À 86 ans, la compositrice néo-zélandaise Annea Lockwood continue de repousser les limites de la musique expérimentale. Présente au festival Counterflows à Glasgow, l’artiste pionnière des enregistrements de terrain explore la beauté sonore du quotidien, des séismes aux instruments en décomposition.
Dans un jardin de Glasgow, un piano droit gît à moitié enterré, incliné comme le Titanic en train de sombrer. C’est ici, lors du festival Counterflows, qu’Annea Lockwood invite le public et d’autres musiciens à s’approprier l’instrument. En frottant ou en frappant les cordes exposées avec des débris de jardin, elle provoque des cliquetis métalliques et des sons insolites.
« Quel piano formidable ! »
Annea Lockwood, compositrice
Cette installation s’inscrit dans une démarche radicale entamée dès les années 1960. Depuis lors, la compositrice a enterré, brûlé ou immergé de nombreux pianos pour étudier l’évolution de leur sonorité. Pour l’artiste, il ne s’agit pas de détruire ces instruments, mais de les « transformer ».
Véritable figure de proue du field recording (enregistrement de terrain), Annea Lockwood a consacré sa carrière à capter la musique invisible du monde. Son œuvre est vaste : elle a conçu des « cartes sonores » de fleuves entiers, enregistré des tremblements de terre ou encore exploré les sonorités des murs de paix délimitant les quartiers de Belfast durant la période des Troubles.
L’artiste profite actuellement de sa présence au festival Counterflows pour revisiter deux de ses œuvres majeures. Parallèlement, elle prépare la nouvelle sortie de World Rhythms, une composition datant de 1975.