Publié le 2025-10-12 22:31:00. La valeur du dollar américain connaît une forte volatilité, influencée par les décisions de la Réserve fédérale, les tensions commerciales internationales et une tendance à la dédollarisation. Ces facteurs, combinés à des émissions de dette record et des données d’emploi américaines décevantes, font réagir les devises émergentes, dont le peso colombien.
- Le dollar américain a perdu 10 % de sa valeur cette année, une faiblesse qui pourrait se poursuivre en raison de la flexibilité monétaire et de la dégradation des finances publiques américaines.
- Malgré cette tendance, le dollar conserve sa suprématie dans les marchés financiers internationaux et les émissions obligataires mondiales.
- La santé budgétaire des États-Unis constitue le principal talon d’Achille du dollar, avec une dette fédérale en forte augmentation et les coûts économiques des fermetures gouvernementales.
La monnaie américaine traverse une période de fluctuations remarquables, alimentées par un cocktail d’événements. Aux décisions de politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed) s’ajoutent les annonces de Donald Trump concernant les tarifs douaniers et les tensions commerciales avec la Chine. Parallèlement, une tendance à la dédollarisation se dessine sur plusieurs marchés, tandis que l’émission record de titres de dette du Trésor américain et des données d’emploi américaines inférieures aux attentes renforcent les anticipations de changements dans les taux d’intérêt.
Dans ce contexte, les prix internationaux du pétrole, s’établissant à 62,73 dollars américains (USD), et ceux d’autres matières premières offrent un répit aux monnaies des marchés émergents, à l’instar du peso colombien. Le café, dont le cours atteint 3,94 dollars et dont les transactions s’élèvent à 14,8 millions de sacs, symbolise cette vigueur. Cependant, les risques budgétaires internes et les flux de capitaux vers la région ajoutent des couches d’incertitude.
La semaine dernière, le dollar a affiché une légère hausse, passant de 3 858 à 3 924 pesos colombiens (COP). Cette progression de 66 pesos, bien que modeste à l’échelle annuelle, souligne la volatilité récente. Sur douze mois, la monnaie américaine a enregistré une baisse de 322 pesos, par rapport aux 4 246 pesos d’octobre 2024, rappelant que le parcours du dollar est loin d’être linéaire.
Le répit du dollar
À ce jour, la monnaie américaine a cédé 10 % de sa valeur cette année. Cette dégringolade soulève la question de l’érosion de son hégémonie, une interrogation dont la réponse reste incertaine. Les fluctuations quotidiennes du dollar s’expliquent par une multitude de facteurs, tant spécifiques que généraux.
« Le dollar va continuer à s’affaiblir dans les années à venir en raison du processus de flexibilité monétaire et de la détérioration des finances publiques. »
Laura Clavijo, directrice de la recherche économique chez Bancolombia
Laura Clavijo, directrice de la recherche économique chez Bancolombia, analyse la situation avec pragmatisme. Selon elle, « le dollar va continuer à s’affaiblir dans les années à venir en raison du processus de flexibilité monétaire et de la détérioration des finances publiques ». Toutefois, cette faiblesse n’annonce pas pour autant l’établissement d’un nouvel étalon monétaire mondial.
Le dollar conserve son statut de monnaie dominante sur les marchés financiers. Il représente 60 % des émissions obligataires internationales, loin devant l’euro (25 %) et le yen japonais (1,5 %). Les bourses américaines, avec une capitalisation de 62 000 milliards de dollars, abritent les géants technologiques qui façonnent l’économie mondiale, tels qu’Apple, Nvidia et Microsoft.
Cependant, des fissures apparaissent au sein de ce système. Les émissions de dette en dollars ont reculé de 19 % durant les cinq premiers mois de l’année. Le Brésil a réduit ses émissions en devises de 44 % et envisage des obligations en yuans. L’Arabie saoudite a levé 2,25 milliards d’euros en obligations vertes, et la Colombie a réalisé sa première émission en euros depuis 2016.
Ce n’est pas la première fois que le dollar subit un tel déclin. Entre 2002 et 2008, sa valeur a chuté de plus de 40 % face à l’euro, dans un cycle de faiblesse lié au double déficit et à la bulle immobilière. Par la suite, entre 2014 et 2016, il s’est renforcé parallèlement à la normalisation monétaire de la Fed.
