Paris, France – Une semaine après le spectaculaire vol de joyaux de la couronne française au musée du Louvre, les premières arrestations viennent d’avoir lieu. L’audacieux cambriolage, qui a exposé de flagrantes lacunes de sécurité et ébranlé la fierté nationale, s’est déroulé en à peine sept minutes, laissant les enquêteurs dans une course contre la montre pour retrouver des pièces d’une valeur inestimable.
Dimanche dernier, aux premières heures du jour, quatre individus ont déferlé sur le musée. À l’aide d’un monte-meubles, ils ont percé une vitrine de la prestigieuse Galerie d’Apollon, menacé le personnel de sécurité et brisé deux autres vitrines avant de dérober huit des joyaux de la couronne française. Les malfaiteurs ont ensuite pris la fuite à bord de scooters, échappant ainsi à l’intervention des forces de l’ordre.
Les objets dérobés – colliers, diadèmes et broches ayant appartenu à la défunte royauté française, estimés à 88 millions d’euros (102,63 millions de dollars) – ont immédiatement déclenché une intense mobilisation. Les enquêteurs craignent que les pièces ne soient rapidement démontées, fondues ou revendues sur le marché noir, rendant leur récupération quasi impossible.
Ce samedi, une première arrestation a été effectuée à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle, alors qu’un individu s’apprêtait à quitter le territoire. La procureure de Paris, Laure Beccuau, a confirmé que deux hommes ont été placés en garde à vue, suspectés de vol organisé et d’association de malfaiteurs. L’Agence France-Presse (AFP) rapporte ces détails.
Malgré ces avancées, le braquage audacieux continue de soulever des questions dérangeantes sur la vulnérabilité du musée le plus visité au monde. Les voleurs auraient stationné un monte-meubles – un camion équipé d’un bras élévateur – et l’auraient utilisé pour accéder à un balcon au deuxième étage, apparemment sans éveiller les soupçons des services de sécurité ou de la police.
Selon des agents de sécurité du musée qui se sont exprimés avant les arrestations, la présence de tels véhicules dans les rues adjacentes au Louvre n’est pas inhabituelle. « Il y a souvent des laveurs de vitres », explique Vanessa Michaux Valora, agent de sécurité depuis 21 ans et déléguée syndicale SUD. « À l’époque, cela ne nous paraissait pas anormal, même si nous savons maintenant qu’ils ne travaillent plus le week-end. »
Julien Dunoyer, également agent de sécurité et représentant syndical avec deux décennies d’expérience, a précisé que des travaux étaient en cours dans un jardin situé sous la galerie. Il n’était donc « pas surprenant de voir une échelle élévatrice », ajoute-t-il. « C’est le problème d’avoir autant d’œuvres dispersées dans différents endroits », a-t-il déploré.
Au moment du vol, Mme Valora et M. Dunoyer travaillaient dans d’autres secteurs du musée. Ils n’ont appris la gravité de la situation qu’après avoir été sollicités pour évacuer le public. « Nous nous demandions s’il pouvait s’agir d’une attaque et nous devions assurer la sécurité de tous », a confié Mme Valora. « Nous ne nous attendions pas à une catastrophe d’une telle ampleur. C’est extrêmement choquant. Nous souffrons vraiment. »
Laurence des Cars, présidente-directrice du Louvre, a reconnu mercredi devant des sénateurs français que le vol avait mis en lumière des « faiblesses » en matière de sécurité. « Nous n’avons pas détecté l’arrivée des voleurs suffisamment tôt », a-t-elle déclaré à Reuters, imputant cette carence à un manque de caméras de surveillance extérieures pour le périmètre du musée.
Suite à ce cambriolage, le syndicat SUD Culture a pointé du doigt la « destruction des postes dédiés à la sécurité » et le sous-financement des équipements de sécurité. En juin dernier, le personnel des galeries, les agents de billetterie et les agents de sécurité du musée avaient organisé une brève grève, dénonçant un manque chronique de personnel et des conditions de travail dégradées.
Le président français Emmanuel Macron avait annoncé plus tôt dans l’année une rénovation du musée sur six ans, incluant des fonds destinés à l’amélioration de la sécurité.
Pour une nation dont l’identité est forgée par sa richesse historique et culturelle, cet incident est vécu par certains comme une humiliation nationale. Le Président Macron a qualifié l’acte « d’attaque contre un patrimoine que nous chérissons, parce que c’est notre histoire ». Il s’est engagé à « récupérer les œuvres et que les auteurs soient traduits en justice », affirmant que « tout est mis en œuvre, partout, pour y parvenir ».
Alexandre Portier, le député à la tête de l’enquête parlementaire française sur ce vol, a souligné que le braquage avait laissé une « blessure », avec des craintes grandissantes que ces trésors ne soient jamais retrouvés. « Je crains qu’au moment où nous parlons, les bijoux aient déjà été démontés, découpés et qu’ils risquent d’être altérés », avait-il confié à NBC News avant les arrestations, ajoutant que dans ce cas, « même si nous retrouvons tous les éléments, nous ne pourrions pas reconstituer les couronnes et les colliers qui ont été volés ».
Ces objets volés « appartiennent à l’humanité, dans le cadre de notre histoire commune », a-t-il conclu, soulignant qu’ils « pourraient être perdus pour toute l’humanité ».