Publié le 02 octobre 2025. Le Burundi est en proie à une crise multifacette sévère, marquée par des pénuries prolongées de carburant, d’eau potable et des coupures d’électricité généralisées. Ces manques paralysent le quotidien des citoyens, l’activité économique et les services essentiels, y compris la santé et l’éducation.
- Des pénuries de carburant, d’eau et d’électricité affectent durement le Burundi depuis près de cinq ans.
- Cette crise impacte tous les secteurs, des familles aux entreprises, en passant par les étudiants et les hôpitaux.
- La situation est décrite par des économistes comme la pire jamais connue par le pays, dépassant même la période d’embargo des années 1990.
Depuis près de cinq ans, la petite nation d’Afrique de l’Est endure une crise sans précédent. Les villes de Bujumbura et Gitega, ainsi que de nombreux autres centres urbains, sont confrontées à des pénuries récurrentes de carburant, des pannes d’électricité constantes et un manque d’eau potable. Ces carences affectent profondément la vie quotidienne des habitants.
Les témoignages des résidents dressent un tableau sombre de la situation. Aline N., mère de trois enfants à Bujumbura, exprime son désarroi :
« Je ne peux même plus allaiter mon bébé pendant les pauses parce que je n’ai pas assez de carburant pour me déplacer. »
Dans le sud-ouest du pays, Jean-Pierre M., artisan, confie :
« Nous sommes au bout de notre corde. Sans électricité ni carburant, tout s’arrête. »
Les répercussions économiques sont considérables. Mireille K., vendeuse de lait à Gitega, constate :
« Chaque jour, nous perdons de l’argent parce que nous ne pouvons pas garder nos produits frais. »
Dans le secteur de la boulangerie, Emmanuel R. à Bujumbura explique les difficultés :
« Nos fours ne fonctionnent que par intermittence. Nous sommes obligés de jeter les ordres préparés ; c’est catastrophique pour notre entreprise. »
Le monde de l’éducation n’est pas épargné. Les étudiants des universités publiques, en pleine période d’examens, peinent à se concentrer dans des conditions précaires. « Entre les pannes de courant et le manque d’eau, il devient très difficile de se concentrer et d’étudier », témoignent plusieurs jeunes. Les élèves des écoles primaires et secondaires sont également handicapés dans leurs révisions et la préparation de leurs évaluations.
Les hôpitaux, dans plusieurs provinces, luttent pour fonctionner, compliquant le travail du personnel soignant et la prise en charge des patients. Les médias ne sont pas en reste ; à Bujumbura, des émissions sont suspendues et des éditions de journaux interrompues faute d’électricité. Même les structures équipées de générateurs rencontrent des difficultés d’approvisionnement en carburant.
La pénurie d’eau potable aggrave les conditions d’hygiène dans les foyers et les établissements scolaires. Béatrice T., une habitante de Bujumbura, lance un avertissement :
« Sans eau, il est impossible de garder la famille propre et saine, en particulier avec le choléra qui se propage depuis deux mois dans plusieurs quartiers. »
Regideo, l’unique entreprise publique en charge de la production et de la distribution d’eau et d’électricité, reste étrangement silencieuse face à cette crise qui s’éternise. Les artisans et les petites entreprises sont contraints de suspendre leurs activités, engendrant des pertes financières significatives.
Selon des économistes, le Burundi traverse actuellement sa période la plus difficile, surpassant même celle de l’embargo des années 1990. Face à cette triple crise, la population, les étudiants et les commerçants appellent à des mesures urgentes pour rétablir l’électricité, assurer l’approvisionnement en carburant et garantir l’accès à l’eau potable. Sans réponses rapides, la vie quotidienne de milliers de Burundiens demeure paralysée, compromettant la santé, l’éducation et l’économie locale.
Pourtant, le président Évariste Ndayishimiye et son gouvernement maintiennent un discours décalé, affirmant que le coût de la vie est inférieur à celui des pays voisins. Le chef de l’État a même déclaré que « les Burundiens n’ont jamais été aussi heureux », une affirmation que ses détracteurs qualifient d’« insulte réelle » compte tenu des difficultés endurées par la population.