Home Divertissement The Best Disney Animation Film Never Made – « Chanticleer »

The Best Disney Animation Film Never Made – « Chanticleer »

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Le mythe « Chanticleer » : l’un des plus grands films d’animation jamais imaginés par Disney, et jamais réalisés.

Pendant des décennies, les studios Disney ont caressé l’idée de porter sur grand écran les aventures de « Don Quichotte », le chevalier à la triste figure de Cervantès. Mais le projet, déjà tenté en 1940, 1946 et 1951, se heurtait à la nature épisodique du roman. Au début des années 2000, une nouvelle tentative, confiée aux géniaux frères Brizzi, semblait prometteuse. Leurs storyboards, d’une ampleur et d’une beauté stupéfiantes, laissaient imaginer un film d’animation époustouflant. Hélas, malgré leur talent indéniable – on leur doit notamment des séquences mémorables du « Bossu de Notre-Dame » et de « Fantasia 2000 » –, la direction de Disney Feature Animation, effrayée par l’intensité et la noirceur de leur vision, finit par jeter l’éponge. Les œuvres des Brizzi rejoignirent ainsi les archives, attendant d’être redécouvertes par de futurs artistes.

Ironie du sort, ces mêmes archives abritent un autre trésor inexploité, une saga bien plus ancienne : celle de « Chanticleer ». Ce projet, dont l’origine remonte à 1937, est souvent cité par les historiens de l’animation comme le « meilleur film que Disney n’ait jamais fait ».

## De Rostand au coq français : la longue genèse de « Chanticleer »

L’idée originale de « Chanticleer » provient de la pièce de théâtre éponyme d’Edmond Rostand, auteur également de « Cyrano de Bergerac ». Publiée en 1910, la pièce met en scène un coq vaniteux persuadé que son chant réveille le soleil. Derrière cette fable campagnarde se cache une satire mordante de la société française d’avant la Première Guerre mondiale.

En 1937, alors que « Blanche-Neige et les Sept Nains » touche à sa fin, Walt Disney cherche de nouvelles idées. Le synopsis de « Chanticleer » lui plaît, notamment le cadre de la basse-cour et ses personnages animaux, propices aux gags. Ted Sears et Al Perkins sont chargés d’adapter la pièce. Cependant, les deux scénaristes peinent à transformer la satire en un récit d’animation accessible au public américain. Ils jugent la satire trop élitiste et surtout, ils n’arrivent pas à rendre le coq Chantecler sympathique.

Walt propose alors de fusionner l’histoire avec « Le Roman de Renart », une collection de contes européens du XIe siècle mettant en scène un renard rusé. L’idée est d’offrir à Chantecler un ennemi de taille. Le projet est alors rebaptisé « Chanticleer » (l’orthographe anglaise) et une nouvelle tentative d’adaptation commence. Malgré un potentiel comique certain grâce aux animaux de la ferme et des dessins conceptuels de qualité, l’histoire reste faible et les personnages manquent d’attrait. Walt décide de mettre le projet en attente.

« Chanticleer » ne sera pas abandonné pour autant. Le projet connaît plusieurs résurrections dans les années 1940 (1941, 1945, 1947), certaines esquisses inspirant même le « Robin des Bois » de 1973. Mais aucun effort ne parvient à concrétiser le film. Au début des années 1950, Walt, concentré sur d’autres projets phares comme Disneyland, enterre définitivement « Chanticleer ».

## L’âge d’or des comédies musicales animées et le renouveau de « Chanticleer »

Au début des années 1960, Marc Davis et Ken Anderson, fraîchement sortis du succès de « Les 101 Dalmatiens », cherchent un nouveau projet ambitieux. Davis, fervent admirateur des comédies musicales, rêve de créer l’équivalent animé d’une grande production de Broadway. Son idée : un film musical foisonnant de chansons entraînantes et de personnages hauts en couleur. Ce concept préfigure ce que réaliseront plus tard Howard Ashman et Alan Menken avec « La Petite Sirène ».

En explorant les projets abandonnés du studio, Marc Davis tombe sur les magnifiques dessins de « Chanticleer ». Il y voit le potentiel d’un film novateur. Walt, d’abord enthousiaste à l’idée de relancer un projet qui lui tient à cœur depuis vingt ans, exprime toutefois des doutes sur la faisabilité de l’intrigue. Davis et Anderson le rassurent : ils ne s’appuieront pas sur la pièce originale, mais créeront une histoire entièrement nouvelle, inspirée de l’univers.

Ils travaillent d’arrache-pied, abandonnant les pistes précédentes pour proposer une comédie satirique légère et originale, dans l’esprit de « How to Succeed in Business Without Really Trying ». Leur vision de « Chanticleer » met en scène un coq Chantecler bienveillant mais naïf, élu maire de son village, et Reynard le Renard, un manipulateur arriviste. Reynard profite des mécontentements pour organiser un carnaval nocturne, plongeant le village dans le chaos. Chantecler, défié, finit par comprendre ses erreurs et, après une confrontation absurde avec un coq de combat espagnol, réalise qu’il ne contrôle pas le soleil. Humble et sincère, il regagne la confiance des villageois et chasse Reynard, devenant un leader plus sage et attentionné.

