Home International Une mort par morsure de serpent est la dernière tragédie très médiatisée au Nigeria : ils se connectent tous pour cartographier un système en effondrement | Cheta Nwanze

Une mort par morsure de serpent est la dernière tragédie très médiatisée au Nigeria : ils se connectent tous pour cartographier un système en effondrement | Cheta Nwanze

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La mort soudaine de la chanteuse Ifunanya Nwangene, survenue dans un hôpital d’Abuja après l’impossibilité de se procurer un antidote à une morsure de serpent, a mis en lumière une crise profonde du système de santé nigérian. Cet événement tragique, conjugué à d’autres incidents récents, révèle un accès aux soins de santé de plus en plus inégalitaire et un système au bord de l’effondrement.

Quelques semaines auparavant, le jeune fils de l’écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie était décédé dans un hôpital privé de Lagos, suscitant des accusations de négligence. Juste avant, des images du boxeur Anthony Joshua, secouru par des passants après un accident de voiture près de Lagos en l’absence d’ambulance ou de services d’urgence, avaient fait le tour des réseaux sociaux. Un serpent dans un appartement luxueux, une erreur médicale dans un établissement de prestige, un accident de voiture sur le bord d’une route : ces événements, en apparence isolés, sont en réalité les symptômes d’un malaise bien plus profond.

Selon une étude de SBM Intelligence datant de 2025, l’indice de préparation sanitaire (IPS) du Nigeria est « dangereusement insuffisant » à l’échelle nationale, aucun État n’atteignant un taux de préparation de 30 % face à une crise sanitaire. L’incident de la morsure de serpent illustre parfaitement les défaillances de la chaîne d’approvisionnement et de la gestion des stocks. L’incapacité d’un hôpital fédéral de la capitale à disposer d’antivenins vitaux n’est pas un cas isolé, mais plutôt la norme dans un système où les pénuries de médicaments sont chroniques et le stockage compromis par des problèmes d’électricité.

La tragédie vécue dans les hôpitaux privés est directement liée à la fuite des cerveaux, un phénomène que l’IPS de SBM décrit comme un « syndrome de fuite » (japa en yoruba). Cet exode massif du personnel médical laisse les équipes restantes surchargées de travail, ce qui augmente le risque d’épuisement professionnel et d’erreurs médicales, même dans les établissements les mieux financés.

L’accident dont a été victime Anthony Joshua met en évidence l’absence d’un réseau d’intervention d’urgence et de traumatologie efficace. Le manque d’ambulances, de services paramédicaux coordonnés et de centres de traumatologie signifie que la plupart des Nigérians sont livrés à eux-mêmes en cas d’urgence médicale.

Ces trois cas démontrent que le problème ne se limite pas à un manque de financement des hôpitaux publics. Il s’agit d’une défaillance systémique qui englobe une logistique défaillante, une pénurie de personnel, une culture de l’impunité et un manque d’infrastructures d’urgence fonctionnelles. Le système est défaillant à tous les niveaux.

La réaction en ligne à ces événements témoigne d’une méfiance profonde envers le système de santé formel. Face à cette situation, de nombreux Nigérians se tournent vers les remèdes traditionnels, une pratique pragmatique dans un pays où l’État ne parvient pas à fournir des soins accessibles, abordables et fiables. Des études montrent que la majorité des victimes de morsures de serpent ont recours en premier lieu à la médecine traditionnelle, car l’accès à un guérisseur est beaucoup plus rapide (environ 15 minutes) qu’à un établissement de santé formel (plus de sept heures).

La mort d’Ifunanya Nwangene, survenue dans la capitale, est particulièrement révélatrice. Dans les zones rurales, ces décès sont une épidémie silencieuse et négligée. Une étude menée dans la vallée de la Bénoué a estimé une incidence annuelle de 497 piqûres pour 100 000 personnes, avec un taux de mortalité de 12,2 %. Il ne s’agit pas seulement d’une question de santé publique, mais aussi d’un choix politique qui sacrifie les populations rurales pauvres.

La réponse politique à ces crises, comme la création d’un groupe de travail ministériel sur la sécurité des patients, est perçue avec scepticisme par le public. Cela ressemble à une tentative de traiter les symptômes plutôt que de s’attaquer aux causes profondes du problème : la rupture des chaînes d’approvisionnement, la fuite des professionnels de la santé, le déclin des infrastructures et les inégalités entre les villes et les zones rurales.

La vérité est que le système de santé nigérian n’est pas seulement sous-financé, il est fondamentalement peu fiable. Il a rompu son contrat social avec la population. Pour les riches, cela se traduit par la nécessité d’une vigilance extrême et d’un recours au tourisme médical. Pour la classe moyenne, c’est une existence précaire où une simple pénurie peut être fatale. Pour les pauvres, en particulier dans les zones rurales, c’est une condamnation à souffrir et à mourir de maladies curables.

Tant que ce système ne sera pas reconstruit sur des bases solides, avec l’équité et la fiabilité comme principes fondamentaux, chaque Nigérian restera à la merci d’une loterie mortelle.

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