Publié le 10 février 2025. L’émergence de nouveaux médicaments amaigrissants prometteurs, à l’image du succès de l’Ozempic, soulève à la fois des espoirs et des inquiétudes quant à leurs effets secondaires potentiels et à leur utilisation. Parallèlement, une remise en question des critères actuels de diagnostic de l’obésité, basés sur l’indice de masse corporelle (IMC), prend de l’ampleur.
- De nouveaux traitements pour la perte de poids sont en cours de développement, s’inspirant du succès du médicament Ozempic.
- Des études alertent sur des risques d’effets secondaires tels que la pancréatite et l’arthrite, ainsi que des cas de paralysie gastrique liés à une utilisation non supervisée.
- Une nouvelle proposition de classification de l’obésité, basée sur la graisse corporelle plutôt que sur l’IMC, pourrait affiner les diagnostics et les prises en charge.
Le marché des médicaments destinés à la perte de poids connaît une effervescence sans précédent. Après le succès fulgurant de l’Ozempic, développé par le laboratoire danois Novo Nordisk qui a vu sa valorisation boursière dépasser celle de l’économie danoise, une multitude de nouveaux traitements sont en phase de test en 2025. Cette vague d’innovation, si elle suscite un grand intérêt, n’est pas sans susciter des préoccupations. Les études récentes mettent en lumière des risques potentiels associés à ces médicaments, notamment une augmentation du risque de pancréatite et d’arthrite. Plus préoccupant encore, des cas de paralysie de l’estomac ont été rapportés, notamment en Inde, suite à une utilisation non encadrée et inappropriée de ces substances.
Ces incidents soulignent la problématique croissante de l’usage « hors AMM » (Autorisation de Mise sur le Marché), où certains professionnels de santé prescrivent ces médicaments pour des indications ou à des doses non approuvées par les autorités réglementaires. L’auto-médication et l’usage sans suivi médical adéquat sont particulièrement pointés du doigt.
Face à cette situation, la question de l’évaluation précise de l’obésité devient cruciale. Une mesure rigoureuse de la corpulence de chaque individu est une étape fondamentale avant d’envisager tout traitement. C’est dans ce contexte que la Commission du Lancet sur le diabète et l’endocrinologie a proposé en janvier dernier de nouvelles recommandations pour le diagnostic de l’obésité. Celles-ci préconisent de passer d’une approche basée uniquement sur l’indice de masse corporelle (IMC) à des critères intégrant la quantité de graisse corporelle (adiposité).
L’IMC, calculé par la formule poids (en kg) divisé par la taille (en mètres) au carré (kg/m²), est la mesure la plus couramment utilisée. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), un IMC compris entre 18,5 et 24,9 est considéré comme normal, entre 25,0 et 29,9 comme un surpoids, et au-delà de 30,0 comme obèse. Cependant, les chercheurs soulignent que les mesures actuelles basées sur l’IMC peuvent soit sous-estimer, soit surestimer l’adiposité, fournissant ainsi des informations souvent insuffisantes pour une évaluation individuelle pertinente de la santé et sapant les approches médicales solides.
Les nouvelles directives de la Commission du Lancet proposent une classification en deux stades de l’obésité, venant compléter la définition basée sur l’IMC. L’obésité de stade 1 se caractérise par une adiposité accrue, sans impact notable sur le fonctionnement des organes ou les activités quotidiennes. L’obésité de stade 2, quant à elle, représente une condition plus sévère, avec une adiposité significative (généralisée et abdominale) affectant les fonctions physiques et organiques, entraînant des limitations dans les activités quotidiennes et augmentant le risque de comorbidités. Pour être classée en stade 2, il faut démontrer des limitations fonctionnelles dans les activités quotidiennes ou la présence d’une ou plusieurs pathologies liées à l’obésité.
La Commission recommande que les individus présentant des signes d’obésité préclinique bénéficient de conseils de santé, d’un suivi régulier et, si nécessaire, d’interventions préventives pour réduire le risque de développer une obésité clinique et les maladies associées. Ces démarches n’impliquent généralement pas de traitement médicamenteux ou chirurgical, et peuvent se limiter à une surveillance et des conseils avisés si le risque d’évolution vers une obésité clinique est jugé faible.
Ce nouveau cadre d’évaluation vise à une meilleure identification de l’obésité et à une gestion plus rationnelle de ses manifestations. L’IMC, bien qu’utilisé comme substitut de la mesure de la graisse corporelle dans de nombreux contextes cliniques, présente des limites. Défini à l’origine sur la base de mesures effectuées sur des personnes de type caucasien, il ne prend pas adéquatement en compte les différences raciales, l’âge, le sexe ou les conditions cliniques spécifiques. L’ajout de mesures directes de la graisse corporelle, réalisables par des techniques comme la DXA (absorptiométrie biphotonique à rayons X), représenterait une amélioration significative. Une étude comparative a ainsi révélé qu’avec l’IMC, seulement 26% des sujets étaient classés comme obèses, contre 64% avec la DXA. De plus, les mesures basées uniquement sur l’IMC ont tendance à sous-estimer l’obésité chez les femmes par rapport aux hommes.
Cependant, les appareils de mesure de la graisse corporelle ne sont pas encore facilement accessibles et sont coûteux. C’est pourquoi la Commission du Lancet suggère de compléter l’IMC par des mesures comme le tour de taille, le rapport taille-hanches et le rapport taille-hauteur.
Dans un pays comme l’Inde, où une enquête nationale indique qu’un Indien sur quatre est obèse (soit 135 millions de personnes), cette problématique prend une dimension particulière. Les directives actuelles basées sur l’IMC ont conduit à cette estimation. La Commission Lancet souligne que les données épidémiologiques actuelles, fondées exclusivement sur l’IMC, doivent être réévaluées pour refléter l’obésité comme un spectre de présentations médicales. Des analyses préliminaires suggèrent qu’un nombre significatif de personnes diagnostiquées comme obèses selon les critères de l’IMC ne correspondent pas à une obésité clinique avérée.
La mesure de l’obésité par l’IMC pose un problème supplémentaire en Inde : les populations sud-asiatiques ont une tendance à accumuler plus de graisse corporelle, même avec un IMC considéré comme normal. De plus, la complexité de l’obésité réside aussi dans le fait qu’une personne avec un IMC élevé et un tour de taille important peut paradoxalement être en bonne forme physique, comme le démontrent par exemple les lutteurs de sumo japonais. Par conséquent, une évaluation clinique approfondie de l’obésité et de la nécessité d’un traitement est essentielle au niveau individuel avant toute décision thérapeutique.