La sélection féminine américaine de football, loin de son éclat habituel, a concédé une défaite frustrante 2-1 face au Portugal, jeudi à Chester, en Pennsylvanie. Malgré une nouvelle prise de fonction prometteuse pour leur sélectionneuse Emma Hayes, les stars américaines ont livré une performance désordonnée, évoquant de mauvais souvenirs.
« Je me sentais comme dans un jeu de ‘Whac-A-Mole’ », a confessé Emma Hayes, visiblement exaspérée par le manque de cohérence de son équipe. La sélectionneuse, martelant la table pour illustrer son propos, a comparé la rencontre à une partie où chaque tentative de mise en place était immédiatement contrecarrée. « Si je mettais quelque chose en place, je devais le démonter aussitôt. C’est comme ça que le match s’est ressenti pour moi en tant qu’entraîneur, et cela fait si longtemps que je fais ce métier… je déteste ces matchs. »
Le Portugal a capitalisé sur deux coups de pied arrêtés pour sceller sa victoire. « Aucun entraîneur n’aime encaisser sur des foutus coups de pied arrêtés, jamais », a lâché Hayes avec un sourire, avant de quitter la conférence de presse sous les rires de l’assistance. Les Américaines, quant à elles, ont peiné à trouver leur rythme, tant dans la construction du jeu que dans sa récupération, face à une équipe portugaise bien organisée.
« On avait l’impression que chacune jouait individuellement », a regretté la milieu de terrain Rose Lavelle, qui avait pourtant ouvert le score 35 secondes après le coup d’envoi. Sa coéquipière et capitaine Lindsey Heaps a renchéri : « Parfois, on avait l’impression d’être sur des îles. »
Cette prestation en demi-teinte n’est pas sans rappeler le parcours laborieux de l’équipe lors de la Coupe du Monde 2023, où un match nul arraché d’extrême justesse contre le Portugal avait permis aux Américaines d’éviter une élimination historique dès la phase de groupes. Ce souvenir douloureux, marqué par un incident technique dans le stade néo-zélandais et suivi d’une élimination face à la Suède, plane encore.
Cependant, à la différence de cette période, Emma Hayes, désormais aux commandes, refuse de céder à l’alarme malgré la déception. « Comme dirait [le chef d’orchestre australien] Ben Northey, ‘laisse couler’ », a-t-elle déclaré en mimant un geste de rejet. Cette philosophie semble d’autant plus pertinente que la rencontre s’est déroulée 113 jours après le dernier match de la sélection, donnant l’impression d’une équipe « en pré-saison », selon les mots de Hayes. Plus inquiétant encore, ce revers survient 609 jours avant la Coupe du Monde 2027.
Cette défaite est la troisième de l’année civile pour les États-Unis, un scénario qui ne s’était produit qu’à quatre reprises en 40 ans d’histoire du programme. Jamais l’équipe n’avait enregistré quatre défaites sur une même année calendaire.
Sur le terrain, le dispositif en losange du milieu de terrain portugais a permis à l’équipe de dominer la possession (60% en première mi-temps) et d’exploiter les espaces laissés entre les trois joueuses américaines. Les Portugaises ont souvent réussi à faire circuler le ballon, malgré un manque d’efficacité devant le but en jeu ouvert.
Les problèmes se sont manifestés sur l’ensemble du terrain. Hayes a déploré des interventions défensives mal synchronisées et des duels perdus. Et bien sûr, les coups de pied arrêtés. Diana Gomes a pris le dessus sur trois défenseuses pour marquer l’égalisation juste avant la mi-temps, tandis que Fátima Pinto a ajouté le deuxième but après une mauvaise relance américaine sur corner.
« Il y a eu des choses qui n’ont pas fonctionné partout sur le terrain », a admis la milieu de terrain Sam Coffey. « On pourrait trouver mille excuses – et nous n’allons pas le faire. Dire que nous n’avons pas été ensemble, que nous sommes jeunes ou autre chose, c’est une échappatoire. L’exigence de cette équipe, c’est d’assumer quand on n’est pas assez bon et qu’on ne joue pas au niveau de l’écusson. Il y a une norme de victoire, et elle dépasse tout cela. »
Cette troisième défaite face à une équipe classée au-delà du Top 20 mondial est une leçon difficile pour la jeune garde américaine, que Hayes avait pourtant mise en garde contre toute sous-estimation du Portugal. La principale préoccupation n’est pas le résultat en soi, mais la performance plate et désunie, ainsi que la tendance des joueuses à vouloir résoudre les problèmes individuellement.
Le manque de réactivité et de créativité a finalement été leur perte, un constat qui rappelle étrangement la rencontre de Coupe du Monde 2023 contre le même adversaire. « Ne me rappelez pas ce match », a plaisanté Heaps, avec un léger sourire.
La bonne nouvelle, cependant, est que cette contre-performance reste une anomalie dans l’ère Hayes. Arrivée quelques mois avant les Jeux Olympiques de 2024, qu’elle a remportés, elle a ensuite orchestré une refonte du programme, expérimentant à un niveau inédit en accordant 24 premières sélections lors de ses 24 premiers matchs. Les 18 premiers mois de son mandat ont été couronnés de succès, ce qui explique le relatif optimisme de Heaps, répétant que l’équipe ne devait pas se montrer trop négative. Ce match n’était pas une finale de Coupe du Monde, mais le premier acte d’un parcours vers la qualification pour le tournoi de l’année prochaine.
Certes, le spectacle fut laid et décousu, mais pas totalement décourageant ni alarmant. « C’est un match de football, personne n’est mort », a conclu Hayes. « Nous devons faire mieux, et je vous promets que nous ferons mieux – nous avons intérêt. » La perspective d’une revanche dimanche, à East Hartford, contre le Portugal, pourrait expliquer en partie cet optimisme. « La revanche, sans aucun doute », a simplement affirmé la gardienne Phallon Tullis-Joyce quant à ses attentes pour le prochain match.