Une découverte scientifique récente, initialement rapportée dans la prestigieuse revue The Lancet en mars dernier, met en lumière un lien potentiellement crucial entre la dengue et le COVID-19, semant le doute sur la fiabilité de certains tests de diagnostic et ouvrant des perspectives inédites dans la lutte contre ces deux maladies virales.
L’alerte a été donnée par l’observation de cas singuliers à Singapour : des patients diagnostiqués positifs à la dengue présentaient en réalité une infection par le SARS-CoV-2, le virus responsable de la COVID-19. Deux cas spécifiques ont été décrits, où des tests sérologiques rapides pour la dengue ont induit en erreur, révélant de faux positifs avant que les patients ne soient confirmés comme porteurs du coronavirus. Au fil des mois suivants, des recherches plus approfondies ont commencé à explorer cette connexion intrigante, pourtant apparemment sans rapport direct entre les deux pathogènes.
Des faux positifs qui sèment le doute
Face à la recrudescence simultanée des cas de dengue et de COVID-19, notamment en Inde, des chercheurs se sont inquiétés de la possibilité d’interférences dans les tests de diagnostic. Les symptômes initiaux de la COVID-19 peuvent aisément être confondus avec ceux de la dengue, une maladie déjà endémique dans de nombreuses régions, dont la saison des épidémies coïncide souvent avec la mousson.
Une étude menée par des scientifiques indiens a alors porté son attention sur treize échantillons de sérum, connus pour contenir des anticorps contre la dengue. Ces échantillons, datant de 2017 – bien avant l’émergence de la pandémie de COVID-19 – ont été soumis à des tests de détection du SARS-CoV-2 à l’aide de deux kits de test rapide différents. Le résultat a été révélateur : cinq de ces échantillons ont présenté de faux positifs pour le SARS-CoV-2. Ces découvertes suggèrent qu’il existe une « certaine similitude antigénique » entre les deux virus, entraînant cette réactivité croisée observée.
« Il semble que ces deux virus présentent une certaine similitude antigénique qui entraîne la réactivité croisée observée. »
Cette constatation a des implications majeures. Dans les zones où la dengue est courante, les kits de tests rapides pourraient potentiellement diagnostiquer à tort des patients atteints de dengue comme étant infectés par la COVID-19, et inversement. Un scénario qui complexifie le suivi épidémiologique et la prise en charge des patients.
La dengue, un possible bouclier contre la COVID-19 au Brésil ?
L’intrigue s’épaissit avec une seconde étude, cette fois axée sur l’impact de la dengue sur la pandémie de COVID-19 au Brésil. En utilisant des modèles mathématiques pour analyser la répartition géographique des cas et des décès liés à la COVID-19, les chercheurs ont fait une observation fortuite mais significative.
Alors que le Brésil faisait face à une épidémie de COVID-19, les chercheurs ont comparé la prévalence de la dengue dans les différents États du pays entre janvier 2019 et juillet 2020, période durant laquelle plus de 3,5 millions de Brésiliens ont été infectés par la dengue. Ils ont constaté que les États ayant une forte proportion de population touchée par la dengue en 2019-2020 enregistraient une diminution des cas, des taux d’infection et des décès liés à la COVID-19.
Ce phénomène n’a pas été observé lors de recherches similaires menées entre le SARS-CoV-2 et le virus chikungunya, un autre arbovirus. En revanche, une corrélation positive entre la dengue et une moindre prévalence de la COVID-19 a été mise en évidence dans des échantillons de pays d’Asie, d’Amérique latine et sur des îles des océans Pacifique et Indien.
Ces observations amènent les chercheurs à envisager une « réactivité croisée immunologique » entre la dengue et le SARS-CoV-2. Ils avancent même l’hypothèse suivante :
« L’infection par la dengue ou la vaccination avec un vaccin contre la dengue efficace et sûr pourrait produire un certain niveau de protection immunologique contre le SRAS-CoV-2 avant qu’un vaccin contre le SRAS-CoV-2 ne soit disponible. »
Bien que ces recherches n’en soient qu’à leurs débuts, elles ouvrent des perspectives fascinantes. Comprendre plus finement cette interaction entre la dengue et la COVID-19 pourrait non seulement améliorer nos stratégies de dépistage, mais également mener à de nouvelles approches pour combattre ces deux virus, qui, bien qu’apparemment distincts, pourraient bien partager des mécanismes de défense communs.