Home Sciences et technologies Une startup californienne souhaite lancer des milliers de miroirs dans l’espace. Voyez comment Prague, Brno ou même Sněžka éblouiraient la nuit – VTM.cz

Une startup californienne souhaite lancer des milliers de miroirs dans l’espace. Voyez comment Prague, Brno ou même Sněžka éblouiraient la nuit – VTM.cz

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Publié le 24 octobre 2025 12:16:00. Une startup californienne envisage d’envoyer une constellation de miroirs géants en orbite pour éclairer des zones spécifiques sur Terre, promettant de révolutionner l’énergie solaire et d’autres applications, mais suscitant de vives inquiétudes chez les scientifiques et les écologistes.

  • La société Reflect Orbital projette de déployer 4 000 miroirs orbitaux pour rediriger la lumière solaire vers des cibles au sol.
  • L’objectif affiché est de prolonger la production d’énergie des centrales solaires, mais aussi d’éclairer des zones sans électricité ou de stimuler la croissance des cultures.
  • Des experts alertent sur les risques majeurs pour l’astronomie et la faune, craignant une pollution lumineuse inédite et des perturbations écologiques.

L’idée, digne d’un roman de science-fiction, pourrait voir le jour grâce à la startup californienne Reflect Orbital. Son ambition : mettre en orbite une flotte de 4 000 miroirs géants. Le concept est simple mais audacieux : ces réflecteurs permettraient de renvoyer les rayons du soleil vers des points précis de la Terre, même après le coucher du soleil. Les bénéficiaires potentiels incluent les centrales solaires, pour qui cela signifierait une extension de leur période de production d’électricité. La technologie pourrait également servir à d’autres usages, comme favoriser la croissance des cultures, ou encore fournir un éclairage de substitution dans les zones sinistrées ou dans les villes.

Avant de déployer une telle constellation, des tests sont prévus. Le premier démonstrateur, nommé EARENDIL-1, est attendu en 2026. Il s’agira de mettre en orbite un réflecteur de 18×18 mètres afin de vérifier sa capacité à diriger avec précision un faisceau lumineux vers une zone définie au sol. L’entreprise a d’ailleurs déjà obtenu un financement de 1,25 million de dollars du programme de recherche sur l’innovation des petites entreprises de l’US Air Force et enregistre un intérêt conséquent pour son projet.

Une potentielle catastrophe pour les astronomes

Si les essais sont concluants, le projet prévoit la mise en place de la « flotte » complète de 4 000 satellites d’ici 2030. Ces derniers seraient capables d’illuminer des emplacements choisis à la demande. Reflect Orbital assure que les réflecteurs ne cibleraient qu’une zone limitée, un cercle d’environ cinq kilomètres de diamètre, et ce pour une durée définie. Une fois le passage effectué, le miroir serait abaissé pour ne pas continuer à éclairer la Terre inutilement.

Cependant, cette vision suscite une profonde inquiétude au sein de la communauté scientifique. Astronomes et environnementalistes tirent la sonnette d’alarme, prévoyant des conséquences potentiellement désastreuses. Contrairement aux satellites de Starlink, dont la pollution lumineuse est un effet secondaire non désiré, le projet de Reflect Orbital vise délibérément à éclairer le ciel nocturne. L’idée de voir des milliers de « lunes » artificielles traverser le ciel nocturne est qualifiée de cauchemar par les astronomes. Les satellites miroirs seraient placés sur une orbite héliosynchrone, suivant la ligne entre le jour et la nuit, ce qui augmenterait leur visibilité et leur caractère perturbateur.

« C’est une catastrophe absolue d’un point de vue astronomique. »

Robert Massey, Royal Astronomical Society

Un autre astronome, Siegfried Eggl de l’Université de l’Illinois, met en garde contre le risque qu’un miroir endommagé, par exemple lors d’une collision avec un micrométéoroïde, ne se transforme en une « balise incontrôlable » dans le ciel.

L’impact ne se limiterait pas à la seule observation du ciel. Les écologistes s’alarment des répercussions sur la faune. La pollution lumineuse perturbe déjà les rythmes circadiens de nombreuses espèces. Des rayons lumineux, potentiellement jusqu’à quatre fois plus intenses que la pleine lune, ainsi qu’un léger smog diffusé dans l’atmosphère, pourraient désorienter des oiseaux migrateurs, par exemple.

La faisabilité même du projet soulève des questions. Les sceptiques pointent du doigt la diffusion inévitable de la lumière, qui ne permettrait d’obtenir qu’une fraction de l’intensité solaire. Selon des estimations, il faudrait plus de trois mille miroirs pour atteindre un cinquième de la luminosité de midi dans une zone donnée, remettant en cause l’utilité pratique d’un tel système.

Une idée pas nouvelle, mais toujours controversée

Il est important de noter que l’idée de renvoyer la lumière solaire depuis l’espace n’est pas une première. Dès 1993, les Russes avaient tenté une expérience similaire avec leur projet Znamya 2. Ce dernier avait réussi à projeter un cône de lumière de plusieurs kilomètres de long sur Terre avant que le satellite ne se consume dans l’atmosphère.

Depuis, des concepts similaires réapparaissent régulièrement, promettant des avancées technologiques mais soulevant à chaque fois les mêmes interrogations quant aux risques associés. Bien que Reflect Orbital affirme vouloir évaluer les impacts environnementaux, il semble, à ce stade, que la tentative de « vendre le soleil la nuit » présente plus d’incertitudes que d’avantages concrets.

Il se pourrait que derrière ce projet se cache une certaine fierté de l’ingéniosité humaine, la conviction que si une chose est techniquement réalisable, elle doit l’être. Pourtant, la nuit possède une valeur intrinsèque. Au-delà de sa poésie et de la voûte étoilée qu’elle révèle, elle offre un espace vital à la nature et au repos des hommes. Avant de chercher à prolonger artificiellement la journée depuis l’espace, il serait peut-être plus judicieux d’apprendre à mieux exploiter la lumière dont nous disposons déjà.

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