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Vienne, le 21 février 2026. La Volksoper de Vienne propose une nouvelle production de « Spring Awakening », la comédie musicale rock basée sur la pièce controversée de Frank Wedekind, explorant les tourments de l’adolescence à l’ère wilhelmienne.

  • La production met en scène les thèmes de la sexualité refoulée, de la pression sociale et de la tragédie juvénile avec une approche à la fois respectueuse et moderne.
  • Si la musique de Duncan Sheik manque parfois d’éclat, les scènes parlées et les performances des jeunes acteurs sont particulièrement convaincantes.
  • La mise en scène de Frédéric Buhr, sans excès, aborde des sujets sensibles tels que l’avortement et la violence, tout en veillant à ne pas choquer un public potentiellement jeune.

Qui aurait cru associer une comédie musicale à l’une des pièces les plus sombres du répertoire allemand ? Pourtant, la Volksoper ose le pari avec « Spring Awakening », fruit de la collaboration entre le compositeur Duncan Sheik et le librettiste Steven Sater. Cette œuvre, inspirée de la pièce « Le Réveil du printemps » (Die Frühlingserwachen) de Frank Wedekind, publiée en 1891, explore avec une rare lucidité les difficultés de l’adolescence à une époque où les tabous sexuels étaient particulièrement forts.

Sortie de l’oubli après vingt ans d’inactivité, cette production se présente initialement comme une « comédie musicale rock », mais la réalité est plus nuancée. Les dialogues, qui rappellent l’original, occupent une place prépondérante, représentant la majeure partie des deux heures et quart de spectacle. Un choix judicieux, car ils constituent sans doute l’élément le plus réussi de la mise en scène.

La musique de Duncan Sheik, bien que correcte, peine à atteindre une qualité véritablement entraînante, sauf lorsque les jeunes interprètes sont autorisés à se déchaîner et que la chorégraphie prend le relais. Les airs et les duos manquent souvent de profondeur, malgré la décision pertinente de la Volksoper de proposer des scènes où les acteurs parlent en allemand mais chantent en anglais. Cette approche permet d’atténuer la banalité potentielle des paroles dans leur traduction.

L’histoire, ancrée dans l’Empire allemand de la fin du XIXe siècle, aborde des thèmes universels tels que la découverte de la sexualité, la pression scolaire et le manque de communication entre les générations. Si les préoccupations spécifiques de l’époque peuvent sembler lointaines aujourd’hui, les questionnements existentiels des adolescents restent d’une brûlante actualité. L’œuvre dépeint des jeunes garçons tourmentés par leurs pulsions naissantes, des filles partagées entre la peur et la curiosité, et une jeunesse en proie à l’insécurité, privée de soutien et de compréhension.

La production de Frédéric Buhr, sans jamais tomber dans l’excès, aborde des sujets délicats tels que la coercition scolaire et familiale, l’amour interdit, la mort de Moritz Schuhe, incapable de faire face aux exigences de la performance et aux difficultés sexuelles, et les conséquences tragiques d’un avortement forcé. La présence d’une « Coordinatrice de l’Intimité » témoigne de la sensibilité de l’équipe artistique aux enjeux liés au consentement et à la sécurité des acteurs, en particulier dans les scènes les plus intimes.

La chorégraphie de Chape Elmazaj et la scénographie d’Agnès Hasun contribuent à créer une atmosphère visuellement captivante. L’orchestre, dirigé par Christian Franck, est placé au centre d’une scène tournante, entouré de nombreux bâtons qui servent de support aux prouesses acrobatiques des interprètes.

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Paula Nocker, après un passage mitigé au Volkstheater, retrouve les planches de la Volksoper avec brio dans le rôle de Wendla. Sa performance est empreinte de grâce, de curiosité, d’émotion et d’innocence. Elle est magnifiquement secondée par Paul Aschenwald, un jeune ténor prometteur qui incarne avec passion Melchior Gabor, son amant tourmenté. À Ormeloh, également débutant à la Volksoper, se distingue dans le rôle de Moritz Stiefel, un personnage central de l’intrigue, et parvient à toucher le public par son désespoir. Isabelle Saris et Hannah Séverin offrent également des interprétations remarquables dans les rôles de Martha et Ilse, respectivement victimes de violence domestique et d’exclusion sociale.

Martina Dorak et Peter Lesiak, véritables caméléons, incarnent avec une justesse remarquable les différents personnages adultes, passant avec aisance d’une mère autoritaire à une enseignante sévère, ou d’un père indifférent à un prêtre zélé.

La scène finale, initialement conçue comme une séquence effrayante dans un cimetière, a été remaniée pour l’occasion. Moritz et Wendla, revenus d’entre les morts, rejoignent les autres étudiants et entonnent un chant d’espoir pour un monde meilleur. Cette conclusion, énergique et entraînante, a suscité de vives réactions et de nombreux applaudissements, transformant le spectacle en une véritable célébration rock.

Renate Wagner

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