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Bovas, lait | Inhibiteurs du méthane dans la doublure pour les vaches laitières: les agriculteurs norvégiens ne peuvent pas faire saillie de la facture

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Publié le 2 octobre 2025. L’industrie laitière norvégienne est confrontée à un dilemme majeur concernant la réduction des émissions de méthane. Alors que des solutions existent, les agriculteurs expriment des réticences face aux coûts et à l’incertitude quant au financement, faisant craindre un possible impact sur la compétitivité du marché.

Le méthane, un gaz à effet de serre particulièrement puissant sur le court terme (plus de 80 fois plus réchauffant que le CO₂ sur 20 ans), représente un défi climatique majeur. Sa réduction rapide est donc primordiale pour ralentir le réchauffement planétaire. C’est dans ce contexte qu’une solution prometteuse a émergé : des additifs alimentaires qui inhibent une enzyme clé dans le rumen des bovins, réduisant ainsi la production de méthane jusqu’à 30%.

Ces additifs, déjà testés et utilisés dans plusieurs pays de l’Union Européenne, agissent immédiatement, nécessitent de faibles doses et n’affectent pas la qualité du lait. La recherche scientifique actuelle ne révèle aucun effet négatif sur la santé ou le bien-être animal.

« Future Melk » : une initiative controversée

L’an dernier, l’entreprise laitière Tine avait lancé le produit « Future Melk », visant à valoriser le lait issu de vaches nourries avec ces inhibiteurs de méthane. Cependant, cette initiative a suscité une vive réaction sur les réseaux sociaux, conduisant Tine à retirer le produit du marché. Cet épisode illustre la tension entre la rationalité scientifique et les émotions du public, alimentée par la peur de l’avenir.

Malgré ce revers, le débat sur la réduction des émissions de méthane dans le secteur agricole est loin d’être clos. Des producteurs laitiers de Rogaland et du Telemark ont récemment écrit à Tine pour exprimer leur refus d’utiliser ces « aliments climatiques ». Leur argument officiel repose sur la préservation de la nature et l’idée qu’il ne faut pas « jouer avec la nature pour la sauver ». Les chercheurs, de leur côté, apportent une réponse plus nuancée, reconnaissant un manque de recul sur les effets à long terme, tout en confirmant l’absence de dommages observés sur le bien-être animal dans les études préliminaires.

Les agriculteurs craignent le coût de la transition

Au cœur des préoccupations des agriculteurs se trouve la question du financement de ces nouvelles mesures climatiques. Qu’il s’agisse de collecter le méthane des fosses à lisier, d’investir dans des unités de biogaz ou d’utiliser des additifs alimentaires, toutes ces actions représentent un coût supplémentaire pour l’agriculture. L’installation de toitures étanches sur les installations de stockage du fumier, par exemple, peut se chiffrer en centaines de milliers de couronnes.

Le coût de l’additif alimentaire Bovaer n’est pas publiquement connu, mais les agriculteurs demandent des modèles de financement clairs avant d’adopter cette solution. Une équipe de producteurs de Jæren a d’ailleurs demandé à Tine de ne pas imposer les inhibiteurs de méthane « tant qu’un accord sur le financement n’est pas trouvé ».

Cette hésitation norvégienne intervient alors que les exigences en matière de durabilité se renforcent sur les marchés internationaux. Tine perd déjà des contrats faute de pouvoir documenter suffisamment ses engagements écologiques. Les clients, notamment dans le secteur public, exigent des « bilans climatiques » précis. Pendant ce temps, les concurrents européens ont pris une avance considérable dans l’utilisation des inhibiteurs de méthane. Le lait norvégien risque ainsi de perdre sa place sur son propre marché si la filière ne s’adapte pas.

L’argument selon lequel les agriculteurs craignent une « punition » pour leurs émissions et redoutent une réduction de l’autonomie alimentaire n’est pas à exclure. La question se pose donc : les agriculteurs norvégiens doivent-ils assumer une partie de ces coûts climatiques, ou la communauté doit-elle le faire à leur place ? Si l’agriculteur ne paie pas directement, le coût sera de toute façon supporté par la société, que ce soit par le biais de taxes climatiques sur les denrées alimentaires, de l’importation de produits laitiers de pays plus avancés écologiquement, ou encore par l’impact sur l’emploi local.

Il est temps, selon certains observateurs, de cesser les atermoiements et d’agir concrètement pour livrer des produits laitiers plus durables.

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