Les dessins de Davis pour les poules du village, parées de leurs costumes d’époque, débordent de vie et de style. Le film aurait été une farce animée, rythmée par des chansons, à l’image de l’ouverture musicale imaginée où les villageois célèbrent leur coq : « … Nous l’aimons tellement, car il fait lever le soleil, vous savez… »

## La bataille des chiffres et le sacrifice de « Chanticleer »

Paradoxalement, alors que Davis et Anderson peaufinaient leur vision d’un film d’animation moderne, les financiers du studio poussaient Walt à abandonner l’animation pure. Roy Disney, son frère, argumentait que le catalogue existant de classiques suffisait à assurer la rentabilité du studio. Il proposa à Walt de réorienter les fonds vers la construction d’un nouveau parc à thème, encore plus grand que Disneyland, et vers le développement des Audio-Animatronics, une technologie qui fascinait Walt.

Walt hésita. L’offre était tentante, mais il était réticent à abandonner l’essence même de son entreprise. Finalement, il refusa de fermer complètement le département d’animation, mais accepta de réduire sa production à un film tous les quatre ans, au lieu d’un tous les deux ans.

Le studio avait alors deux projets en développement : « L’Épée dans la Pierre » de Bill Peet et « Chanticleer » de Davis et Anderson. Pour respecter le nouveau rythme de production, l’un des deux devait être sacrifié. Walt, après avoir étudié discrètement les pré-productions des deux films, opta pour « L’Épée dans la Pierre ». Les raisons étaient multiples : ce dernier projet semblait moins coûteux à produire, avec moins de personnages, majoritairement humains, et une histoire, malgré son côté episodique, plus émouvante avec un héros, Wart, auquel le public pouvait s’identifier. Chantecler, lui, était perçu comme trop prétentieux pour inspirer facilement l’empathie. De plus, « L’Épée dans la Pierre » n’impliquait pas de numéros musicaux complexes ni la nécessité de stars pour les doublages.

La décision était prise : « L’Épée dans la Pierre » irait de l’avant, et « Chanticleer » serait définitivement mis au placard. Walt confia la tâche difficile d’annoncer la nouvelle à un membre du personnel de Roy, un moment particulièrement cruel pour les deux artistes.

## Le jour où tout s’est joué

Lors de la présentation du projet « Chanticleer », Walt Disney n’était pas à sa place habituelle, au premier rang, prêt à s’impliquer activement. Il s’était discrètement assis au fond de la salle, évitant tout contact visuel, entouré des cadres financiers du studio. Dès les premières secondes de la présentation de Marc Davis, où il introduisait « le héros de notre histoire, Chantecler, un coq… », un des hommes de Roy murmura : « Un poulet ne peut pas être héroïque ».

Marc Davis comprit alors que le sort de son film était scellé, en dépit de la qualité de ses dessins et des décors de Ken Anderson. L’audience resta polie mais indifférente, déjà informée de l’annulation du projet par Walt. Personne, pas même Walt, ne dit un mot à la fin de la séance.

La semaine suivante, Marc Davis et Ken Anderson, sidérés, attendaient un signe. Le téléphone sonna enfin. C’était Walt, mais sans explication ni excuses. Il proposa simplement à Marc de rejoindre l’équipe WED (Imagineering) pour améliorer la mise en scène des attractions de Disneyland, désespérément en manque d’humour. Loyale envers Walt, Marc accepta et ne revint jamais au département animation. Durant ses dix-sept années chez Imagineering, elle contribua à la création d’attractions légendaires telles que « Pirates des Caraïbes » et « L’Attraction Hantée ».

## Un héritage qui perdure

Malgré le sort réservé au projet, l’œuvre de Marc Davis pour « Chanticleer » n’a jamais été totalement oubliée. Les chanteuses du spectacle « America Sings » s’inspirent directement des poules dessinées pour le film. Les esquisses de Davis sont devenues légendaires, inspirant d’autres artistes au fil des ans. En 1981, Mel Shaw tenta de relancer le projet en présentant une version du coq sublimée, « le poulet le plus MACHO de toute la France », mais le studio refusa de nouveau.

Plus tard, Don Bluth, un ancien animateur de Disney ayant fait scission pour fonder Aurora Productions, tenta à son tour de réaliser une adaptation. Son film, « Rock-a-Doodle » (1991), transposait l’histoire aux États-Unis et transformait Chantecler en une sorte de coq à la Elvis. Le méchant renard fut remplacé par un hibou maléfique, le Grand Duc. Malgré la participation de voix familières comme Phil Harris, le film fut accueilli par l’indifférence du public et de la critique.

Aujourd’hui encore, des animateurs comme Andreas Deja considèrent le travail de Marc Davis sur « Chanticleer » comme l’un des plus beaux jamais réalisés. Il exprime son regret que le studio ait privilégié « L’Épée dans la Pierre » à ce projet. Il espère qu’un jour, le matériel conceptuel de « Chanticleer » convaincra enfin la direction de Walt Disney Company que ce film mérite d’être porté à l’écran. Un rêve inachevé, qui hante les couloirs des studios depuis près de 80 ans.

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