Home International Pourquoi Dublin est la ville surprenante pour se plonger dans la relation troublante de Picasso avec les femmes

Pourquoi Dublin est la ville surprenante pour se plonger dans la relation troublante de Picasso avec les femmes

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Publié le 2025-10-05 07:00:00. Une exposition majeure consacrée à Pablo Picasso s’ouvre à la National Gallery d’Irlande à Dublin, offrant un regard nouveau sur le travail de l’artiste tout en abordant les controverses entourant ses relations.

  • L’exposition « Picasso: From the Studio » présente plus de 50 œuvres de l’artiste, en partenariat avec le Musée Picasso de Paris.
  • Elle vise à repenser l’histoire de l’art en mettant en lumière l’importance des femmes et des collaborations dans la création de Picasso.
  • La National Gallery d’Irlande, accessible gratuitement, propose une riche collection d’œuvres de grands maîtres, faisant de Dublin une destination culturelle attrayante.

Dublin s’apprête à accueillir une rétrospective d’envergure consacrée à Pablo Picasso. L’exposition, intitulée « Picasso: From the Studio », se tiendra à la National Gallery of Ireland à partir du 9 octobre et se prolongera jusqu’au 22 février. Fruit d’un partenariat avec le Musée Picasso de Paris, cet événement promet d’explorer l’œuvre d’un des artistes les plus influents et controversés du XXe siècle.

Contrairement aux collections plus traditionnelles, la National Gallery d’Irlande, installée dans un magnifique édifice néoclassique du XIXe siècle sur Merrion Square, a fait le choix d’embrasser l’art moderne. L’exposition dédiée à Picasso s’inscrit dans cette démarche, mettant en avant des pièces marquantes issues de la collaboration avec le musée parisien. Cependant, l’événement ne cherche pas à occulter les aspects sombres de la vie de l’artiste, notamment ses relations complexes et souvent problématiques avec les femmes.

Les commissaires de l’exposition, dont Janet McLean, co-commissaire, n’hésitent pas à aborder ces questions. « Picasso était une personne compliquée », reconnaît McLean. « Ses relations avec les femmes étaient difficiles, tout comme parfois avec ses enfants, ses petits-enfants, ses amis. Il prenait souvent ce dont il avait besoin, puis il passait à autre chose. » L’exposition mettra en lumière des figures telles que Fernande Olivier, Olga Khokhlova, Marie-Thérèse Walter, Dora Maar et Françoise Gilot, dont les vies ont été intimement liées à celles de Picasso, pour le meilleur et pour le pire.

Cette nouvelle approche, portée par des femmes à la tête de l’organisation, comme Caroline Campbell, directrice nationale, et Joanne Snrech du Musée Picasso de Paris, cherche à déconstruire le mythe du génie solitaire. Sabine Longin, directrice du musée parisien, explique la volonté de « parler de tout ce qui semble problématique chez Picasso », incluant « sa relation avec les femmes, sa position pendant la guerre, son interprétation de l’art non occidental. » Il ne s’agit plus de se contenter de dire « Picasso a mal traité les femmes », mais d’analyser comment son œuvre s’est nourrie de son entourage, et plus particulièrement des femmes qui ont joué un rôle crucial dans son processus créatif.

« L’idée était de repenser la façon dont Picasso a travaillé, comment la succession de photos, de sculptures, de céramiques et d’estampes a été réalisée », détaille Snrech. « Plutôt qu’un génie isolé dans son atelier, l’art de Picasso est sorti d’une constellation créative plus large ; il dépendait de réseaux de personnes, et surtout, peut-être, des femmes que l’on retrouve dans son œuvre. » Cette perspective invite à une « façon différente de penser l’histoire de l’art », en soulignant « l’importance des autres personnes autour de lui ; s’éloigner de ce récit de génie vers quelque chose de plus inclusif. »

L’exposition mettra en avant les multiples collaborations de Picasso, qu’il s’agisse des graveurs parisiens qui lui ont permis d’explorer cet art, ou des céramistes de Vallauris avec qui il a travaillé dans les années 1950. Des centaines d’œuvres, dont plus de 50 seront exposées à Dublin, témoignent de cette productivité foisonnante, qui ne semble jamais faiblir avec l’âge. Le spectacle explorera comment des figures comme Dora Maar, artiste à part entière, n’ont pas seulement été des muses mais aussi des collaboratrices essentielles, conseillant Picasso lors de la création de certaines de ses œuvres majeures.

Cette exposition intervient alors que le débat autour de l’héritage de Picasso reste vif. En 2023, la comédienne féministe Hannah Gadsby avait notamment qualifié l’artiste de « dictateur domestique monumentalement misogyne et abusif » lors d’une exposition à Brooklyn. L’exposition de Dublin, en adoptant une approche plus nuancée, suggère que la question n’est pas seulement de savoir si le grand art peut excuser le mauvais comportement, mais plutôt « pourquoi ces femmes n’ont-elles pas reçu plus de crédit pour le travail de Picasso ? »

En plus de cette exposition temporaire, la National Gallery of Ireland propose une collection permanente gratuite et renommée, comprenant des œuvres de Goya, Velázquez, Rembrandt, Vermeer et Caravaggio, entre autres. La ville de Dublin offre également d’autres attractions culturelles, comme la Hugh Lane Gallery, qui abrite le studio de Francis Bacon, entièrement reconstitué.

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