Publié le 2025-10-13 12:49:00. Une étude nordique met en lumière des différences notables entre les pneumonies acquises en communauté (PAC) causées par *Mycoplasma pneumoniae* et celles dues à *Streptococcus pneumoniae*, notamment en ce qui concerne l’âge des patients et la réponse aux traitements antibiotiques initiaux.
- La pneumonie à *Mycoplasma pneumoniae* affecte plus fréquemment les personnes de moins de 50 ans et peut échouer face aux antibiotiques couramment prescrits en première intention.
- Les symptômes cliniques et les images radiographiques ne permettent pas toujours de distinguer clairement ces deux types de pneumonies, mais certains marqueurs de laboratoire pourraient orienter le diagnostic.
- Bien que *Streptococcus pneumoniae* reste l’agent pathogène le plus fréquent, une meilleure compréhension des caractéristiques de la pneumonie à *Mycoplasma pneumoniae* est cruciale pour adapter la prise en charge.
Dans le contexte des stratégies antibiotiques empiriques en Europe du Nord pour les pneumonies communautaires non sévères chez les patients hospitalisés, l’usage prédominant est celui d’une bêta-lactamine. L’ajout d’un macrolide ou d’une fluoroquinolone est généralement réservé aux cas graves ou lorsque la suspicion d’une pneumonie atypique est forte. Face à cette pratique, une recherche a cherché à identifier les signes permettant de suspecter la pneumonie atypique la plus courante, celle causée par *Mycoplasma pneumoniae*, en la comparant à la pneumonie à pneumocoque. Les conclusions préliminaires indiquent que *M. pneumoniae* est surreprésenté chez les patients de moins de 50 ans et est plus souvent associé à un échec thérapeutique avant même l’hospitalisation.
Les chercheurs ont souligné que si les symptômes cliniques et les résultats radiographiques peinent à différencier les deux agents pathogènes, les analyses de laboratoire, notamment la numération des leucocytes, pourraient offrir des indices précieux. La conception prospective de l’étude et des tests exhaustifs ont permis d’éviter l’inclusion de cas peu probables de *M. pneumoniae*. Cependant, l’étude a rencontré des difficultés pour inclure les patients les plus gravement atteints, ce qui pourrait expliquer leur sous-représentation. De plus, l’exigence d’un échantillon urinaire a écarté les patients souffrant de lésions rénales aiguës ou d’insuffisance rénale terminale. L’exclusion des cas positifs uniquement pour *S. pneumoniae* dans les voies respiratoires supérieures a également pu biaiser la représentation de cet agent pathogène.
*Streptococcus pneumoniae* s’est avéré, comme attendu, être un pathogène beaucoup plus courant. *M. pneumoniae* ne représentait que 6 % de tous les cas de PAC hospitalisés en dehors des périodes épidémiques, un taux en adéquation avec d’autres études. La différence la plus significative entre les deux agents pathogènes réside dans la tranche d’âge : l’âge médian des patients atteints de *M. pneumoniae* était de 36 ans, contre 70 ans pour ceux atteints de pneumonie à pneumocoque. Des âges médians similaires pour la PAC à *M. pneumoniae*, compris entre 39 et 43 ans, ont été rapportés dans plusieurs études européennes. Cependant, certaines de ces études incluaient des patients ambulatoires ou des enfants, ce qui pourrait expliquer des âges médians plus bas, tandis que d’autres étaient rétrospectives et ont pu manquer des cas.
Au sein de la cohorte étudiée, 97 % des patients atteints de PAC ont été testés pour *M. pneumoniae*. Seuls deux cas ont été détectés chez des patients de plus de 65 ans. Des études antérieures menées au Japon et en Israël ont montré une proportion plus élevée de patients âgés de plus de 60 ou 65 ans atteints de *M. pneumoniae*. Ces divergences pourraient s’expliquer par la longue période couverte par ces études, incluant potentiellement des années d’épidémie, ainsi que par l’utilisation de la sérologie, qui présente des limites, notamment si une seule mesure d’anticorps est effectuée.
Les symptômes les plus fréquents de la PAC à *M. pneumoniae* étaient la fièvre, les malaises, la toux et la dyspnée. La dyspnée et la douleur pleurale étaient significativement plus fréquentes chez les patients atteints de *M. pneumoniae* par rapport à ceux atteints de pneumonie à pneumocoque, et même par rapport aux PAC toutes causes confondues. Ceci est particulièrement notable, car la douleur pleurale est souvent considérée comme un signe plus spécifique de la pneumonie à pneumocoque. Les résultats de laboratoire ont également révélé des différences : les taux de CRP (Protéine C-réactive) et de leucocytes étaient significativement plus bas chez les patients atteints de *M. pneumoniae* par rapport à ceux atteints de pneumonie à pneumocoque. Néanmoins, le taux de CRP restait élevé, avec une médiane de 178 mg/L à l’admission, suggérant que ce marqueur seul a une valeur diagnostique limitée pour *M. pneumoniae*. Dans 75 % des cas de *M. pneumoniae*, le taux de leucocytes à l’admission était inférieur à 12,5 x 109/L, tandis que pour 75 % des cas de pneumonie à pneumocoque, il dépassait 12,1 x 109/L.
