-20. Ce dernier, souvent appelé YJ-21, est un missile balistique de manœuvre déjà en service à bord des croiseurs de classe Renhai Type-055. Le sous-marin nucléaire AIP de nouvelle génération de type 041 de classe Zhou est cependant un candidat plus sérieux pour le missile YJ-19.
Perspectives
La Chine déploie désormais au moins trois missiles antinavires hypersoniques lancés par des navires ou des sous-marins : les YJ-17, YJ-19 et YJ-20. La prolifération de ces nouvelles armes rend le suivi complexe, même pour les observateurs navals.
La capacité de moderniser sa vaste flotte de sous-marins conventionnels avec le type YJ-19 augmentera considérablement à la fois la puissance de chaque sous-marin et celle de la flotte dans son ensemble. La flotte chinoise de sous-marins conventionnels sera non seulement la plus puissamment armée dans le rôle antinavire, mais aussi la plus nombreuse.