Home Économie Kingspan spinout un gros pari sur le plus gros pari de l’histoire des paris – The Irish Times

Kingspan spinout un gros pari sur le plus gros pari de l’histoire des paris – The Irish Times

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Publié le 2025-10-08 07:00:00. Alors que le groupe Kingspan s’apprête à valoriser sa division dédiée aux centres de données via une scission partielle, le souvenir de l’échec de Fyffes avec son projet internet en 2001 plane comme un avertissement. L’enthousiasme actuel pour l’intelligence artificielle (IA) pourrait bien masquer des risques similaires à ceux qui ont conduit à l’éclatement de la bulle internet.

  • Le groupe irlandais Kingspan, spécialisé dans les matériaux de construction, envisage de se séparer de sa division dédiée aux centres de données.
  • Cette décision intervient alors que le marché valorise fortement les entreprises liées à l’IA, potentiellement au détriment de la prudence.
  • L’histoire de Fyffes et de son projet internet « worldoffruit.com » sert de piqûre de rappel sur les dangers du battage médiatique excessif autour des nouvelles technologies.

L’annonce de la mise en bourse d’une partie de sa division Advnsys, axée sur les infrastructures pour centres de données, a immédiatement stimulé le cours de Kingspan. Les actions ont grimpé de 13,5 % suite à cette nouvelle, un rebond bienvenu après une baisse d’un tiers au cours des quatre dernières années. Selon les analystes, cette nouvelle entité pourrait être valorisée à hauteur de 6 milliards d’euros. Kingspan prévoit de céder initialement 25 % de cette branche.

Le PDG de Kingspan, Gene Murtagh, justifie cette démarche par l’engouement actuel du marché pour les entreprises d’ingénierie et de construction spécialisées dans les centres de données. Cet engouement est alimenté par les investissements massifs des acteurs technologiques et des opérateurs de centres de données, anticipant une demande croissante liée à l’intelligence artificielle. L’Association européenne des centres de données estime à 100 milliards d’euros les investissements prévus entre 2023 et 2030, un chiffre qui atteint 6 000 milliards d’euros à l’échelle mondiale selon le cabinet McKinsey.

Ce contexte favorable se traduit par des valorisations très élevées : les entreprises du secteur sont cotées jusqu’à 20 fois leurs bénéfices, là où Kingspan se situe à 12 fois. Si l’on considère qu’Advnsys, qui devrait représenter un cinquième du chiffre d’affaires de Kingspan cette année (soit 9,3 milliards de dollars), pourrait atteindre une capitalisation boursière proche de la moitié de celle de sa société mère, la logique économique semble implacable.

Cependant, l’euphorie ambiante ne doit pas occulter les risques. L’histoire offre des leçons précieuses, à l’image de celle de Fyffes. En décembre 1999, face à un cours de bourse en berne, le groupe avait lancé le site de commerce de fruits « worldoffruit.com » pour surfer sur la vague du « pointcom ». L’opération fut un succès immédiat : les actions avaient bondi de 64 % au lancement en janvier 2000. Mais le rêve fut de courte durée. Dès 2001, la bulle éclatait, révélant l’incapacité de la technologie naissante à tenir ses promesses. Internet n’était pas assez rapide, les ordinateurs pas assez performants, et le battage médiatique s’est heurté à la réalité.

Aujourd’hui, l’intelligence artificielle suscite un enthousiasme similaire, qualifié d' »à fond » par des observateurs comme Ruchir Sharma dans le Financial Times. L’IA est présentée comme le moteur principal de la croissance économique américaine, représentant 40 % de son PIB cette année. Si ses promoteurs y voient une panacée capable de résoudre des problèmes tels que le déclin de la productivité ou le fardeau de la dette, une certaine prudence s’impose.

Les dérives potentielles de l’IA sont déjà documentées. Le cabinet Deloitte a dû rembourser une partie d’un rapport de 440 000 dollars australiens (environ 248 000 €) au gouvernement australien car il contenait des erreurs dues à l’utilisation d’IA génératives. Le rapport faisait notamment référence à des études inexistantes de chercheurs des universités de Sydney et de Lund, ainsi qu’à une décision de justice inventée, comme l’a rapporté l’Australian Finance Review.

Ces « hallucinations » et autres informations erronées, dont témoignent de nombreux utilisateurs d’outils d’IA, rappellent que le bénéfice du doute accordé à cette technologie pourrait être prématuré. L’optimisme ambiant, nourri par les déclarations de personnalités comme Elon Musk et Sam Altman, pourrait bien s’estomper. Trois ans après le lancement de ChatGPT, il est temps que l’IA commence à concrétiser ses promesses, sans quoi les valorisations excessives finiront par être remises en question.

Si l’on ne prédit pas un éclatement imminent de la bulle IA, une révision à la baisse des attentes et des valorisations semble plausible. L’espoir réside dans le fait que les dirigeants de Kingspan aient intégré ces risques dans leur stratégie, afin qu’Advnsys ne devienne pas une nouvelle incarnation de « worldofcladding.com », une référence à l’ancien projet de Fyffes devenu obsolète.

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