Les images radiographiques de la cohorte étudiée montrent que *M. pneumoniae* peut se manifester de diverses manières. La consolidation lobaire unilatérale était la plus fréquente, mais des opacités irrégulières, interstitielles, floues et des anomalies bilatérales ont également été observées. D’autres études radiologiques ont suggéré que l’épaississement de la paroi bronchique et les ganglions centrolobulaires sont plus révélateurs d’une pneumonie à *M. pneumoniae* que d’une pneumonie à pneumocoque. Cependant, ces signes n’ont pas été systématiquement notés dans cette étude, car les radiographies pulmonaires ont été privilégiées par rapport aux tomodensitométries dans la majorité des cas. Une étude française rétrospective avait déjà souligné la grande diversité des présentations radiographiques de la PAC à *M. pneumoniae*. Dans la cohorte étudiée, la consolidation unilatérale était la découverte radiographique la plus courante pour la pneumonie à pneumocoque, mais des anomalies bilatérales, des aspects interstitiels et des opacités floues ou légères ont également été rapportés.
Les patients atteints de *M. pneumoniae* présentaient des scores CRB (C-reactive protein) et PSI (Pneumonia Severity Index) significativement plus bas. La majorité des patients hospitalisés pour une PAC à *M. pneumoniae* nécessitaient un apport en oxygène, et ce groupe a reçu des niveaux d’oxygène significativement plus élevés que les patients atteints de pneumonie à pneumocoque. Peu de patients dans les deux groupes ont bénéficié d’une oxygénothérapie à haut débit (HFNC), probablement parce que les données ont été collectées avant la pandémie de COVID-19, période durant laquelle son utilisation a augmenté. Il est probable que cette thérapie soit désormais plus courante pour ces deux groupes de patients.
Seuls quelques patients atteints de PAC causée par *S. pneumoniae* ont nécessité une ventilation mécanique ou non invasive, et aucun patient atteint de *M. pneumoniae* n’a eu recours à ces méthodes. Les études antérieures sur la gravité de la maladie causée par *M. pneumoniae* ont donné des résultats variés : certaines n’ont rapporté aucune mortalité, à l’instar des présents résultats, tandis que d’autres ont fait état de deux décès. Une autre enquête a enregistré une mortalité de 6 %, avec 16 % des patients admis en soins intensifs et 9 % nécessitant une ventilation mécanique. Une étude suédoise rétrospective a montré que 8 % des patients positifs à la PCR pour *M. pneumoniae* ont été admis en soins intensifs et une personne est décédée. Plus récemment, un rapport d’observation français a indiqué que plus de 30 % des patients atteints de *M. pneumoniae* étaient admis en réanimation, avec un taux de mortalité hospitalière de 2 %. Il est toutefois à noter que dans cette étude française, les traitements par HFNC n’étaient administrés qu’en réanimation, ce qui pourrait expliquer les taux élevés d’admission en soins intensifs.
Les patients atteints de PAC causée par *M. pneumoniae* présentaient une maladie plus longue avant l’hospitalisation et étaient plus susceptibles de se voir prescrire des antibiotiques dans les deux semaines précédant leur admission. Cette prescription fréquente d’antimicrobiens était anticipée, car le traitement de première intention de la PAC en Suède pour les patients ambulatoires est la pénicilline V. Ce médicament cible les pneumocoques mais est inefficace contre *M. pneumoniae*, qui ne possède pas de paroi cellulaire. La co-détection virale était significativement plus fréquente dans les cas de pneumonie à pneumocoque que dans ceux de *M. pneumoniae*, suggérant que cette dernière n’est pas une cause fréquente de surinfection virale.
Au cours de la période endémique étudiée, 27 % de tous les patients hospitalisés pour une PAC ont été dépistés pour *M. pneumoniae* sur la base d’une suspicion clinique. Lorsque l’ensemble de la cohorte a été testé, seuls deux cas supplémentaires ont été confirmés dans le groupe n’ayant pas été préalablement testé. Cependant, trois cas issus de l’échantillonnage de routine se sont révélés faux négatifs, tandis qu’un patient testé positif lors de l’échantillonnage de routine s’est révélé négatif lors de l’échantillonnage selon le protocole, soulignant la dépendance de la fiabilité des tests à la qualité de l’échantillon. Le retard dans la mise en place d’un traitement efficace n’a toutefois pas eu d’impact sur les résultats. Bien qu’un état porteur ne soit pas rare chez les enfants, *M. pneumoniae* est une découverte rare chez les adultes asymptomatiques.