Publié le 17 février 2024 08:00:00. Des structures fossilisées géantes, hautes jusqu’à neuf mètres, découvertes il y a plus de 180 ans, défient les classifications scientifiques. Des recherches récentes suggèrent qu’elles pourraient représenter une forme de vie inconnue, distincte des plantes, des animaux et des champignons.
- Ces fossiles, datant du Silurien et du Dévonien (il y a 375 à 420 millions d’années), étaient initialement pris pour des conifères.
- Des analyses chimiques et structurelles approfondies excluent désormais une origine végétale ou fongique.
- Une nouvelle étude, basée sur des fossiles exceptionnellement bien conservés d’Écosse, propose l’hypothèse d’une lignée éteinte de vie multicellulaire.
Les paléontologues sont depuis plus de 180 ans intrigués par des fossiles colossaux qui ressemblent à des troncs d’arbres géants, mais dépourvus de branches. La première découverte remonte à 1843, réalisée par le scientifique canadien John William Dawson dans la région de Gaspé, au Québec. Il avait alors identifié ces organismes comme appartenant au genre Prototaxites (qui signifie « if primordial ») et les avait classés comme des conifères.
D’autres spécimens bien conservés ont ensuite été mis au jour en Écosse, permettant des analyses plus poussées. Au fil du temps, l’hypothèse d’une origine végétale s’est érodée. Des études ont révélé que la structure cellulaire de ces fossiles ne correspondait pas à celle des plantes, mais plutôt à une structure tubulaire. Les scientifiques ont alors envisagé la possibilité qu’il s’agisse d’une forme d’algue ou de lichen.
En 2007, une autre étude, basée sur l’analyse chimique des fossiles, a suggéré qu’il pourrait s’agir d’anciens champignons géants. L’argument principal était que ces organismes se nourrissaient de matière organique en décomposition plutôt que de produire leur propre nourriture par photosynthèse.
Cependant, de nouvelles recherches menées par Sandy Hetherington, Corentino Loron et Laura Cooper, des experts écossais, remettent en question toutes ces hypothèses. Ils pensent que Prototaxites pourrait représenter une forme de vie totalement nouvelle, qui ne s’inscrit dans aucune des catégories biologiques connues.
Une étude récente, publiée dans la revue Science Advances, examine des fossiles exceptionnellement bien conservés provenant d’une roche sédimentaire écossaise appelée Rhynie Hornstone. Autrefois une source chaude, ce dépôt sédimentaire du Dévonien inférieur, situé dans l’Aberdeenshire, contient certains des fossiles de plantes, de champignons et de faunes anciennes les mieux conservés au monde.
Grâce à l’imagerie haute résolution, l’équipe a étudié la structure interne de Prototaxites plus en détail que jamais auparavant. Ce qu’ils ont découvert ne ressemble à aucun champignon connu. Au lieu de filaments simples et répétitifs, les fossiles contenaient plusieurs types de tubes différents, tissés en toiles denses et complexes. Les champignons modernes ne présentent pas une telle architecture, tout comme les plantes et les animaux.
L’analyse chimique a renforcé ce mystère. Les chercheurs ont comparé les empreintes moléculaires de Prototaxites à celles d’organismes modernes et anciens conservés dans la même roche. Les fossiles de champignons connus dans le Rhynie Chert contenaient des biomarqueurs associés à la chitine et au glucane, des molécules structurelles clés des champignons. Or, Prototaxites était dépourvu de ces biomarqueurs.
Sur cette base, les scientifiques ont tiré une conclusion radicale : Prototaxites pourrait être une forme de vie complètement inconnue, aujourd’hui disparue. Ne correspondant à aucun des domaines de la vie connus, les experts pensent qu’il appartient à une lignée jusqu’alors inconnue, une branche éteinte de la vie multicellulaire qui n’était ni un champignon, ni une plante, ni un animal.