Malgré des signaux clairs de réticence concernant une sélection par le Utah Jazz, Ace Bailey a finalement été choisi par la franchise, et les premiers résultats semblent donner raison à cette prise de risque. Ses agents auraient manifesté des préférences quant à sa destination, mais l’immense talent du jeune joueur a primé sur les appréhensions quant à son intégration.
À seulement 19 ans, Ace Bailey fait déjà sensation auprès de ses coéquipiers et de son entraîneur. L’ailier Kyle Anderson décrit sa positivité comme « contagieuse », tandis que le coach Will Hardy salue sa « volonté de poser des questions » et sa capacité à « comprendre le jeu et apprendre sur le vif ». Ces retours encourageants contrastent fortement avec les craintes initiales, suggérant que le joueur est bien plus réceptif qu’anticipé.
Les deux premières rencontres de pré-saison offrent un aperçu prometteur du potentiel de Bailey. En plus de 70 minutes de jeu, il a inscrit 45 points avec une efficacité remarquable de 19 sur 29 tirs. Au-delà des statistiques, c’est la manière dont ces paniers sont construits qui soulève l’enthousiasme. Le Jazz semble avoir parfaitement identifié et exploité ses points forts, transformant une ancienne préoccupation majeure de son jeu universitaire en une force.
Lors de son passage à Rutgers, le jeu offensif de Bailey était souvent jugé difficile et très contesté. Cette situation s’expliquait en partie par un manque de soutien offensif, Dylan Harper étant le seul autre joueur capable d’attirer l’attention défensive. Plus préoccupant encore, Bailey semblait parfois déstabilisé par cette pression. Bien qu’il ait démontré une capacité à marquer malgré les défenses âpres – une qualité qui a indéniablement joué en sa faveur lors de la draft –, le rythme effréné de la NBA exige une efficacité plus constante et des tirs plus accessibles.
Dans la grande ligue, le succès durable ne repose pas sur la seule capacité à réussir des tirs improbables en isolation. Il nécessite de générer de l’espace pour obtenir des tirs propres et réguliers. Si un joueur peine à créer cet espace par lui-même, notamment en raison d’un taux de pertes de balle élevé face à la pression, comme ce fut le cas pour Bailey au niveau universitaire, l’équipe doit alors lui fournir ce soutien. C’est précisément ce que le Jazz semble orchestrer pour lui.
Plutôt que de lui demander de créer du jeu à l’arrêt, la stratégie de Utah consiste à mettre Bailey en mouvement. Ainsi, à la réception du ballon, il se retrouve déjà dans un espace dégagé ou s’y dirige rapidement, ne nécessitant qu’un ou deux dribbles sans opposition pour armer un tir propre. Cette approche s’est illustrée de manière spectaculaire lors de ses débuts contre les Rockets, puis de nouveau face aux Spurs.
Une analyse rapide de ses actions démontre cette stratégie : sur ses 29 tirs de pré-saison, un seul a été tenté en isolation. Même dans ce cas, il a atteint sa position favorite à mi-distance avec une technique et un jeu de jambes exceptionnels, n’utilisant que trois dribbles ponctués d’un mouvement de corps élégant. Plus globalement, Bailey n’a eu besoin que de 28 dribbles au total pour s’exprimer offensivement. Cela représente moins d’un dribble par tir, un rythme rappelant celui de Klay Thompson, qui excelle lorsqu’il reçoit le ballon en mouvement plutôt que lorsqu’il doit tout construire à partir de zéro.
Bien que Bailey ne possède pas encore la menace à longue distance de Thompson et soit plus athlétique, cette comparaison met en lumière son efficacité dans un schéma de jeu similaire. Il est probable que Bailey développe ses capacités de création individuelle, lui permettant ainsi de se rendre plus souvent au cercle et d’obtenir des lancers francs. Certains observateurs y voient déjà des similitudes avec un jeune Tracy McGrady, une comparaison audacieuse mais potentiellement justifiée. Cependant, pour l’heure, Ace Bailey s’épanouit en tant que scoreur à mi-distance avec un minimum de dribbles, un profil qui pourrait rappeler un Richard Hamilton plus athlétique. La démarche du Utah Jazz, qui le positionne de manière optimale en attendant que le reste de sa panoplie offensive se développe, est d’une intelligence remarquable et suscite une vive anticipation.