Le 19 avril 2026, l’auditorium St. Andrews de Mumbai a accueilli la sixième édition indienne du World Jazz Festival. Sous la direction du saxophoniste néerlandais Alexander Beets, l’événement a proposé un voyage musical mondial, allant de la Bossa Nova brésilienne aux rythmes sud-africains, pour s’achever sur les classiques du Bebop.
Organisé par Banyan Tree et entièrement programmé par Alexander Beets, ce festival a débuté par des concerts à Delhi et Pune avant de faire escale à Mumbai. Le périple se poursuivra prochainement à Dehradun, Bengaluru et Hyderabad. Loin de la course aux records de ventes ou aux distinctions prestigieuses, cette édition a mis en avant la virtuosité technique et le plaisir pur de l’improvisation.
La soirée a été ouverte par la pianiste et chanteuse australienne Georgie Aue, qui a transporté l’auditoire au Brésil. Son répertoire, marqué par les sonorités de la Bossa Nova, a inclus des œuvres de Gilberto Gil et d’Antonio Carlos Jobim, notamment le célèbre titre « The Girl from Ipanema », ainsi qu’une chanson de Norah Jones, « Don’t Know Why ». En guise de clôture, l’artiste a interprété « Yatra Ta », un morceau composé par Tania Maria lors du Jazz Yatra de 1980 à Mumbai, créant ainsi un pont historique avec le passé jazzistique de la ville.
Interrogée sur sa collaboration avec son bassiste et son batteur, qu’elle n’avait rencontrés que juste avant le premier concert à Delhi, Georgie Aue a souligné la nature instinctive du genre :
« Nous, les musiciens de jazz, pouvons travailler ainsi. Une fois que la tonalité et le tempo d’un morceau sont établis, nous pouvons tous nous accorder très rapidement. »
Georgie Aue, pianiste et chanteuse
Le programme s’est poursuivi avec le trio Wiboud Burkens, composé de Marius Beets à la contrebasse et Gijs Dijkhuizen à la batterie. Burkens a insufflé une énergie funky à la scène grâce à l’utilisation de l’orgue, rappelant l’influence du gospel et le style des orgues Hammond B3. Cette ambiance a ensuite laissé place aux sonorités de la « nation arc-en-ciel » avec l’intervention du trompettiste Muneeb Hermans et de la chanteuse Titi Luzipho.
Le duo sud-africain a exploré la richesse des traditions musicales de leur pays, Titi Luzipho mettant en lumière les nuances régionales et dialectales à travers un chant puissant et mélodique, utilisant notamment les techniques de cliquetis typiques de l’Afrique du Sud. Leur set s’est conclu par un morceau de blues rapide dans le style jazz traditionnel.
Le point culminant de la soirée a été atteint avec le quintette de Michael Varekamp et son spectacle intitulé « From New Orleans to New York ». Le trompettiste et chanteur, originaire de Trinité-et-Tobago et installé aux Pays-Bas depuis trente ans, a retracé l’évolution du jazz. De l’influence des fanfares funèbres et des marches de La Nouvelle-Orléans au scat, Varekamp a notamment interprété le spiritual « Just a Closer Walk with Thee », circulant parmi le public sans microphone pour amplifier l’impact de son ténor.
La transition vers New York a marqué le retour à l’âge d’or du Bebop des années 1940. Le morceau « A Night in Tunisia » a donné lieu à un duel musical intense entre la trompette de Varekamp et le saxophone ténor d’Alexander « The Hurricane » Beets. Face à face, les deux musiciens ont échangé des phrases musicales rapides, rappelant les confrontations légendaires entre Charlie Parker et Dizzy Gillespie.
Pour clore cet événement, le groupe a interprété « It’s a Wonderful World », rendant hommage à Louis Armstrong. Michael Varekamp, qui publiera un livre sur le jazz le mois prochain, a ainsi scellé une soirée où le jazz a confirmé son statut de langage international.