Le talon d’Achille interne
Ce qui menace réellement le dollar n’est pas tant la concurrence d’autres monnaies que la santé budgétaire des États-Unis. La dette fédérale américaine devrait atteindre 118,5 % du PIB au cours de la prochaine décennie, triplant ainsi la moyenne des 50 dernières années. Le « privilège exorbitant » qui permettait jusqu’alors de financer les déficits à des taux bas s’érode progressivement.
La récente fermeture partielle du gouvernement fédéral a mis en évidence cette fragilité. Chaque semaine de paralysie gouvernementale coûte 7 milliards de dollars à la première économie mondiale, un coût qu’elle ne peut que difficilement assumer.
Comparaison des devises régionales
| Devise | Cotation au 10 octobre 2025 | Variation par rapport à la veille |
|---|---|---|
| Peso colombien | 3 924 COP par dollar | +0,9 % |
| Real brésilien | 5,50 BRL par dollar | +2,26 % |
| Peso mexicain | 18,6 MXN par dollar | +0,8 % |
| Sol péruvien | 3,4 PEN par dollar | +0,3 % |
| Peso argentin | 149,16 ARS par dollar | +0,01 % |
| Yen japonais | 153 JPY par dollar | +1,32 % |
Ce qui s’en vient : du 13 au 18 octobre
La semaine prochaine sera déterminante pour évaluer la résistance du dollar.
- États-Unis : Les chiffres de l’inflation et des ventes au détail seront publiés, éléments cruciaux pour anticiper la politique de la Fed. De plus, plusieurs membres de la banque centrale américaine s’exprimeront, susceptibles d’influencer les attentes du marché.
- Géopolitique : Les tensions commerciales s’intensifient suite aux nouvelles mesures américaines envers la Chine. Washington a imposé des droits de douane de 100 % et des contrôles technologiques, entraînant une riposte chinoise avec des restrictions sur les terres rares, une enquête visant Qualcomm et des avertissements sur le climat des négociations.
- Colombie : Le marché sera attentif aux enchères des titres d’épargne (TES) et à la discussion du budget au Congrès, des facteurs qui pourraient accentuer la pression locale.
Implications pour le peso colombien
Ce scénario international dessine un horizon favorable pour le peso colombien. Bancolombia anticipe un taux de change oscillant entre 3 850 et 4 060 pesos pour le quatrième trimestre 2025. La faiblesse du dollar, conjuguée à la stabilité des prix du pétrole et à une récolte de café record, offre un coussin de change inattendu.
Cette perspective mondiale trouve un écho sur les marchés locaux, où des dynamiques propres sont à l’œuvre. Gabriela Bautista, analyste du contexte externe et du marché des changes chez Corficolombiana, explique qu’à l’échelle nationale, le différentiel de taux d’intérêt continue de favoriser le « carry trade » – stratégie d’investissement visant à tirer profit des écarts de taux – soutenu par la prudence de la majorité des membres de la Banque de la République (banque centrale colombienne).
À cela s’ajoute un « marché électoral », où les attentes relatives aux élections de l’année prochaine favorisent temporairement les actifs colombiens. Cependant, Gabriela Bautista souligne que ce soutien est précaire et conditionné par la « faiblesse de la situation budgétaire colombienne », rappelant que les vents favorables externes peuvent être brutalement interrompus par des turbulences internes.
Qui ressent les effets de la fluctuation du dollar en Colombie ?
- Importateurs : Un dollar moins cher réduit le coût des intrants et des biens importés, mais peut nuire à la compétitivité de l’industrie locale.
- Exportateurs : Ils reçoivent moins de pesos pour chaque dollar reçu, ce qui impacte leurs marges, bien que le café et le pétrole compensent par leurs prix élevés.
- Voyageurs : Ceux qui envisagent de voyager à l’étranger bénéficient d’un dollar moins cher, rendant les billets et les dépenses à l’étranger plus abordables.
- Dettes en dollars : Les entreprises et les ménages ayant contracté des prêts en dollars voient leur charge financière allégée.
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