Alors que le roi Mohammed VI a mis l’accent sur l’éducation et la santé lors de son discours d’ouverture de la session parlementaire ce vendredi, une partie significative de la population marocaine, notamment la jeunesse, attendait des réponses concrètes aux réformes sociales réclamées. Les manifestations, qui animent le paysage urbain depuis le 27 septembre, témoignent d’une profonde insatisfaction, alimentée par des événements récents et des frustrations persistantes.
Dans sa traditionnelle allocution annuelle, le monarque a affirmé : « Nous avons fixé comme priorités (…) la création d’emplois pour les jeunes et l’amélioration concrète des secteurs de l’éducation et de la santé ». Cette déclaration intervient alors que le mouvement de jeunesse, dont les fondateurs restent anonymes, a récemment réclamé une « répression de la corruption » et une « modernisation radicale des manuels scolaires » via le collectif en ligne GenZ 212. Leurs revendications incluent également un plan national pour la rénovation des hôpitaux, le recrutement de personnel soignant supplémentaire, particulièrement dans les zones rurales, et une augmentation du taux de remboursement de l’assurance maladie publique, passant de 50 à 75 %.
Ces attentes trouvent un écho particulier suite à la médiatisation du décès de huit femmes enceintes dans un hôpital public à Agadir. Cet événement tragique a été dénoncé par les critiques comme un symptôme criant des défaillances du système de santé, déjà éprouvé par des pénuries, des problèmes d’assainissement et une corruption pointée du doigt. Les manifestants appellent d’ailleurs à un changement de gouvernement et à la démission du Premier ministre Aziz Akhannouch.
Parallèlement, une frustration s’exprime face aux dépenses publiques conséquentes consacrées aux grands projets d’infrastructure, notamment ceux préparant le Maroc à co-accrocher la Coupe du Monde 2030 avec le Portugal et l’Espagne. Le roi a tenu à souligner qu’« il ne puisse y avoir aucune contradiction ni concurrence entre les grands projets nationaux et les programmes sociaux ».
Les chiffres officiels révèlent qu’en dépit d’une diminution notable du taux de pauvreté au Maroc, passant de près de 12 % de la population en 2014 à 6,8 % en 2024, le manque d’accès à une éducation de qualité demeure un facteur majeur de précarité pour de nombreux citoyens.
Le gouvernement a récemment lancé un nouvel appel au dialogue, affirmant que « leur message a été reçu » et s’engageant à « travailler rapidement pour mobiliser les ressources et combler les déficits ». Les manifestations, bien que majoritairement pacifiques, ont connu des débordements sporadiques. La semaine dernière, des affrontements avec les forces de sécurité ont entraîné la mort de trois personnes, et des dizaines d’arrestations ont été recensées.