Home Accueil Sorcière, vampire, muse ou chaman: qui est Michèle Lamy, la femme aux dents dorées et les doigts couverts d’encre toujours repérés lors des défilés

Sorcière, vampire, muse ou chaman: qui est Michèle Lamy, la femme aux dents dorées et les doigts couverts d’encre toujours repérés lors des défilés

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Michèle Lamy, plus qu’une simple compagne de créateur, est une icône de la mode, une énigme vivante qui captive la Fashion Week parisienne. À près de 80 ans, cette artiste polymorphe, qualifiée de « Reine Obscure de la Mode » par le rappeur A$AP Rocky, incarne une présence mythologique, échappant aux définitions conventionnelles.

Née dans le Jura français vers 1944, d’une famille d’origine algérienne, Michèle Lamy a débuté sa vie comme une figure intellectuelle et militante. Avocate de la défense dans les années 60 et 70, elle a participé aux manifestations de Mai 68 et étudié la pensée du philosophe Gilles Deleuze. Une première réorientation majeure l’a vue troquer la robe d’avocate pour la scène en tant que cabaretière et danseuse d’interprétation. Son parcours l’a ensuite menée à Los Angeles en 1979, où elle est devenue une reine de la scène underground.

Dans la Cité des Anges, aux côtés de son premier époux, le réalisateur Richard Newton, elle a co-fondé deux établissements emblématiques : le Café des Artistes et le Deutches Haus. Loin d’être de simples lieux de restauration, ces espaces se distinguaient par leur âme de salons artistiques et de théâtres au glamour gothique.

C’est également à Los Angeles, en 1984, que Michèle Lamy a lancé sa propre ligne de vêtements, baptisée Lamy. L’année suivante, un événement allait sceller son destin et marquer l’histoire de la mode : elle a embauché un jeune créateur californien, Rick Owens, en tant que modéliste. De cette collaboration professionnelle est née une relation sentimentale fusionnelle et un partenariat créatif d’une puissance rare. Ensemble, ils ont déménagé à Paris en 2001 et se sont mariés en 2006, fondant l’empire Owenscorp.

Loin d’être une muse passive, Michèle Lamy a toujours été une force motrice. « Je ne pense pas que quiconque ait jamais considéré Michèle comme une muse passive », confie Rick Owens. « C’est pourquoi l’intérêt des gens est suscité : parce qu’elle ne correspond pas au rôle typique. » Aujourd’hui, elle dirige la ligne de mobilier de la marque, façonne des meubles audacieux et crée des bijoux distinctifs.

Son énergie créative débordante se manifeste par ailleurs dans de multiples projets. Elle est à la tête du groupe musical Lamy, aux côtés de sa fille Scarlett Rouge et de l’artiste Nico Vascellari. Elle a collaboré avec le rappeur A$AP Rocky et a transformé un porte-conteneurs en salon flottant pour la Biennale de Venise. Sa passion pour la boxe, pratiquée assidûment, l’a même conduite à fonder sa propre salle de sport, « Lamyland », chez Selfridges à Londres en 2018.

Son image, délibérément non conventionnelle, trouve ses racines dans un voyage initiatique en Tunisie à l’âge de 16 ans. « J’ai vu les femmes berbères et j’ai été complètement séduite », explique-t-elle, marquant une rupture avec les canons de beauté imposés par sa propre grand-mère. Pour Michèle Lamy, le style est intrinsèquement lié à la personnalité, bien plus qu’à une simple esthétique.

Surnommée tour à tour sorcière millénaire, vampire bohème ou chaman urbain, elle navigue au-delà du temps linéaire, privilégiant le pouvoir créatif du vide. Avec ses doigts tatoués, ses dents plaquées d’or et sa cigarette perpétuelle, cette anti-muse de Rick Owens s’impose, à l’aube de ses 80 ans, comme la présence la plus énigmatique et fascinante de la Fashion Week parisienne.

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