Home Santé Pour les résections rapides et précises du cancer du poumon, les chercheurs se tournent vers un stylo

Pour les résections rapides et précises du cancer du poumon, les chercheurs se tournent vers un stylo

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Publié le 2025-10-07 07:43:00. Une technologie révolutionnaire pourrait bientôt transformer la chirurgie du cancer du poumon. Un nouvel outil en forme de stylo promet d’analyser les tissus en temps réel, réduisant drastiquement le temps d’attente des résultats et améliorant la précision de l’intervention.

  • Les tumeurs du poumon se manifestent souvent sous forme de nodules ou de masses dans le tissu pulmonaire sain.
  • L’analyse actuelle des marges chirurgicales, indispensable pour confirmer l’absence de propagation cancéreuse, est laborieuse et prend beaucoup de temps.
  • Un nouvel appareil, comparable à un stylo, analyse les tissus pulmonaires en quelques secondes, avec une grande précision.

« Les cancers du poumon se présentent souvent sous la forme de nodules ou de masses solitaires au sein de l’architecture anatomique complexe du poumon », explique Bryan Burt, MD, chef de la division de chirurgie thoracique à l’UCLA Health et professeur de chirurgie à la David Geffen School of Medicine de l’UCLA.

Lorsqu’une tumeur est retirée, une partie du tissu pulmonaire environnant, appelée marge chirurgicale, est également extraite. Cette marge doit être examinée avec soin pour s’assurer qu’aucune cellule cancéreuse microscopique ne subsiste. La méthode de dépistage conventionnelle, bien qu’efficace, présente toutefois des inconvénients majeurs : elle est coûteuse et chronophage. Actuellement, pendant que le patient est encore sous anesthésie, le tissu prélevé est transporté du bloc opératoire à un laboratoire. Un pathologiste y congèle et découpe le spécimen pour l’examiner au microscope. Si la marge est négative, la tumeur a été entièrement réséquée. Dans le cas contraire, si des cellules cancéreuses sont détectées, des tissus pulmonaires supplémentaires doivent être retirés, et l’analyse par congélation répétée jusqu’à obtention d’une marge nette. Ce processus peut prendre entre 30 minutes et une heure.

« Il s’agit d’une méthode séculaire d’évaluation en temps réel des tissus chirurgicaux qui présente des limites que nous cherchons à améliorer », précise le Dr Burt.

Bryan Burt, MD, chef de la division de chirurgie thoracique à l’UCLA Health

C’est dans cette optique que le Dr Burt mène des recherches sur une technologie innovante : un outil en forme de stylo capable d’analyser directement les poumons du patient durant l’intervention chirurgicale. Ce nouvel appareil élimine la nécessité de transporter des échantillons de tissu pulmonaire en laboratoire. Son analyse comparative des zones saines et cancéreuses s’effectue en quelques secondes, avec une très haute précision. Actuellement, le Dr Burt évalue la capacité de cet outil à confirmer la clarté des marges chirurgicales, garantissant ainsi qu’aucune cellule cancéreuse ne soit laissée au sein du patient.

« Cela permettrait d’économiser énormément de temps en salle d’opération », souligne le Dr Burt, « et ces gains de temps bénéficieraient directement au patient. »

Bryan Burt, MD, chef de la division de chirurgie thoracique à l’UCLA Health

Cette avancée technologique revêt une importance capitale dans la lutte contre le cancer du poumon, la principale cause de décès par cancer, dépassant le cumul des décès liés aux cancers du sein, du côlon et de la prostate. Avant d’être intégré à la pratique chirurgicale de l’UCLA Health, cet outil est soumis à des tests et formations intensifs dans un cadre de recherche.

Tests en laboratoire et validation

Les tissus pulmonaires issus de chirurgies sont actuellement analysés au sein du 11ème Laboratoire de l’UCLA Health Jonsson Comprehensive Cancer Center. Là, un petit fragment de tissu est examiné avec le Masspec Pen, un appareil mis au point par la collaboratrice du Dr Burt, Livia Eberlin, PhD, du Baylor College of Medicine. Ce projet bénéficie d’une subvention R01 des National Institutes of Health (NIH) attribuée aux Dr Burt et Dr Eberlin.

Dans ce laboratoire dédié à la recherche sur le cancer, Alberto Antonicelli, MD, chercheur au sein de l’équipe du Dr Burt, utilise une embout jetable – imprimé en 3D à proximité avec une résine biocompatible – fixé à l’extrémité du stylo. Il maintient cet embout de manière stable sur le tissu, posé sur une lame.

Une unique goutte d’eau purifiée s’écoule d’un canal situé à l’extrémité du stylo, formant une gouttelette à l’interface entre le stylo et le tissu. Quelques secondes plus tard, un système d’aspiration intégré au stylo récupère cette eau via un autre canal, l’acheminant dans un tube connecté à un spectromètre de masse. La machine analyse alors la gouttelette, qui contient désormais le profil moléculaire du tissu.

« Nous pouvons identifier un type de tissu en temps réel avec le stylo Masspec », explique le Dr Antonicelli. « C’est comme identifier un criminel, en analysant ses empreintes digitales et en déterminant son identité. »

Alberto Antonicelli, MD, chercheur au sein de l’équipe du Dr Burt

L’objectif est de détecter le tissu cancéreux, mais la machine analyse également les parties saines du poumon. Les données collectées alimentent l’algorithme de la technologie, lui permettant de distinguer les différences entre les tissus sains et malins. Des tests rigoureux sur des centaines d’échantillons provenant de l’UCLA Health, du Baylor College of Medicine et d’un biorépositoiresoutenu par le National Cancer Institute contribueront à affiner cet algorithme avant le lancement de l’outil en conditions chirurgicales réelles. Lorsque cette étape sera franchie, l’équipement actuellement en laboratoire pourra être directement acheminé vers les blocs opératoires.

Vers un déploiement hospitalier

Les futurs essais cliniques constitueront l’occasion d’introduire le Masspec Pen dans un contexte chirurgical et d’optimiser sa précision. À l’instar de son utilisation actuelle sur des échantillons en laboratoire, cet outil pourra, en salle d’opération, analyser directement le tissu pulmonaire du patient, fournissant une évaluation des marges chirurgicales en quelques secondes.

« Je suis très enthousiasmé par le potentiel de cette plateforme pour améliorer la prise en charge de nos patients », confie le Dr Burt. « J’ai hâte de collaborer avec notre équipe de pathologie pour faire progresser cette technologie. »

Bryan Burt, MD, chef de la division de chirurgie thoracique à l’UCLA Health

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