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Ursula von der Leyen et le Parlement européen polarisé – DW – 10/08/2025

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Publié le 24 septembre 2025 05:08:00. Le Parlement européen a repris ses travaux à Strasbourg dans un climat de tension, Ursula von der Leyen faisant face à un second vote de censure en l’espace de trois mois, signe d’une fragmentation politique croissante et d’une fragilité de sa coalition.

  • Jordan Bardella (Rassemblement national) et Manon Aubry (La France Insoumise) ont vivement critiqué la présidente de la Commission européenne, lui reprochant l’échec de sa politique migratoire, le coût de sa politique climatique et une gestion jugée trop centralisée.
  • La Commission européenne est confrontée à une défiance accrue, les critiques émanant désormais aussi bien de l’extrême droite que de la gauche radicale, mais aussi, dans une moindre mesure, de partis du centre.
  • Cette instabilité politique, bien que peu susceptible de provoquer la chute de von der Leyen, met en lumière la difficulté croissante à former des majorités stables au sein du Parlement européen.

La session parlementaire de rentrée à Strasbourg a été marquée par des échanges tendus. Jordan Bardella, président du groupe Identité et Démocratie (ID) à Strasbourg, a ouvert le feu en accusant Ursula von der Leyen de manque de transparence, d’échec migratoire et de perte de compétitivité européenne due à sa politique climatique. Il a qualifié l’accord douanier avec les États-Unis de « désastre » et de « capitulation de l’Europe ».

La vice-présidente du groupe de la Gauche, Manon Aubry, a emboîté le pas, dénonçant une politique étrangère désastreuse, notamment dans le conflit israélo-palestinien et la guerre à Gaza. Elle a critiqué la priorité donnée à l’achat d’armes au détriment de la sécurité sociale et au détriment de la mise en œuvre du Green Deal européen. Elle a directement interpellé la présidente de la Commission : « Vous devez y aller ».

Face à ces attaques, Ursula von der Leyen a maintenu son calme, affirmant avec assurance que ses opposants « non seulement sont prêts à exploiter toutes les divisions, mais qu’ils alimentent activement ces divisions », appelant dans la foulée à l’unité.

L’organisation de deux votes de censure contre la présidente de la Commission européenne en l’espace de trois mois est un événement sans précédent. Bien qu’une démission soit peu probable lors du vote prévu ce jeudi, cette situation révèle la profonde fragmentation du Parlement et la fragilité de la confiance entre la Commission et les forces politiques centristes.

Contrairement au premier vote de censure en juillet, cette nouvelle motion émane cette fois à la fois de la gauche radicale et de la droite. Bien que leurs idéologies divergent, leur objectif semble converger : affaiblir Ursula von der Leyen et renforcer leur propre influence au sein de l’hémicycle.

Almut Möller, directrice des affaires européennes et mondiales au European Policy Center (EPC), ne voit pas là de surprise, soulignant la « fragmentation politique croissante au sein du Parlement européen ». Pour Olivier Costa, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et expert des institutions européennes, cette situation trouve sa source dans la montée des forces extrêmes, tant à gauche qu’à droite.

Les critiques adressées au leadership d’Ursula von der Leyen

Olivier Costa pointe également la diminution de la capacité de coopération entre les sociaux-démocrates et les chrétiens-démocrates, qui formaient autrefois l’axe central du Parlement. Il ajoute à cela le style de leadership d’Ursula von der Leyen, perçu par beaucoup comme trop centralisé et hiérarchique.

« Elle se considère vraiment comme une Première ministre », analyse Costa, expliquant que les principes de coopération et de consensus sont relégués au second plan au profit de décisions prises « par le haut ». Cette approche mécontente une partie du Parlement, et même de la Commission.

Le paysage politique européen s’est considérablement complexifié. Depuis 2019, l’ancienne « grande coalition » entre le Parti populaire européen (PPE) et les sociaux-démocrates (S&D) ne suffit plus à garantir des majorités stables. « Nous avons déjà constaté lors de certains votes, notamment sur l’environnement et la migration ou les questions internationales, que le PPE n’hésite plus à voter avec eux [les partis d’extrême droite] », observe Costa. Les divergences personnelles entre les chefs de file des groupes PPE et S&D, Manfred Weber et Iratxe García, compliquent davantage la recherche de compromis, créant un vide au centre que les extrêmes politiques exploitent.

Les partis centristes tentent de resserrer les rangs, mais leur patience face à la politique menée par la présidente de la Commission s’érode. « Nous devons reconnaître que la plateforme politique sur laquelle repose la présidente de la Commission et sa Commission n’est pas très solide au centre », admet Almut Möller.

Les critiques fusent ainsi de toutes parts : une partie des libéraux déplore la lenteur des réductions bureaucratiques, le PPE s’agace des décisions unilatérales en matière de politique étrangère, tandis que les sociaux-démocrates et les Verts s’interrogent de plus en plus sur une orientation axée sur la croissance et la compétitivité au détriment des projets sociaux et du Green Deal.

Almut Möller met toutefois en garde contre les conclusions hâtives : « Ces [accusations] ne constituent pas fondamentalement une menace pour le pouvoir de la présidente de la Commission ». Elle souligne que von der Leyen devra se concentrer sur « le maintien de l’engagement et de la satisfaction du Centre ». Ironiquement, selon elle, les prochains votes de censure pourraient justement être une opportunité pour elle de discipliner sa coalition en transformant le vote en un test de loyauté.

Dangereux ou vivifiant ?

Ces votes de censure sont-ils le signe d’une dangereuse déstabilisation ou d’une vitalité démocratique ? « Les deux », répond Olivier Costa. Il explique que « la controverse prouve que la démocratie est vivante au sein des institutions européennes, mais c’est toujours la même chose : elle est vivante jusqu’au point où elle devient trop lourde pour le système et où le système est déstabilisé ».

Ce jeudi, le Parlement européen se prononcera sur l’avenir d’Ursula von der Leyen. Olivier Costa n’anticipe pas une démission imminente, considérant plutôt cette situation comme la nouvelle norme : des tests de résistance constants. « Von der Leyen ne démissionnera ni ne sera licenciée ; pour beaucoup, elle reste la meilleure option. Après tout, qui serait l’alternative ? », dit-il. Néanmoins, il juge le score du camp du « non » politiquement significatif. « Un score faible refléterait le déclin de la relation entre la Commission européenne et le Parlement européen », analyse-t-il.

Pour de nombreux observateurs, le facteur décisif n’est pas tant la survie d’Ursula von der Leyen lors du vote de censure, mais plutôt le score obtenu. En effet, plus l’opposition sera forte, moins le soutien sera clair, et plus la pression s’exercera sur les futures lois budgétaires, commerciales et climatiques. L’exercice d’équilibre délicat pour la présidente de la Commission européenne semble donc devoir se poursuivre.

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