Une Californienne de 29 ans, Sophie Roske, a été condamnée à huit ans de prison pour avoir planifié l’assassinat du juge de la Cour suprême américain Brett Kavanaugh en 2022. La peine, bien inférieure aux trente ans requis par l’accusation, prend en compte sa reddition volontaire et sa coopération.
- Sophie Roske condamnée à 97 mois de prison et une libération surveillée à vie.
- Elle s’était rendue en juin 2022 en armes devant le domicile du juge Kavanaugh avec une intention meurtrière.
- Une prise de conscience et un appel aux autorités ont permis de déjouer le plan, selon le juge.
La peine prononcée vendredi par le tribunal de district de Washington D.C. est de 97 mois, soit un peu plus de huit ans, assortie d’une libération surveillée à vie. Cette décision représente une réduction substantielle par rapport aux 30 ans réclamés par le ministère de la Justice, qui avait qualifié l’acte de « terrorisme ».
L’incident remonte au 8 juin 2022, lorsque Sophie Roske, alors âgée de 26 ans, a voyagé de Californie vers la résidence du juge Kavanaugh à Chevy Chase, Maryland. Équipée d’une arme à feu, d’un couteau et d’outils d’effraction, son intention était de pénétrer dans le domicile et d’assassiner le magistrat. La présence de gardes de sécurité a toutefois alerté la jeune femme.
Face à cette situation, Roske a pris la décision de s’éloigner et, plus tard, d’appeler le numéro d’urgence 911. Lors de cet appel, elle a fait part de pensées suicidaires et meurtrières, sollicitant une aide psychiatrique. C’est cette initiative qui a permis aux autorités d’intervenir et de neutraliser le projet avant qu’il ne soit mis à exécution. Le juge Deborah Boardman a souligné que les autorités ignoraient tout de l’intrigue avant cet appel.
Au cours de l’audience, le juge Boardman a qualifié l’accusée de « cas atypique dans une affaire atypique », reconnaissant sa capacité à renoncer volontairement à son plan. Bien que qualifiant ce comportement de « répréhensible », elle a tenu compte de la collaboration totale de Roske dès le départ. Il est à noter que Roske s’identifie comme une femme transgenre depuis 2020 et a repris son traitement hormonal pendant sa détention, comme l’a indiqué sa défense.
Dans une déclaration émouvante devant le tribunal, Roske a exprimé ses regrets envers le juge et sa famille :
« Ils m’ont décrite comme un monstre, et cette erreur tragique m’accompagnera pour le reste de ma vie. »
Elle a reconnu le préjudice causé et a exprimé sa honte. Sa défense a mis en avant ses problèmes de santé mentale et les crises liées à son identité de genre au moment des faits. La motivation principale de Roske serait née de la colère suscitée par la fuite d’un projet de loi visant à abroger l’arrêt Roe v. Wade, qui garantissait le droit à l’avortement. Elle aurait également été influencée par la fusillade dans une école à Uvalde, Texas, et craignait une politique plus libérale en matière d’armes à feu sous l’influence de Kavanaugh.
Le ministère de la Justice, représenté par la procureure générale Pam Bondi, avait initialement demandé une peine d’au moins 30 ans, arguant que les agissements de Roske relevaient d’une « définition classique du terrorisme ». Bondi avait déclaré, selon un communiqué :
« La tentative de meurtre du juge Kavanaugh a été une attaque dégoûtante contre l’ensemble de notre système judiciaire de la part d’une personne profondément perturbée. »
L’accusation a également fait état de messages cryptés de Roske en mai 2022 suggérant une intention d’attaquer plusieurs membres de la Cour suprême. Des recherches en ligne auraient également porté sur les domiciles de juges et les techniques d’infiltration silencieuse.
La défense a cependant insisté sur le fait que la reddition volontaire, la coopération avec l’enquête et l’absence de préjudice effectif distinguaient ce cas d’autres actes de violence politique. Dans une lettre au tribunal, Roske a déclaré :
« Je suis très heureux de ne pas avoir continué. Je suis désolé d’avoir contribué à une tendance à la violence politique dans la société américaine. Maintenant, je peux comprendre à quel point ces actions sont destructrices et erronées, et j’ai honte de ne pas l’avoir vu plus tôt. »
Cette affaire survient dans un climat de tensions politiques et judiciaires accrues aux États-Unis. Les statistiques du service de sécurité des marshals fédéraux révèlent une multiplication par quatre des menaces et communications inappropriées envers les juges et le personnel judiciaire entre 2015 et 2021, passant de 926 à 4 511 incidents. La condamnation de Roske coïncide également avec un débat public renouvelé sur la violence politique.
Brett Kavanaugh, 58 ans, siège à la Cour suprême depuis 2018. Sa nomination avait été marquée par des controverses et des allégations de comportement sexuel inapproprié, et son influence est notable sur les décisions relatives aux droits reproductifs, au port d’armes et à l’immigration.