Home International 60 ans de « Nostra Aetate » : ultra-courts et très controversés

60 ans de « Nostra Aetate » : ultra-courts et très controversés

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Publié le 2025-10-29 18:05:00. Le 28 octobre 1965, le Concile Vatican II adoptait « Nostra Aetate », une déclaration brève mais hautement symbolique sur les religions non chrétiennes. Son parcours tortueux jusqu’à l’adoption, marqué par des débats houleux et des compromis stratégiques, révèle l’importance historique de ce texte fondateur.

  • « Nostra Aetate », la déclaration la plus courte et l’une des plus controversées du Concile Vatican II, célèbre ses soixante ans.
  • Née d’une initiative contre l’antisémitisme, elle fut intégrée au projet sur l’œcuménisme avant d’être finalement déplacée en annexe, échappant de peu à l’oubli.
  • Son adoption fut facilitée par l’ajout d’une section sur les autres religions, une manœuvre qualifiée de « véhicule » par des théologiens pour garantir un large consensus.

L’histoire de « Nostra Aetate » débute par un projet initié par le pape Jean XXIII visant à lutter contre l’antisémitisme. Soumis à la commission centrale du Concile à l’été 1962, il fut malheureusement retiré sous la pression des pays arabes. Le cardinal Augustin Bea, à la tête du « Secrétariat pour la promotion de l’unité des chrétiens » (aujourd’hui Dicastère pour la promotion des chrétiens unis), refusa de s’avouer vaincu. Il parvint à réintégrer le projet dans le texte sur l’œcuménisme un an et demi plus tard. Cependant, face aux nouvelles objections, le document fut relégué en annexe, frôlant la disparition aux côtés d’un texte sur la liberté religieuse.

Une nouvelle tentative fut lancée en septembre 1964, peu après le voyage du pape Paul VI en Terre Sainte. Cette démarche suscita à nouveau des critiques virulentes. Pour surmonter ces obstacles, le Secrétariat ajouta, deux mois plus tard, des considérations sur les autres religions. Cette stratégie fut habilement qualifiée de « véhicule » par les théologiens Karl Rahner et Herbert Vorgrimler. Dans leur commentaire du Concile, ils expliquent que l’objectif était de « rendre possible l’assentiment le plus large possible des Pères conciliaires à la ‘Déclaration juive' ». Ce calcul s’avéra payant : « Nostra Aetate » fut finalement adoptée en octobre 1965 par 2 221 voix contre seulement 88.

Il est essentiel de garder à l’esprit ce parcours mouvementé lorsque l’on évoque aujourd’hui la déclaration conciliaire sur les religions non chrétiennes. Bien que la perspective actuelle puisse juger problématique l’amalgame entre les relations avec le judaïsme et celles avec les autres religions non chrétiennes – le judaïsme étant aujourd’hui géré par le Dicastère œcuménique et non par celui des Affaires interreligieuses –, « Nostra Aetate » demeure un texte d’une importance capitale.

La Bulle de Convocation du Concile de Jean XXIII.

La Bulle de Convocation du Concile de Jean XXIII. (@FrancoPiroli)

« Une sorte de véhicule pour obtenir la plus grande approbation possible de la « Déclaration juive » »

Le fait que le texte soit classé comme « déclaration » et non « constitution » peut également diminuer sa portée théologique perçue. Cependant, il partage ce statut avec « Dignitatis Humanae », une autre déclaration révolutionnaire sur la liberté religieuse.

« L’Église catholique ne rejette rien de vrai et de saint dans ces religions »

Malgré les critiques, notamment celles du théologien réformé Karl Barth, les commentateurs Rahner et Vorgrimler soulignent le caractère unique de cette déclaration dans l’histoire de l’Église. Loin d’affirmer la prétention exclusive de l’Église catholique à la vérité, « Nostra Aetate » s’attache d’abord à identifier ce qui unit les hommes. Un passage clé affirme : « L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et de ce qui est saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et ces règles de vie, ces doctrines qui, tout en différant à bien des égards de ce qu’elle-même tient et expose, reflètent cependant souvent un rayon de cette Vérité qui illumine tous les hommes. »

La basilique Saint-Pierre comme salle de conférence

Der Petersdom als Conference Hall (Archives photographiques des médias du Vatican)

Seuls l’Islam et le Judaïsme sont traités spécifiquement

Le document accorde une attention particulière à l’Islam et au Judaïsme, en précisant l’ordre. La section consacrée au judaïsme est notablement plus développée, tant par sa longueur – environ trois fois supérieure à celle de l’Islam – que par sa profondeur théologique.

« Nostra Aetate » s’achève sur une réflexion sur la « fraternité universelle », un écho aux préoccupations du pape François, qui a abordé ce thème dans son encyclique « Fratelli tutti » (2020) et, l’année précédente, dans la Déclaration catholique-islamique d’Abou Dhabi.

En outre, le texte condamne fermement « toute discrimination ou acte de violence à l’encontre d’une personne du fait de sa race, de sa couleur, de sa condition ou de sa religion, car cela est contraire à l’esprit du Christ ». Célébrer soixante ans de « Nostra Aetate » aujourd’hui, c’est se souvenir d’un texte d’une grande richesse malgré sa concision. Le cardinal Kurt Koch l’a justement qualifié de « Magna Carta des relations judéo-chrétiennes », soulignant sa portée durable et polyvalente.

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